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de quatre cent quarante-six âmes sur les quatorze cent soixantedix qui composaient la population totale. Cinquante de ces familles cagotes habitaient « autant de maisons ou plutôt des » chaumières entassées les unes au dessus des autres en forme » d'amphithéâtre, au-dessous de 1 église à l'entrée du village. Ce » quartier portait et porte encore le nom de beziat (voisinage). » On y voit une excellente fontaine décorée du nom de Houn » deu Chrestiaa. Les trente-six autres familles se trouvaient déjà mêlées et confondues parmi les familles pures du corps principal du village, lieu qu'il leur était autrefois défendu d'habiter et dans lequel elles avaient pénétré, grâce à l'affaiblissement des préjugés, soit par des mariages, soit par des acquisitions d'immeubles.

Avant 1789, les Cagots étaient à Lescun repoussés de toutes les fonctions publiques. Le seul emploi qui leur fut confié était celui de fossoyeur, que remplissait encore un individu de cette caste, charge qui était héréditaire dans sa famille depuis un temps immémorial. Ce n'était, lors de l'enquête, qu'en éprouvant la plus vive résistance. qu'ils parvenaient à se glisser dans quelques places.

Avant la Révolution « ils avaient à l'église une porte et un • bénitier particuliers. L'entrée du sanctuaire leur était sévère- » ment interdite, à ce point qu'un Cagot s'y étant furtivement » introduit, en fut honteusement chassé en présence de Poffi- » ciant et des fidèles. Le cimetière qui recevait les dépouilles » mortelles des familles de la race pure leur était également » fermé : on les enterrait dans un endroit à part ». M. de Rochas nous apprend que c'était un boyau situé à gauche de l'église, et qu'il y eut un temps assez récent où les Cagots achetaient la faveur d'être enterrés dans le cimetière commun. On a construit une chapelle sur une partie de l'emplacement réservé aux Cagots.

Mais revenons à ce que nous dit M. Francisque Michel sur les Cagots de Lescun, tels qu'il les a vus en 1835 :

« Les plus grandes fortunes territoriales, les meilleurs fonds t de Lescun sont au pouvoir des familles pures. Les Cagots, » sauf quelques exceptions, ne possèdent que des propriétés >» de peu de valeur et d'une nature inférieure. Il en est de même

„ pour les capitaux et pour les bestiaux, principale richesse de la I c—e. Mais si, de ce côté, une inégalité subite entre le » deux races, la cagote a un autre avantage sur 1 , pu e ^ e le . possède la force et le courage. C'est chez elle qu on trouve les . nommes les plus intrépides et les plus endurcis aux fat gu • , S'il s'agit d'une corvée dangereuse, les Cagots sont les p e , miers requis et ils marchent les premiers en bravant tous e . périls; enfin, ils sont toujours chargés des travaux les plus îud et ils les exécutent avec succès. Malgré cela, les alhan- I ! X les deux races sont rares; il ^t, jour qu'un Cago » ,oit admis par un mariage dans une famille pure, quil se omma de par une position sociale ou par des qualités supeeu" à celles de cette famille; encore les parents > eeehu des deux époux qui n'est pas Cagot ne consentent-ils le plus ouvent à Le pareille union qu'avec la plus grande répu- Tance, tant la prévention qui pèse sur les malheureux en , gestion a encore de racines profondes parmi cette popula- » tion imbue de tous les préjugés de ses pères 1

» Ces préjugés ne se montrent pas seulement quand il s agit , e maL e'ils percent dans toutes les occasions^ U i race „ pure de Lescnn considère les Cagots comme une population . maudite et dépravée, et ne voit, dans le ^ZZon Ïl en tent en plus grand nombre, qu'un heu de P««J J . résulte que les deux races s'observent et se ^fi«tuel » lément l'une de l'autre comme par le passe. S il s agit d elec Is d'officiers municipaux ou de chefs de la garde nauonale eï se divise en deux partis dont chacun met beaucoup I achlement à faire triompher ses candidats et à repouss » ceux de l'autre, quels que soient d'ailleurs leurs ti es la » confiance publique. Enfin, il est rare qu'une rénmon dmch . vidus de pur sang se sépare, à la suite d'une partie de plu » Ih sans que les Cagots n'aient été l'objet de leurs sarcasmes

» et de leurs insultes. »

M. Francisque Michel nous raconte le8 réclamations , que provoqua à Borce la nomination d'un maire Cagot en 1817, que le ;0Uvernement d'a.ors avait eu la sagesse de maintenu; en fonction. En 1830, lorsqu'il fallut procéder à la nomination dune nouvelle municipalité, on ne réélut ni le maire ni aucun des

conseillers qui k'avaienl assisté. 11 y avait alors trente-cinq familles cagotes à Borce, cinquante à Accous. Dans ces endroits comme à Etsaut et à Bedous, les Gagôts « avaient à quelque » distance du village un quartier séparé, dont le nom servait le » plus souvent à les désigner ; ainsi, ceux de Bedous étaient » généralement connus sous la dénomination de Cagots de » Carrolle, ceux de Borce sous le nom de Pezille, ceux d'Etsaut » sous celui de cap deu poun ; dans ces quatre paroisses ils » avaient un bénitier spécial, une place distincte à l'église et au » cimetière1 ».

Un demi-siècle s'est écoulé depuis que les lignes précédentes ont été écrites, et la distinction alors si tranchée entre la population saine et les Cagots a à peu près disparu. Si encore quelques arriérés ne voient pas sans peine des mariages s'établir entre les deux races, mariages qui se multiplient tous les jours, lorsqu'il s'agit d'élire des conseillers municipaux et même des maires, ces questions de race, qui ont été si longtemps une cause d'oppression pour tout un peuple, ne sont plus d'aucune considération pour les électeurs.

Personnages remarquables de la vallée d'Aspe.

Avant de quitter ce qui est relatif au passé de la vallée d'Aspe, notons quelques-uns des personnages célèbres qu'elle a produits.

Nous nommerons d'abord Fontaner de Lescun, descendant d'un des officiers auquel Charles Martel donna l'abbaye de Lescun, après l'avoir inféodée. Il était ne en 1220. Gaston VII, après avoir donné à lui et à ses descendants en fief perpétuel la ville, le château de Sadobea en Haute-Navarre, en 1240 2, en fit, en 1247, un des douze jurats de la Cour Majour3, et sa maison devint ainsi une des douze grandes baronnies du Béarn. Ses terres

1. — Histoire des Races Maudites de la France et de l'Espagne, par Francisque Michel, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux. 2 vol. in-8°. Paris, A. Franck, 1847. Les citations précédentes sont extraites du volume premier, p. 120 et suivantes.

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