LE PEUPLE
Si dans le passé, des nations et des armées sans nombre ont traversé la vallée d'Aspe, il est difficile d'apprécier aujourd'hui les modifications que ces émigrants venus du Nord ou du Midi ont pu apporter à la race primitive, si toutefois 1 on admet que les premiers habitants appartinssent à une seule et même tribu, ce que rien n'établit.
En effet, chaque village a ses traits distinctifs, dus soit a une origine diverse, soit au climat qui est aussi varié que les différents sites où ils sont placés. L'altitude, le soleil, l'ombre des montagnes, l'étroitesse des gorges, l'eau des torrents, suffisentils pour expliquer les différences que l'on peut remarquer entre TAspois du vie de dessus et celui du vie d'en bas et même entre les habitants des villages les plus voisins ? Nous n'oserions T affirmer. Mais soit que ce peuple ait une commune origine, ce que nous serions portés à croire, soit que de longs siècles aient si bien mélangé les éléments disparates d'où il provient, on peut dire qu'aujourd'hui il constitue une tribu distincte ayant sa physionomie propre et se rattachant à la famille béarnaise1. .
Nous en étudierons successivement les caractères particuliers, les mœurs et les coutumes, la langue et la littérature, et terminerons par quelques considérations sur l'influence qu'a sur les Aspois la révolution sociale et économique qui caractérise notre époque.
1 - Voir sur la question de l'origine de la population du Béarn, telle que l'avaient laissée les invasions successives des Romains, Goths, Sarrasins, etc., M. Faget de Baure, Essais Historiques sur le Béarn, un vol. in-8\ Paris, 1818, page 34 et suivantes.
1° Les Aspois.
Les traits communs des montagnards de tous pays, la liante stature et la vigueur physique, se rencontrent chez les Aspois. Au dire de M. Gerber : « Depuis la Réformation le plus pur sang » Aspois est jcelui des protestants, car eux, à très peu d'excep- » tion près, ne se sont jamais alliés à des étrangers. Ils se sont » toujours mariés entre eux et le font encore. La différence » physique était encore visible à la fin du dernier siècle. Les » protestants étaient généralement des hommes de haute stature » et forts en proportion. Ils paraissaient surtout comme des » colosses, quand, en guise de veste, ils portaient sur leurs » épaules la peau de brebis. Aussi excitaient-ils partout au » dehors l'attention publique. Dans les temps de persécution, » trois protestants ont défié trente catholiques chargés d'en » arrêter un. 1 »
Ils ne sont pas pourtant belliqueux de nature, mais ils savent défendre leurs droits. Le dicton suivant en est la preuve :
Aspees, cade u bau mey que très2.
Les rixes sont à peu près inconnues parmi eux. Ils ont une physionomie agréable, les yeux brillants d'intelligence et un abord fort avenant. Ils ont conservé la pratique des antiques vertus, la droiture du cœur, la sincérité dans l'expression de leurs sentiments, la fidélité à la parole donnée, un dévouement
1. — Notes manuscrites de M. Gerber. Arch. du Cons. Presb. d'Osse.