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ch. Schmidt, op. cit.. p. 120 et

sentait pas que cette méconnaissance de l'influence des formes allait aboutir à Tune ou l'autre de ces deux issues. Ou bien elles allaient de nouveau étouffer la pensée chrétienne qu'il s'efforçait d'y introduire et alors son travail était vain, ou bien cette vérité allait faire éclater le vase dans lequel il cherchait à la contenir, ce qui arriva dans la suite.

Il resta en relations suivies avec la reine Marguerite, qui ne s'éloigna guère plus duBéarn depuis 1544, partageant son temps entre des œuvres de charité, des travaux d'esprit et des discussions théologiques. Rien n'était plus simple que les habitudes de vie de cette reine : « Elle n'était, dit Sainte-Marthe, plus » somptueusement vêtue qu'une simple demoiselle. » Son goût pour la théologie allait en grandissant et elle commentait l'Écriture Sainte avec Gérard Roussel qui exposait les opinions de Saint-Augustin, Claude Régin celles de Saint-Jérôme, tandis que Charles de Sainte-Marthe avait mission de rapporter les commentaires de Saint-Chrysostôme, de Théophylacte et de Saint-Hilaire. Lorsque chacun avait parlé, elle intervenait pour clore la discussion par quelques mots pleins de gravité et de sagesse. De concert avec l'évêque Roussel, son conducteur spirituel, elle évitait tout ce qui, dans sa conduite extérieure, aurait pu donner prise à des soupçons d'hérésie. Elle mourut en bonne catholique, à Odos en Bigorre, en 1549.

Henri II, qui n'avait jamais pensé rompre avec l'Église, conserva son amitié à Roussel. Ce dernier obtint une ordonnance portant que chaque dimanche « les recteurs et vicaires devront réciter* » au peuple clans la langue vulgaire, les trois sommaires de la » foi, c'est-à-dire le symbole apostolique, les dix commande- » ments et l'oraison dominicale ». Comme l'évêque désirait que cette récitation fût accompagnée d'explications conformes à l'Écriture Sainte, il composa sous forme de dialogue entre un maître et son disciple une familière exposition du symbole, de la loi et de l'oraison dominicale dédiée au roi de Navarre *.

D'après son biographe, ce livre est celui d'un réformateur.

1. — Ch. Schmidt, op. cit., p. 128 et suivantes. Manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fonds Baluze n° 502, un vol. in-folio, papier, 180 feuillets.

^ Le de la doctrine est la justification par ta foi aux

» mérites de Jésus-Christ, la seule autorité invoquée l'Krriture » Sainte. Jésus-Christ est le seul chef de l'Église, il n'a confié à » St Pierre aucune autorité supérieure, l'Église parfaite c'est » l'Église universelle, la communion des Saints ; l'Eglise visi- » hle se reconnaît à la prédication de l'Évangile dans sa pureté » et à l'administration des sacrements conformément au but de » leur institution et les sacrements ne sont qu'au nombre de » deux. Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est son silence » sur presque tout ce qui est essentiellement catholique. Nous » n'avons pas trouvé une seule fois le nom de Rome dans tout » l'ouvrage : nulle pari il n*esl dit qu'il faut croire une doctrine » quelconque pince que c'est une doctrine de l'Église Catho- » lique, établie par les Pères et les Conciles... Roussel se borne » à déplorer en termes assez généraux que l'Évangile ne soit » plus enseigné dans sa pureté et sa simplicité primitives, qu'on

ait abandonné le seul chemin pour s'attacher de préférence » aux traditions et aux inventions humaines et que par suite de ».cela des abus, des erreurs, des superstitions se soient glissés

dans l'Église et y aient donné lieu à des divisions et des » schismes. »

Il fait suivre ce livre d'une sorte de résumé qu'il intitule « Forme de visite de diocèse », où il s'explique en particulier sur le aille des Saints, avec lesquels nous ne pouvons communiquer que par Jésus-Christ : Aussi faut-il obtenir d'abord sa * faveur pour être uni avec le Père et avec les Saints ; et su* la Confession, au sujet de laquelle il dit que c'est devant Dieu que nous devons nous accuser et nous confesser. C'est de lui seul que nous devons attendre le pardon. Dieu est l'auteur de la rémission des péchés ; le ministre n'en est que le dispensateur.

Ce livre fut condamné par la Sorbonne qui, chose curieuse, ne s'attaqua pas aux propositions qui donnaient le plus de prise à la censure de la faculté catholique. Le biographe de Roussel prétend qu'on ne prit pas la peine de le lire, qu'il suffit qu'il fût écrit par, un homme suspect pour qu'elle prononçât une condamnation sur des propositions prises au hasard.

Cependant les semences que Roussel répandit autour de lui ne tardèrent pas à lever. Son vicaire-général Aymérici, ancien

bénédictin, et son brillant disciple Bertrand Ponteto travaillaient activement à l'évangélisation du diocèse, mais leur œuvre ne se faisait pas sans difficulté. Une prédication de Ponteto dans l'église de Sainte-Croix, à Oloron, provoqua une tempête, car déjà un parti s'était formé, plus politique que religieux, défenseur de la forme plutôt que de la vraie piété, soutenu par quelques seigneurs ignorants et par des prêtres privés de leurs bénéfices. Roussel devait succomber sous ses coups.

Dans les commencements de l'année lo5o, il envoya son vicaire prêcher à Mauléon. La population, soulevée par le seigneur Pierre de Maytie, le chassa au milieu de huées. L'évêque vient en personne, réunit un synode où il propose en vain, au clergé du pays, de réduire le nombre des jours de fêtes des Saints. Il monte alors dans la chaire de l'Église de Berraute et commence à traiter cette question devant le peuple. Le farouche Maytie saisit une hache, qu'il tenait cachée sous son manteau, brise les supports de la chaire, qui s'écroule entraînant le prédicateur. Celui-ci, relevé à demi mort et transporté par ses amis à Oloron, se rendait aux Eaux-Chaudes pour se remettre de son ébranlement lorsqu'il mourut en route dans une obscure auberge de la vallée d'Ossau.

Le crime de Pierre de Maytie était d'autant plus lâche qu'il ne relevait pas de la justice béarnaise, qui l'aurait infailliblement puni. La Soûle ressortissait alors du Parlement de Bordeaux, qui venait de livrer aux flammes plusieurs martyrs reformés et sur l'indulgence duquel l'assassin pouvait compter. En effet, il fut acquitté et plus tard, pour le récompenser convenablement de sa «pieuse et belle action », son fils devint évêque d'Oloron. « Le Ciel, suivant Sponde, sembla confirmer cette sentence, la » famille de Maytie ayant donné à l'église d'Oloron trois évêques » et plusieurs chanoines. »

Florimond de Remond raconte qu'un vieillard de Clairac lui assura qu'avant d'expirer Roussel se repentit encore d'avoir, pendant si longtemps, dit la messe contrairement à ses convictions. On peut reprocher à Roussel d'avoir craint la lutte, où nous oblige la vérité. S'il lui semblait chose naturelle de vouloir faire bénéficier son diocèse des vérités de l'Évangile qui venaient d'être remises en lumière; il se faisait cependant une grande

illusion en pensant que Rome et le Catholicisme sont choses qu'on puisse séparer. La Réforme ne pouvait s'accomplir que par une rupture. Ceux qui l'avaient compris l'ont accablé de reproches : « Tant que tu seras de la bande de ceux lesquels » Christ nomme voleurs, brigands et meurtriers de son Église, » estime de toy ce que tu voudras : pour le moins je ne te » tiendrai jamais ni pour chrétien ni pour homme de bien » écrivait Calvin au nouvel évêque d'Oloron l. Les catholiques ne cessèrent de le considérer comme un faux pasteur et ne lui surent aucun gré de ses intentions, qui étaient entièrement pures et désintéressées. Sa vié pieuse fut d'un grand exemple dans le pays. Son christianisme épuré aida beaucoup à montrer aux Béarnais la différence entre la voie de l'Évangile et celle d'une religion de pratiques extérieures. L'on a voulu en vain essayer d'attenter à sa mémoire ; ses adversaires les plus acharnés doivent rendre hommage à son austérité.

L'historien du diocèse d'Oloron, l'abbé Menjoulet, signalant un codicile daté de la maison épiscopale de Sainte-Marie du 7 juillet looo à joindre au testament de Roussel, codicile où se trouvent énumérés quelques petits legs particuliers en faveur de quelques parents, constate qu' « en trahissant l'Église, Faus- » tère réformateur n'avait renoncé ni aux biens de ce monde, » ni aux sentiments de famille 2 ». Il est fâcheux que le savant abbé n'ait pu compléter son jugement par la connaissance du testament, qui, postérieur d'un jour au dit codicile3, institue les pauvres, ses héritiers généraux et universels.

En 1569, les ministres réfugiés, lors delà révolte, dans la ville de Navarrenx sont tous des Réarnais et la plupart de leurs noms appartiennent au diocèse d'Oloron. C'était la moisson bénie du ministère de Roussel. Les disciples, plus logiques que leur maître, déduisirent les conséquences rigoureuses des principes évangéliques qu'il leur avait inculqués et que plusieurs durent sceller de leur sang. Les nombreuses églises réformées qui

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