Arch. 'des R.-P., C. 741, fu lti
pendant plusieurs années, avec 1 énergie du désespoir, ils tinrent en échec les troupes royales, ce qui amena des tempéraments dans l'application de ces lois barbares, qui subsistèrent jusqu'en 4 789.
Qui dira les haines accumulées par ces violences morales ! Ne pouvoir professer ce qu'on croit être la vérité et subir les marques de l'erreur ! Plaie toujours saignante, que la liberté seule peut cicatriser ! Contraindre le sentiment intime est chose impossible. Les apostasies arrachées de force, les humiliations imposées ne réussissaient qu'à soulever les cœurs contre une tyrannie à laquelle on ne pouvait échapper. C'est donc en vain qu'on voulut contraindre les convictions religieuses des protestants. Trouvant leur foi infiniment supérieure à celle que la loi leur imposait, ils la conservaient au fond de leur cœur comme le plus précieux des trésors.
Comme nous aimerions pouvoir suivre pas à pas pendant ce siècle de violences ces familles d'Osse, fidèles en secret à une croyance proscrite, nous asseoir à leurs foyers et être témoins de leurs luttes intérieures, de leurs hésitations, de leurs accablements, de leurs désespoirs. Il leur fallut pourtant s'accommoder à ces lois odieuses, sous peine de perdre tout état civil. La première qu'on parut subir, non sans grandes répugnances, fut celle qui concernait le baptême. La discipline des églises réformées ne reconnaissait-elle pas quelque valeur au sacrement donné par l'église romaine, puisqu'on ne l'administrait pas de nouveau aux prosélytes venus du catholicisme ? Mais, par contre, comme ils se vengeaient de cette contrainte par le mépris du prêtre, non comme homme, mais comme agent de Rome. Pour eux il n'était qu'un officier de l'état civil, et cette religion qui profanait ses sacrements en les administrant de force à ceux qui refusaient d'y croire, leur causait une profonde horreur. Ils se firent donc aux baptêmes et aux mariages à l'église catholique, considérant ces cérémonies comme des formes très désagréables de certaines obligations sociales. Il est probable que le curé d'Osse dut, d'après les ordres d'un homme aussi politique que l'évêque Ch. de Sallette, fermer les yeux sur les oppositions systématiques de ses nouveaux paroissiens, espérant peut-être les gagner à force de patience et de concessions. Mais il fallait
pour cela détacher de l'Évangile nos fidèles montagnards, et tous les curés du monde en étaient incapables.
La conservation de leurs idées religieuses était peut-être facilitée par la condition sociale de ce peuple. Bergers et petits cultivateurs, possédant chacun sa maison et son champ, ils avaient à tout prendre une position assez indépendante. Solidarisés les uns aux autres, ils se soutenaient et s'aidaienl à payer les amendes qui pouvaient frapper l'un d'entre eux. Qu'il me soit aussi permis de hasarder une hypothèse qui m'esl inspirée par les relations de bonne amitié qui ont existé de tous temps entre les catholiques et les réformés de notre village. Les protestants étaient respectés des populations catholiques au milieu desquelles ils vivaient, parce qu'on les savait sincèrement attachés à des croyances qui étaient respectables aux yeux du grand nombre. Les injustes mesures dont ils étaient frappés ne faisaient qu'exciter à leur endroit les sympathies de leurs concitoyens d'une autre communion. Un puissant sentiment local unit, dans nos montagnes, les familles d'un même village. Avant et en dehors des différentes opinions religieuses qui y régnaient, on était d'Osse et toucher à quelqu'un d'Osse ('lait sensible à tous. Ainsi s'est-il trouvé que les catholiques du lieu ont été les complices, inconscients mais fraternels, de la constance des persécutés. En confirmation de cette assertion, on signale la famille Laclède de Bedous, qui possédait des terres à Osse et qui en plusieurs circonstances s'employa pour mettre les religionnaires à l'abri des poursuites dont ils étaient l'objet, et même leur vint plusieurs fois en aide en les dérobant aux recherches de la maréchaussée. Jamais les protestants d'Osse ne frappaient en vain à la porte du château Laclède de Bedous.
Cette amitié et ce respect qu'ils avaient su inspirer à leurs concitoyens d'un autre culte se manifestèrent dans deux traits bien caractéristiques de cette époque de l'histoire de notre église. La conservation du terrain du temple après sa démolition et leur conduite vis-à-vis de leurs morts.
L'on sait que, dans nos montagnes où la population était alors très nombreuse et n'émigrait pas comme de nos jours, le village était à peine suffisant pour ses habitants. Les ménages s'entassaient dans des maisons étroites. Les jardins, très petits, étaient
fractionnés entre diverses familles, aussi n'est-il pas étonnant que personne n'ait songé à mettre la main sur cet emplacement situé au centre du village? Nous devons considérer ce fait comme un hommage de sympathie aux pauvres religionnaires et en même temps comme une protestation muette mais significative contre les injustes mesures dont ils étaient l'objet. Lorsque l'heure de la liberté sonna en 1789, personne non plus ne contesta aux descendants des persécutés le droit de reprendre possession de ce terrain et d'y reconstruire un nouveau temple sur les fondements de l'ancien.
Autour du temple se trouvait le cimetière de l'église réformée. Les fidèles n'eurent plus le droit d'en faire usage à partir de la révocation, toujours en vertu de la fiction officielle qu'il n'y avait plus de protestants, mais seulement, comme on les appelait alors, des Nouveaux Convertis. À l'heure suprême de la mort, plutôt que d'accomplir un acte d'hypocrisie, ils préfèrent inhumer leurs morts dans des maisons particulières. Avec quel soin on cachait au curé qu'il y avait un malade. On évitait de troubler par des scènes pénibles la fin de ceux qu'on aimait. Ici les voisins étaient complices, pour que celui qui se disait réconcilié directement avec Dieu ne reçut pas la visite du prêtre. Mais la mort faisait son apparition. Qu'allait-il arriver? Laissera-t-on faire le procès au cadavre de cet homme pour avoir refusé un sacrement en la vertu duquel il ne croit pas? Le corps de cette personne, aimée et respectée pendant sa vie, sera-t-il placé sur la claie, traîné dans les rues et jeté à la voirie? On ne le souffrirait pas, et pour échapper à cette loi inhumaine, pour que le village ne soit pas souillé par un tel acte de barbarie, on s'est donné le mot. La nuit, à l'insu du curé, une fosse est creusée dans la grange, et le défunt sera enterré avant que sa mort ne soit officiellement connue. C'est ainsi que toutes les maisons des protestants eurent dans un coin de rétable ou de la grange leur cimetière domestique, et que de nos jours on n'en démolit pas une seule qu'on n'y retrouve des ossements, témoins de Toppression que fit peser sur ce pauvre peuple la législation odieuse de Louis XIV.
Cette coutume nous permet de remonter aux années qui suivirent immédiatement la révocation de l'Édit de Nantes, où
l'on apporta les plus grandes rigueurs à la déclaration du roi du 16 avril 16861.
Nous n'avons retrouvé aucune trace d'un procès fait, à Osse, à la mémoire ou au cadavre d'une personne décédée sans avoir reçu les sacrements de l'église. Mais par contre, ce qui nous autorise à affirmer que la coutume d'ensevelir les morts dans les maisons s'est pratiquée à Osse dès la suppression oflicielle du protestantisme, est la statistique suivante, relevée sur les registres de l'état civil de la commune, d après laquelle dans les vingtcinq années s'étendant de 1692 à 1716, le curé d'Osse a célébré 706 baptêmes, 126 mariages et seulement 199 enterrements. Ces chiffres significatifs n'ont pas besoin de commentaire.
Comment ceux qui repoussaient la religion imposée par la loi