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Discipline, Ch. Frossard, p

L'imposition des mains et fut installé àOsse; les anciens et les chefs de familles ayant ratifié le traité du dit de Latourrette (49). Dans tous les cas, le consistoire devait veiller à ce que L'église l'ut pourvue de ministre.

Il doit aussi intervenir sur tout ce qui regarde le culte. Il décide Le 14 septembre 1677, sur la proposition du ministre Peyret, que la cène de septembre serait distribuée deux dimanches consécutifs, à cause des bergers qui ne peuvent abandonner leurs troupeaux sur la montagne, « afin que ceux qui ne » pourraient se trouver au premier puissent communier au » second » (116).

Plusieurs s'abstenaient à l'assemblée de prendre part au chant des psaumes. Le consistoire, saisi d'une plainte du pasteur à ce sujet, prend la résolution que l'article 4 du chapitre second 1 de la discipline sera lu publiquement le dimanche suivant dans le temple et « que le peuple sera exhorté à chanter les louanges » de Dieu » (69).

C'est le consistoire qui introduisit également l'usage des «marreaux » (méraux), « pour être distribués à tous ceux qui i voudront communier au saint sacrement de la cène, selon » l'usage de toutes les églises de La province du Béarn et de » France, alin qu'on sache le nombre des communiants ». (Séance du 17 juillet 1667, p. 21.) Il était pour cette réforme assisté du corps de l'église. Nous ignorons comment étaient faits ces marques ou jetons de présence.

Il choisit le lecteur au Culte. Le régent remplit cette fonction en hiver, mais en été elle est accordée au moins offrant, et pour une somme minime, qui va de 3 à 6 francs, un homme de bonne volonté se charge de lire les prières accoutumées, de les lire toutes en l'absence du ministre, de sonner et d'entretenir le temple.

Si le consistoire s'occupe du matériel, sa fonction de gardien de la foi le préoccupe vivement, nous le voyons dans plusieurs affaires.

On rapporte « à la compagnie » qu'un jeune homme courtise

L. — Probablement le mùme art. 2 du ch. X de la Discipline des Egl Réf. de France. Edition Toulouse, 18G4.

une fille de religion contraire, il est appelé et satisfait l'église (30-31). Une autre fois, c'est une fille protestante qui s'est mariée avec un catholique. Le consistoire fait venir devant lui la coupable, elle se rend et reçoit humblement les reproches qu'on lui adresse au sujet « du scandale qu'elle a commis en espousant » à la messe un homme de contraire religion, la compagnie lui » a représenté son péché et faict cognoistre qu'elle doit faire » réparation publique avant de pouvoir participer aux saincts » sacremens, elle a témoigné repentance et promis de la faire » paroistre publique avant d'être admise à la paix de l'église ». Le dimanche suivant, la délinquante fit réparation dans l'assemblée (1er septembre 1668).

C'est encore un scandale du même genre, conséquence probable de quelque mariage mixte. Le 20 juin 1677, on représente au consistoire « que les enfants de Coulou étaient induits » et poussés par leur mère à aller à la messe » et même, chose plus grave « son enfant premier-né auroit été à la procession, » qu'on appelle du Corpus ; la Compagnie ayant une extrême » douleur de la foiblesse du dit de Coulou et voulant éviter que » ses enfants ne se dévoyent du bon chemin et ne fassent nau- » frage quant à la foy, a chargé le Sr de Minvielle d'appeler le » dit de Coulou pour luy représenter son devoir et l'exhorter à » veiller sur ses enfants et à leur inspirer les sentiments de la » véritable piété et de la véritable religion. Le dit de Coulou a » satisfait la Compagnie et a promis de réparer le scandale qui » a esté donné et de corriger ses enfants ».

Qu'on ne croie pas que cette surveillance, paternelle, je le veux bien, mais incessante, indiscrète, selon nos idées modernes, fut de nature à décourager les bonnes volontés. Loin de là. Quelque dure que soit la discipline, elle attirait ceux du dehors, et l'austérité même du protestantisme lui conquérait des sympathies et des adhésions de certains catholiques. Nous avons dans notre registre le compte -rendu d'une admission dans l'église d'une femme catholique romaine, lequel vaut la peine d'être rapporté textuellement.

« Du 9e aoûst 1665. Estans assemblés en Consistoire les sieurs de Casaucau pasteur, de Sarthou,de Latourrette, de Higuès, de Margalotte, de Darélatour, d'Arriet et de Clergueigt anciens.

» La nommée Jeanne Dagoure, du lien d'Escou. s'est présentée an Consistoire et après avoir appris à la compagnie son nom et le lieu de sa naissance et que jusqu'au jour présent elle avait professé la religion romaine, elle a témoigné et protesté à la même compagnie, qu'elle croyoit que la religion dont elle avoit fait profession jusqu'icy n'étoit pas la bonne et que l'Eglise Romaine n'étoit pas la vraye Eglise, et qu'à ['opposite notre religion étoit la bonne et notre Eglise celle de Notre Seigneur Jésus-Christ et que dans cette créance, pour faire son salut et mettre sa conscience en repos, elle estoit tout affait résolue d'abandonner la religion où elle avoit vescu et d'embrasser la nostre, que c'estoit pour cest effect qu'elle s'estoit transportée en ce quartier et se présentoit à cette assemblée. La Compagnie, n'ayant point de sujet de douter de la sincérité des protestations de la dite Jeanne Dagoure, puisque sans contrainte et de son propre mouvement elle se présentoit, et ravie de la voir dans ces bons et véritables sentiments pour notre religion et dans une ferme résolution de l'embrasser et de la professer toute sa vie, luy a demandé si elle auroit bien le courage de témoigner publiquement à la face de toute l'Eglise ce qu'elle témoignoit à ceste assemblée, et la dite Jeanne Dagoure ayant assuré qu'elle estoit preste de le faire, la compagnie luy a dit que. moyennant cela, elle la recevoit volontiers en la communion de l'Eglise, pour y jouir des grâces et du bonheur que Dieu accorde à tous ceux qui en sont véritablement les membres.

» Le même jour après le presche, en présence de toute ceste Eglise, la dite Jeanne Dagoure, pour exécuter sa promesse et sa résolution, estant interrogée par le pasteur si selon ce qu'elle avoit témoigné au consistoire, elle estoit résolue d'abandonner la profession de la religion Romaine et de renoncer à toutes ses erreurs et superstitions et particulièrement au sacrifice de la messe, et à l'opposite d'embrasser notre religion et notre doctrine, et d'en faire sérieusement profession durant tous les jours de sa vie.

» Elle a répondu qu'oui et a assuré que c'estoit là sa pensée et son dessein en haussant la main au ciel. »

5 L'École.

Comme nous pouvons le voir dans l'affaire Coulou, le consistoire avait lui t à cœur les enfants de l'église, et comme toutes les églises réformées, celle d'Ûsse avait son école. Nous n'avons malheureusement aucune information sur son installation, sur le nombre des élèves ni sur l'instruction qui y était donnée. Nous savons que le parlement de Navarre empêchait le plus possible

les réformés d'instruire leurs enfants à leur gré. Il défendait aux ministres de prendre chez eux les enfants de bonnes familles, et tenait la main à ce qu'aux écoles publiques on n'enseignât qu'à lire, écrire et compter.

Le consistoire avait la surveillance de l'école, que le pasteur et un ancien, comme on l'a déjà vu, visitaient souvent et qui, tous les quinze jours, était l'objet d'un rapport spécial (p. 69).

Ne relevant d'aucune administration centrale et dépendant entièrement de la bonne volonté des habitants, elle ne s'ouvrait, suivant les convenances locales, que de novembre en avril. Les parents avaient ainsi la libre disposition de leurs enfants pendant la belle saison, pour les employer aux travaux des champs et à la garde des troupeaux.

L'instituteur, qui ne portait pas encore ce beau nom mais celui de régent, se recrutait chaque année parmi les hommes les mieux qualifiés de l'église, qui s'offraient pour remplir cette noble tâche. Quelquefois deux étaient désignés en même temps. Voici les régents dont les noms nous ont été conservés : Placet (1669); Abraham Cousté (1670); Placet et Higué (1671); Laplacette (1672 à 1676); Placet et Arabanet (1677 et 1678) ; Jean de Casanoue, tisserand (de 1679 à 1682).

Le choix du régent se faisait par le corps de l'église. Un dimanche de la lin d'octobre ou du commencement de novembre, les chefs de famille et le consistoire sont assemblés dans le temple. On indique les devoirs qu'aura à remplir le régent : il devra « tenir école jusqu'à ce qu'on juge qu'il doibt cesser, tous » les jours sans exception des fêtes » (ce qui était contraire aux arrêts du parlement et biffé en conséquence au registre — p. 116) « qu'il s'acquitte comme il faut de l'instruction et de » l'éducation des enfants, c'est-à-dire, leur apprendre à lire et » à écrire, leur enseigner le catéchisme et les prières de tout » son sçavoir et pouvoir », de plus « qu'il dise les prières lors- » qu'il sera besoin (en cas d'absence du ministre) et lise dans le » temple les jours d'exercice ». Enfin il devra sonner la cloche et balayer le temple.

L'assemblée parfois était fixée d'avance sur le choix qu elle a lin il faire, soit dïin ancien régent, soit d'un personnage « jugé le plus capable », et dans ce cas, on n'avait qu'à arrêter la ques-

tion de gages, qui s'élevaient à 8 ou 9 fr. par mois. D'autres fois, il fallait choisir un régent nouveau entre plusieurs concurrents; on se décidait alors pour le moins exigeant et les gages descendaient à 7 et même à 6 francs par mois.

Le choix arrêté et la question de salaire résolue, le consistoire intervenait pour « fournir au régent le rôle des pères de » famille qui devront contribuer à le payer selon le régalement » fait sur le nombre des écoliers, qui sera remis de bonne foy » par le regent. . . le huitième jour de chaque mois, auquel jour » il a été convenu que les dits particuliers payeront tout le mois » au dit régent selon ce qui leur compètera, et au cas que le » nombre des écoliers ne serait pas suffisant pour faire trouver » au régent les gages mensuels et qu'il y en eût quelqu'un qui » n'ait pas moyen de payer, le consistoire s'oblige de lui faire » ce par en sus de ses deniers, sans que pourtant le consistoire » s'engage en aucune façon à se mêler de contraindre les parti- » culiers à payer ce qui leur compètera par le régalement qui » sera fait, ni d'entrer dans les frais qui pourront être faits en » .cas de rébellion, mais seulement le dit régent se procurera » le dit payement par les voyes et moyens qu'il avisera être à » faire » (p. 122).

Parfois le consistoire accorde avec le régent qu'un ancien raccompagnera chez les dits chefs de famille, pour les exhorter « à lui faire raison à la fin de chaque mois » mais toujours « est » entendu par exprès que le régent faira le recouvrement des » particuliers comme particulier à ses risques et hasards » (f° 111).

Remarquons encore une fois en passant ce trait caractéristique de cette démocratie, savoir la consultation des chefs de famille, toutes les fois que les intérêts particuliers sont engagés.

6° L'exercice de la discipline.

Selon la discipline ecclésiastique du pays de Béarn, le consistoire, après avoir porté toute son attention à ce « que la doctrine soit bien et purement administrée », doit « prendre garde diligemment ».. . que les scandales soient « repurgés des troupeaux ».

Ce n'était pas la partie la moins importante de sa tâche, et pour nous c'en est la plus neuve et la plus curieuse, tant nos mœurs diffèrent de celles de nos pères, qui étaient avant tout préoccupés de l'honneur de leur église, ou pour employer leur énergique langage, de « l'honneur de Dieu ».

La Réforme avait supprimé la confession auriculaire, acte immoral en tant que l'individu y abdique entre les mains d'un directeur sa responsabilité personnelle. Elle y avait substitué le guide raisonné et amical du semblable aidant son semblable, et, dans les cas graves, l'appui d'un consistoire aidant et sollicitant le pécheur à réparer sa faute et à sortir d'une situation difficile.

Quelqu'un manque-t-il à son devoir, l'ancien l'y rappelle ; s'abstient-il du culte public, il va le voir, s'informe de la cause; est-il découragé, il le relève ; s'il rompt avec l'ordre, se conduit mal et scandalise les autres par sa conduite, alors il est dénoncé au consistoire, appelé devant ce tribunal privé il reconnait sa faute et après avoir été réprimandé et exhorté, il rentre dans la paix de l'église.

Ainsi entendue, la discipline n'enlevait rien à la responsabilité du fidèle qui, n'ayant pas à se soumettre en aveugle à un supérieur, restait toujours maître de lui. A lui de voir de quel côté était le bien et de le suivre. D'ailleurs, le consistoire ne s'occupait que des affaires d'une certaine gravité : il était, en effet, établi une distinction entre les fautes « petites et grandes, parti* » .culières et publiques ». « Aucun ne sera appelé en consistoire » pour les fautes petites et privées que par rébellion, ayant » méprisé les admonitions particulières qui lui auront été faites » selon la reigle de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais quant aux » grandes et publicques, pourra estre appelée, incontinent que » le faict sera venu à la notice du dit consistoire Les anciens » qui y font rapport doivent être très sûrs de ce qu'ils avancent » (art. 6) et ils sont tenus à une discrétion absolue » (art. 7).

Il y avait trois espèces de censures : 1° la simple répréhension; 2° en cas de scandale public ou de rébellion ouverte, suspension de la cène ; 3° en cas de crime ou de « scandalle très grand, et

1. — La discipline ecclésiastique du pays de Béarn, Ch. L. Frossard, Paris, 1877, p. 39, ss.

» qui autrement ne se pourroit facilement esteindre », rexcommunication.

Celui qui se rendait coupable d'un forfait, entraînant l'excommunication, était nommé publiquement, après la prédication, trois dimanches consécutifs, et à chaque fois Ton invitait les fidèles à prier pour qu'il se repente. S'il persévérait dans son endurcissement, alors par un formulaire solennel et redoutable, on le retranchait du corps des fidèles « pour avoir grandement » déshonoré et offensé Dieu et son Eglise... jusqu'à ce qu'ayant » vraye reconnoissance de ses fautes, il se réconcilie à Dieu » et à son Eglise par vraye repentance et amendement de vie... » Et afin que les excommuniés ne s'endorment et croupissent » en leur mal » ils étaient « publiquement nommés, durant un » au, les jours qu'on administrait la cène » (11). De plus ils « étaient déboutés de toute conversation et honneste compa- » gnie... sans cependant, sous ombre de cette excommunication, » desnier aux supérieurs et parens ce que Dieu et nature nous » commandent leur devoir estre rendu ». Cet isolement avait ppur but de les porter à reconnaître leur faute et à s'en repentir. Lorsqu'ils étaient revenus à résipiscence, ils étaient réintégrés dans l'église par une cérémonie publique et non moins solennelle que celle par laquelle ils en avaient été exclus.

Si nous avons reproduit cette procédure, c'est puremenl à titre de renseignement, car elle devait être d'une application extrêmement rare. Dans tous les cas, nous n'en avons pas d'exemple dans les vingt années que mentionne notre registre, et même ajoutons sans tarder que les quelques cas de rébellion qui nous sont signalés, comme ayant entraîné la privation des sacrements, n'étaient guère . que des menaces, non suivies d'effet. Nous ne trouvons qu'un seul cas de scandale grave, entraînant la pénalité susdite, évidemment très redoutée. Jean de Laborde, tailleur, avait commis un scandale public dont nous ignorons la nature ; il s'est présenté devant le consistoire « pour » satisfaire l'appel et a confessé de bonne foy qu'il étoit cou- » pable... sur quoi, eue délibération, il a été trouvé bon, par ». certaines considérations que, quoique le dit scandale dût se » réparer par une confession publique, ou se contenteroit d'une » réparation par devant le Consistoire, et pour toucher plus

» vivement le cœur du délinquant, il a été résolu qu'il sera privé » de la communion à la pâque prochaine ». (Séance du 12 janvier 1680.)

Nous trouvons encore mention de la réparation publique d'un autre scandale commis par une fille Casanoue, la réparation eut lieu sans qu'elle fut suspendue de la sainte-cène.

Plusieurs fois cette peine est prononcée, mais nous ne voyons guère qu'elle soit maintenue.

C'est ordinairement à la séance qui précédait les jours de cène que le consistoire avait le plus à faire, car alors tous les différends se vidaient devant lui ; il exerçait un véritable ministère de réconciliation entre parents ou voisins, il écoutait toutes les raisons, blâmait, censurait, exhortait selon les cas et, devant lui, les adversaires d'un moment se tendaient la main de réconciliation. C'était tellement reçu, qu'on le prenait pour juge, et d'avance on s'inclinait devant ce vénérable corps. Un exemple entre beaucoup d'autres :

« Du 5 septembre 1665.... David Trésarricq et Matthieu Apoey se sont présentés et ont dit à la Compagnie, qu'ils despendoient absolument de son jugement sur le démeslé qu'ils avoient ensemble. La Compagnie, instruite exactement de toute leur affaire, a esté d'advis de censurer vivement le dit Matthieu Apoey et lui faire bien reconnaître la violence de son procédé et ensuite à s'obliger à demander pardon à Dieu et à la compagnie du scandale par lui donné, et aussy au dit de Trésarricq de l'ofïence qu'il lui a fait; la censure a été faite au dit Apoey. lequel a subi le susdit jugement et s'est réconcilié avec ledit de Trésarricq. C'est pourquoi la Compagnie a levé la suspension où estoient l'un et l'autre et les admettra demain à la Sainte-Cène. »

Il fallait parfois montrer une grande fermeté au milieu de cette population, toujours fort indépendante, ayant une foi très robuste, mais souvent peu éclairée. Quelques caractères revêches donnèrent assez de peine au consistoire, devant lequel on doit les appeler jusqu'à trois fois avant qu'ils se décident à comparaître, mais celui-ci, unissant la modération à la fermeté, la menace à la patience, finissait par ramener à l'ordre les plus récalcitrants.

Souvent aussi, ceux qui n'ont pas payé les contributions dues

aux diacres, sont menacés de suspension du sacrement de la sainte-cène, s'ils ne se mettent en règle.

Enfin, le consistoire avait à s'occuper de beaucoup de questions que nous considérerions aujourd'hui comme appartenant à la vie privée. Parfois quelques échos de la rue se font entendre dans son sein, des disputes commencées devant le public y ont leur dénoûment. Deux fois, en elîet, « pour batterie, injures et » mauvais traitement », nous voyons les parties comparaître et se retirer réconciliées. Les Béarnais, on le sait, ont toujours aimé la danse, que la Réforme avait sévèrement proscrite. Quelques jeunes gens se laissent aller à cet égard à leur penchant naturel et le consistoire en informe. On appelle les délinquants et on les censure. Même le goût de ce genre de dissipation alla si loin, que le pasteur Médalon, à la séance du 1er décembre 1672, fait l'observation au consistoire « qu'on se licencie au grand » scandale de l'église et des gens de bien à danser publique- » ment », aussi résolution est-elle prise que l'article 27e de la discipline ', qui réprime les danses, « sera lu publiquement dans »le temple, et qu'il sera déclaré au peuple qu'on usera à l'ad- » venir de toute la rigueur de la discipline contre les contreve- » nants ». Quelques jours après, deux jeunes tilles, Catherine de Laborde et Esther d'Arabanet, et trois jeunes gens, Pierre de Sarrelangue, Jean de Laborde et David Datournou, sont appelés en consistoire pour être « censurés de la dance et d'avoir reçu » les violons ».

D'autres cas encore méritent d'être cités, car ils sont topiques : un ancien est censuré pour avoir joué aux cartes le dimanche ; deux pauvres gens le sont pour avoir fait dire une messe pour une cavale malade ; deux autres pour avoir consulté un magicien pour guérir d'une maladie, et parmi ces derniers se trouve être celui qui, cette année-là, remplissait les fonctions de régent. Tous, cela va sans dire, reconnaissent leur erreur, et s'en vont réconciliés avec l'église.

Voilà donc ce qu'était le consistoire, autorité acceptée de tous et guide pour ceux qui voulaient être guidés. Sur ses bancs

1. — Discipline ecclésiastique des églises réformées de France, Toulouse. 18C>4. p. 129.

siégeaient des parents et des amis que tous connaissaient, que chacun respectait et devant lesquels on s'inclinait volontiers. On s'en rapportait ordinairement à ses décisions. Mais on pouvait toujours appeler de la décision de cette assemblée au colloque et même au synode provincial.

7° Rapport avec les églises de la province. — Colloque d'Oloron.— Synode du Béarn. — Le député en cour.

Il existait une grande confraternité entre les églises du Béarn, dont les représentants se rencontraient au synode annuel, et principalement entre les églises d'un même colloque. En 1666, le pasteur d'Osse fut désigné par le synode de Nay pour être surveillant du colloque d'Oloron. Les rapports entre notre église et celle de cette ville étaient fréquents. Lorsque des embarras financiers se produisirent, c'est auprès des pasteurs et des anciens d'Oloron que le consistoire trouva des emprunteurs complaisants.

Nous avons déjà vu comment, après l'arrêt du parlement du 15 septembre 1671, un ancien d'Oloron, M. de Campagne, vint auprès du consistoire et du corps de l'église, réunis au temple d'Osse, présenter la cause des pauvres fidèles de Lasseube, Arudy et Issor, privés de leur pasteur particulier, qui ne pouvait plus séjourner à Oloron. L'église d'Osse, pour venir en aide à ces brebis dispersées, ne fit aucune difficulté à recevoir un second pasteur, auquel elle s'engagea à fournir la provision de bois et de foin.

Un conflit étant survenu entre le ministre Médalon et le notaire David de Latourrette, le consistoire implora pour juger ce différend la lumière d'un pasteur d'Oloron, le sieur de Casamajor, et grâce à cette intervention l'affaire semble s'être arrangée au gré des parties.

Pendant Tannée de la suspension du ministre Peyret, le second pasteur d'Osse, M. de Bruclielles, fut chargé seul de l'église et des fidèles disséminés, qui durent remettre leurs offrandes au

eonastoire d'Osse '. Et même, un pasteur de Pau étant malade, le sieur de Médalon obtient sans difficulté du consistoire la permission de l'aller remplacer pendant huit jours 109).

Tous les ans, l'église était visitée par un pasteur étranger, désigné par le synode Annoncé huit jours d'avance du haut de la chaire, il assistait à la prédication du ministre, écoutait les réclamations des fidèles, s'informait de la manière dont le pasteur s'acquittait de tous les devoirs de sa charge : prédication, catéchisme, visites pastorales, application de la discipline, direction du consistoire, etc., constatait si la famille du pasteur et celles des anciens étaient « bien réglées », si ceux-ci prenaient bien soin de leurs quartiers. Naturellement, une foule de quêtions pendantes se résolvaient alors : c'est ainsi que le 29 avril 1619, le sieur de Casaucau, député parle synode de Bellocq 167<x pour visiter l'église d'Osse. régla avec le consistoire et les chefs de famille, réunis en corps, la portion des gages du ministre Peyret, ainsi que celle des fonctions que ce ministre aurait à remplir.

C'était une grande affaire pour notre église que de se faire représenter chaque année par son ministre et un ancien au synode qui se tenait ordinairement dans le nord du Béarn, c'està-dire fort loin de la vallée d'Aspe. Malgré la distance, l'église n'y manquait pas. De 1620 a 1682, il n'y eut, en etî'et. que trois synodes tenus à Oloron en 1639, 1663 et 1674, deux à S?mveterre et un à Pau, en 1629. Par contre, nous en comptons huit à Orthez, cinq à >"ay, quatre à Morlaas et autant à Lembeye, deux à Pontaeq et à Garlin. un à Salies et à Bellocq

La convocation était faite par le consistoire du lieu désigné par le synode précédent. C'est ainsi que le 20 juin l»>77 le » sieur Médalon a exhibé une lettre du sieur Croharé, ministre » de Morlaas, dont lecture a esté faite, et ayant veu par icelle » que le synode estuit convoqué pour meirredy prochain 23* du » courant, le consistoire a député vers le dit synode le sieur

I. — Synode de Garlin. juin lfiSI. aetes et 11 ± — Di.p'ipl. Egi Béarn, p. 32 et ss.

3. — Bulletin de la Société des Sciences. Lettres et Arts de Pau. 2* feftt, tome IX. p. 175-1M.

» Abraham de Minvielle et a esté résolu que lettre d'envoy serait » dressée par le sieur de Médalon pour être signée par le consis- » toire » (f° 111).

En 1682, les approches de la tourmente rendaient encore plus importante la tenue de ces assemblées, qui devaient sous peu cesser d'être tolérées. Aussi la convocation, lue au consistoire d'Osse le 12 juillet, revêt-elle un ton particulièrement solennel. Elle porte que « le synode est indit dans la ville d'Orthez pour » le 15 du présent mois et qu'il est à propos de jetter les yeux » dans la députation sur les personnes de la compagnie les plus » qualifiées et les plus fortes par leur naissance ou par leur » mérite. En conséquence de quoy la compagnie a jetté les yeux » sur le sieur de Casaucau, ancien de notre consistoire, fa prié » de vouloir accepter la commission, ce que le sieur de Casaucau » a accepté ».

Dans cette assemblée d'Orthez, fut rédigée une supplique qui est parvenue jusqu'à nous. Une copie de ce document nous avait été remise par M. Pierre Mirassou-Minvielle d'Osse ; elle se trouve maintenant entre les mains de M. Ch. Frossard. Le Conseil d'Etat, sur l'instigation du Clergé, avait chargé l'intendant du Bois Baillet de s'enquérir des affaires de la religion en Béarn.. Il ne s'agissait rien moins que de reviser l'édit de 1668, sous lequel le protestantisme béarnais, fort diminué, avait joui d'une paix relative, et cela malgré le caractère perpétuel et irrévocable de la dite loi. Le Clergé demandait, en effet, la révocation des dernières garanties laissées aux 30.000 réformés du Béarn, la réduction à dix des vingt temples laissés debout, la suppression du député en cour, chargé de défendre la cause des églises. On voulait ainsi les livrer sans défense à la merci de leurs persécuteurs.

Le sieur d'Auture, ancien du consistoire de Pau, remplissait alors la charge de député en cour pour les églises du Béarn ; il avait remplacé dans cet office un sieur Cottier, et comme lui il était en butte aux attaques incessantes du clergé. Il n'y a point de misère qui fut épargnée, soit à ce personnage, soit à sa famille. Homme énergique, il ne calculait ni son temps, ni sa peine, quand il défendait la cause des opprimés, soit auprès du gouverneur de la province, Henri de Gramont, comte de Toulongeon,

ou de l'intendant de Guyenne, M. d'Aguessau, proposes 1 un ci l'autre pour connaître des affaires de La religion.

C'est à ce d'Auture que l'église d'Osse s'adressa plusieurs fois pour des affaires particulières. C'est lui que Le consistoire de Pau députa auprès de l'intendant d'Aguessau, alors en séjour à Tarbes, pour réclamer contre l'emprisonnement, ordonné par le parlement, de plusieurs habitants d'Osse, poursuivis pour fait de religion (mai 1675).

Ce député était entretenu aux frais des églises, pour lesquelles cette charge était très onéreuse ; il fallait que la nécessité de se défendre fut bien impérieuse pour la maintenir.

D'après le « regalement » fait par le synode de Sauveterre (1664), qui fixa à sept mille francs ce qui devait être payé au député en cour, l'église d'Osse fut imposée pour la somme énorme de cent quarante livres treize sous tournois, et au synode d'Oloron (1665), qui demandait quatre mille francs pour le même objet, pour une somme de septante trois livres trois deniers, ce qui fait pour ces deux années la somme de deux cent treize francs, treize sous, trois deniers, qui fut payée à diverses reprises et dont Te dernier reçu, du il septembre 4666, est signé par M. Denis, ministre de Salies, commissaire du synode pour ces frais-là. Le même fait se renouvela en 1666, où l'on cotisa les chefs de famille d'Osse pour leur part au traitement du député, fixé à quatre mille francs par le synode de Nay. Ces grosses sommes supplémentaires n'étaient pas fournies sans difficulté, mais nous le pouvons dire à la louange du consistoire, qu'il faisait son possible pour couvrir ces frais, comme nous le voyons dans la délibération ci-après :

a Du second juin 1609. Assamblés en corps d'église le dimanche matin, après la prédication de la parolle de Dieu, les anciens du consistoire et les chefs de famille dans le temple de l'église réformée d'Osse, après l'invoqnation du nom de Dieu, sur l'acte de regalement fait par le synode dernier tenu à Lembeye touchant les frais de nos députations en cour et vérifié par le juge de Morlaas suivant l'ordonnance de Monsieur le gouverneur avec ordre d'en faire la levée comme des deniers royaux entre icy et le dix-huitieme de ce mois. La compagnie voyant que la portion de la dite quotité que l'église reste à payer est de cent septante huit livres, huiet sols, un denier, et considérant, que le terme qui est donné pour lever la dite somme est court, a esté d'avis

pour éviter les frais qui s'en pourvoient en suivre à faute de l'entier payement, d'emprunter la dite somme et d'emprunter sans aucun delay et pour cette effect a prié M. de Gasamajor ministre d'Oloron de la vouloir prester sous bonne et suffisante caution du corps du Consistoire avec cette résolution et délibération pourtant de cotiser cette dite somme tout présentement sur les particuliers qui composent la dite Église et d'en faire la levée entre cy et le mois de septembre prochain pour remplacer en même temps l'emprunt qui sera faict, affin que le fonds de l'Église ne se dissipe pas. Signé : Mauzy ministre. »

En conséquence de cette délibération, le 23 du même mois, nouvelle convocation du corps de l'église pour dresser un rôle qui s'élève à « cent nonante trois francs six sols deux ardits et » affin d'en faire la levée plus facilement, la compagnie a esté » d'avis de diviser la dite cotise en divers billects que plusieurs » se chargeront de lever », et neuf personnes de bonne volonté, savoir : les sieurs de Latourrette notaire, de Higués jurât, de Soucens, de Trouilh, de Supervielle, d'Audap, Pierre Castech, Jean Castech et Cousté s'engagent à « faire la levée de leurs « billects entre cy et le huit de septembre 1669 affin de remplacer » lad. qui doit être empruntée de M. de Casamayor ministre » d'Oloron ».

Mais autre chose est la résolution de faire une telle levée, autre est la possibilité. La population épuisée ne put rien donner, et M. Gasamajor, qui avait déjà prêté 81 fr. à l'église pour payer ce quelle devait pour le député, ne recouvra pas les 193 francs qu'il venait de lui avancer de nouveau. L'église ne lui payait ni capital ni intérêts, et il ne put rentrer dans ses fonds qu'en 1684, quand il eut obtenu du gouverneur de la province un recours contre le consistoire d'Osse.

D'ailleurs, ce qui se passait à Osse devait se passer sans doute ailleurs, car le synode tenu à Lembeye (juin 1679), décida qu'il ferait appel à la libéralité des églises, sans les taxer pour une somme donnée, et prit à cet égard la résolution suivante :

Le synode tenu à Lembeye ayant jugé qu'il estoit nécessaire de députer en cour et ne voulant imposer nulle sorte de régalements, et chargé les ministres et anciens d'exhorter les églises à s'eslargir charitablement pour subvenir aux frais de la députation, il a esté résolu que dimanche prochain les chefs de famille seront arrêtés et exhortés à faire leur devoir en cette occasion (du 22 juillet 1679, f° 120).

Ces difficultés d'argent nous amènent naturellement à étudier de près l'organisation financière de notre église.

8° Administration des deniers de l'église. — Le diacre. — Les cotises. — Le fonds. — Budget normal. — Les charges extraordinaires. — La déroute financière.

Depuis 1643, les églises réformées du Béarn ne recevaient plus aucun subside de l'Etat. Leur maintien ne dépendait que de la bonne volonté des fidèles, dont le zèle et le dévouement assurèrent le bon fonctionnement de l'organisation ecclésiastique, autant que le leur permettaient les mesures de plus en plus rigoureuses, prodromes de la révocation de l'édit de Nantes.

C'est dans leurs convictions sincères, transmises de père en fils, que l'on doit chercher la cause de ces sacrifices incessamment renouvelés. Leur église est celle de Jésus-Christ, et, selon la forte expression d'Agrippa dAubigné, pour elle, ils étaient prêts « à faire jonchée de la vie et de leurs biens et à tout donner pour celui qui leur avait tout donné ». (Testament de d'Aubigné.)

Ils s'étaient donc, de leur initiative privée, admirablement organisés pour assurer tous les services de l'église. On peut même dire que dans cette indépendance financière, le protestantisme avait puisé une vitalité dont ses adversaires ne tardèrent pas à prendre ombrage. Ce qui devait le tuer, lui redonnait la vie. L'on ne tarda pas à trouver les protestants trop riches et aies accabler par des mesures aussi injustes que rigoureuses : tracasseries incessantes, obligation de payer la dîme au clergé, procès pour les moindres prétextes, et l'on en vint même jusqu'aux confiscations de leurs biens au profit des hôpitaux catholiques. Tout fut bon pour anéantir cette église libre ? qui pour subsister aurait eu besoin de la liberté dans l'Etat.

L'on n'avait pas osé, quoique la chose fut proposée, refuser aux réformés du Béarn le droit de faire des levées pour I entretien des ministres et pour venir en aide à leurs pauvres. Mais ils ne se contentèrent pas des levées annuelles, ils essayèrent

partout de créer des fonds, placés dans de bonnes familles, sous forme d'obligations produisant un revenu fixe. De là une double ressource de l'église d'Osse : les cotises ou prélèvements consentis d'avance sur chaque fidèle, et les intérêts du fonds : legs ou donations, dont les titres étaient entre les mains d'un des anciens. Pierre Trouilh en eut très longtemps la garde.

Le diacre était chargé du recouvrement de tous les deniers de l'église, tant cotises qu'intérêts. Cette fonction n'était pas toujours facile, aussi était-elle rémunérée : on donnait douze francs par an au diacre, qui était renouvelé chaque année. Quelquefois même une somme plus forte, lorsqu'il y avait une levée spéciale et difficile à opérer. — En 1065, un nommé David Audap, malgré les prières et les menaces de ses collègues du consistoire, malgré même la peine de la suspension de la cène prononcée contre lui, avait absolument refusé le diaconat, qu'il avait exercé l'année précédente à la grande satisfaction de l'église ; on n'eut aucune difficulté à en trouver un autre. Souvent on en nommait deux. En entrant en fonction, il « promet- » tait devant et jurait à Dieu de s'acquitter fidellement de la dite » charge en recouvrant les offres et les intérêts suivant les » actes qui lui seraient donnés » (p. 103).

Le diacre était reliquataire s'il ne s'acquittait pas jusqu'au bout de son mandat, ou s'il ne pouvait rendre raison de tout l'argent qu'il avait reçu. Le consistoire fit un jour saisir chez un dè ces reliquataires une paire de bœufs, évalués 90 francs, que l'on conduisit chez le pasteur en paiement d'une partie de ses honoraires. Mais ces mesures violentes ne se faisaient pas sans grande répugnance et dans des cas très spéciaux. Même alors le consistoire hésite, demande conseil et ne semble pas donner suite à ses menaces.

Le diacre nommé, on lui remet les rôles des offres, et la liste des obligations et créances dont il doit toucher les intérêts. Rien de mieux compris que l'établissement du rôle. Aux chefs de famille, assemblés au temple, on présentait un projet de « régalement » ou de répartition. Chacun convenait de la part qui lui incombait, et signait au dit rôle en face de son « offre » ou « datte » (chose promise, considérée comme donnée) et le

diacre s'engageait à lever les fonds promis. Les olîres variaient beaucoup : depuis cinq sous jusqu'à cinq francs et plus.

Il y avait autant de rôles que d'objets différents, celui du ministère, celui de l'école, des frais de la visite annuelle, de la Réputation en cour, et un spécial pour chaque procès, etc.

Pour aider les diacres à recouvrer les contributions des particuliers, on introduisit dans l'église l'usage des marreaux ou méraux qu'on employait dans toutes les églises réformées de France et de Béarn. C'étaient des jetons de plomb, que le diacre remettait avant chaque service de communion. Les offres se recouvraient donc par quartiers, c'est-à-dire par quatre termes. Et comme tous tenaient absolument à prendre part à la sainterêne, pas un ne manquait de payer son quartier pour avoir son marreau, que l'on remettait à un des anciens lorsqu'on s'approchait de la table sacrée. C'était aussi un moyen de se rendre compte du nombre des communiants.

Qu'on ne s'imagine pas que l'on fut très rigoureux dans ces levées. Il n'y avait pas de diacre qui n'obtint du consistoire le dégrèvement de quelques indigents. D'un autre côté, les récalcitrants, ceux qui montraient de la mauvaise volonté (nous en avons un ou deux cas), étaient impitoyablement punis, jusqu'à être suspendus de la cène. Même il arriva que le consistoire fit saisir 8 vazirrs (24 mesures) de grains, chez un particulier qui refusait de reconnaître une dette envers l'église.

Les collectes faites dans les assemblées de culte semblent avoir été réservées pour les pauvres exclusivement, excepté celles des cènes de janvier et de Pâques, remises au synode, probablement pour les frais d'administration (tout à fait en dehors de ceux de délégation, qui étaient entièrement supportés par les églises), et peut-être aussi pour aider les églises pauvres à payer leur ministre.

En 16C6, la cène de janvier produisit 10 francs, celle de Pâques 7 francs et demi, auxquels le diacre ajouta 4 francs et demi, I de sorte qu'un remit cette année-là 28 francs au synode. En dehors de ces quêtes, il y avait, placée au temple, une coupe (peut-être un tronc) , où l'on déposait les aumônes pour les pauvres, qui s élevaient en moyenne à 30 francs par an. Voici comment Abraham Casanoue, diacre eu l'année 1667,

établit son compte. « Il s'est trouvé chargé de faire la levée » premièrement pour la cotise (ou rôle) de deux cent nonante » deux francs, et pour les intérêts, de deux cent et huit francs, » un sol, trois arditz. En tout, de cinq cent nouante deux francs, » un sol, trois arditz. »

Ce revenu annuel, qui est resté à peu près le même pendant toute la durée mentionnée dans notre registre, servait à pourvoir aux services suivants : traitement du ministre 400 fr., son logement 14 fr., voyage du ministre au synode 24 fr., voyage de l'ancien 15 fr. (synode de Pontacq 1676), honoraires du diacre 12 fr., gages du lecteur en été 8 fr. Il restait encore une somme de 119 fr. pour les imprévus, qui malheureusement n'étaient que trop fréquents dans ces temps agités.

On voit donc que le service de l'église était garanti pour un temps normal. Et, avec la liberté, Téglise n'aurait fait qu'assurer la marche de ses services, car son fonds aurait été en grandissant chaque année. La création de ce fonds, au milieu des circonstances critiques où se trouvait le protestantisme béarnais, n'est-elle pas le témoignage le plus étonnant de la vitalité de notre église? Que n'avait-on fait matériellement pour la faire disparaître ! En 1620, on lui avait ôté l'église et le cimetière — elle avait construit un temple. Les subsides du roi en sa faveur avaient été en diminuant, on les avait même supprimés dès 1643 — elle avait constitué un fonds pour suffire à ses besoins. Ce fonds consistait en promesses, ou mieux obligations, que les familles de l'église souscrivaient en faveur du consistoire, et s'augmentait chaque année des legs et des donations dus à la générosité des protestants. Chaque -secousse, chaque mesure violente était l'occasion de nouveaux dons et de nouvelles manifestations en faveur de leur foi et de leur église. Il ne nous a pas été possible de retrouver l'origine de ce fonds, et les obligations qui le constituaient devaient se renouveler souvent. En 1684, le consistoire d'Osse possédait cinquante-deux obligations, en dehors de quelques autres créances dont nous parlerons plus loin. Il est nécessaire, pour se faire une idée bien nette de ces valeurs, de se souvenir combien l'argent était rare à cette époque, cinq francs était un capital et le taux de l'intérêt, proportionné à cette rareté, était de huit pour cent.

Nous avons essayé de nous faire une idée de la formation de ce fonds d'après les dates des obligations dont nous possédons l'inventaire.

Avant 1030 : 24 fr. de capital en deux obligations ; de 1630 à 1G40: 13 fr. 2 sous 4 liards en deux obligations; de 4640 à 1050: 307 fr. en huit obligations ; de 4650 à 4000: 65 fr. 6 sous 4 liards en trois obligations ; de 4660 à 4670 : 674 fr. en dix-sept obligations ; de 4670 à 4680 : 549 fr. 7 sous en dix-sept obligations. A quoi nous devons ajouter une autre obligation de 60 fr. dont nous n'avons pas la date.

Toutes ces obligations font un capital de 4.690 francs 6 sous 2 liards. — Il faut y ajouter 732 francs 8 sous, représentant les autres créances que le consistoire avait sur certains particuliers. En tout 2.423 fr. 5 s. 4 1., produisant au taux d'alors (8 %), un revenu annuel de 493 fr. 8 sous1.

4. — Voici quelles étaient les 52 obligations du consistoire d'Osse en 4684 : Ve de Pierre Loustau (1664), 50 fr.; 2e du môme (4664), 30 fr.; 3' du même (4666), 31 fr.; 4' du même ?1678), 61 fr., 3 sous, 2 arditz; 5e d'Abraham Gasanoue (1666), 32 fr. ; 6e du même (1666), 21 fr. ; T d'Abraham d'Asserx (1673), 40 fr.; 8e d'Abraham Nouqué (1651), 28 fr.; 9e de Jean Casteig (1674), 40 fr.; 40e d'Eléazar Casanoue (4670), 32 fr.; 44e de Jacques Darélatour (1652), 46 fr.; 42° de Jean de Lavigne (4642), 47 fr.; 43" promesse de Jean de Latourrette (1666), 42 fr.; 14e de Bertrand de Goudures (1648), 40 fr.; 15e, 46e, 47°, 3 oblig. de Jean d'Apoey (1664), 248 fr. Ces dix-sept obligations furent cédées à M. Gasamajor d'Oloron, en paiement de ce qui lui était dû. Elles montaient à 728 fr.3 sous 2 1.— 48e de ïrouilh, 60 fr. cédée à M1U Majendie de Sauveterre, probablement la fille du ministre, qui avait avancé cette somme à l'église d'Osse. — 19e de Jean de Nouqué (1678), 8 fr. 6 sous; 20e d'Abraham d'Asserx (1678), 21 fr. 8 sous 2 liards ; 21e de Noé de Lagun (1678), 15 fr.; 22e de Jacques Guret d'Ararc (1678), 12 fr.; 23" d'Abraham de Gousté (1678), 36 fr.; 24e d'Abraham d'Escaincig (1678), 9 fr. 6 sous 4 liards ; 25e de Jacob de Clergueig (1678), 43 fr. 7 sous 4 liards ; 26" d'Abraham de Casanoue (4678), 23 fr. 1 sou 4 liards ; 27* d'Isaac de Laborde (1646), 100 fr.; 28B Isaac de Laborde, alias de Lasale (1640), 50 fr.; 29* de Pierre de Laborde (1678), 46 fr. 3 sous 2 liards; 30" de Noé et Anne de Lagun (1667), 20 fr.; 31u de Jean de Sabbaté (1640), 12 fr.; 32* du même (1647), 10 fr.; 33° de Pierre de Gousté (1645), 12 fr.; 34e de Daniel de Mirassou (1672). 29 fr.; 35e de Pes de Casanoue (1678), 16 fr. Toutes, depuis la 19' en y ajoutant 68 fr. d'intérêts à percevoir sur lesdites obligations, représentant la somme de 503 fr. 3 sous 4 liards, cédées au sieur de .Supervielle, créancier du consistoire. — 36" de Pierre Crouhusc (1633), 4 fr. 2 sous 4 liards ; 37e de Gré (1650), 2 fr. 6 sous 4 liards ; 38e de Périssé (1650), 10 fr.; 39' de Bertrand d'Arriet (1646), 36 fr.;

Ainsi à mesure qu'on se rapproche de la date fatale de 1685, les protestants multiplient leurs sacrifices en faveur de leur église. Devant ce fait que penser de l'assertion unanime de tous les historiens de l'époque, disant que le protestantisme se mourait quand Louis XIV révoqua l'Édit de Nantes, aux applaudissements de la cour et d'une très grande partie de la nation K Qu'on dise plutôt qu'après avoir en vain essayé de l'étouffer par toutes sortes de mesures restrictives, on l'étrangla.

Nous l'avons déjà établi, dans un temps normal, l'église aurait fait face à ses charges, mais celles-ci se doublaient par suite des injustes mesures dont les protestants d'Osse étaient les objets. Nous verrons, dans le paragraphe suivant, les différents procès qu'ils eurent à soutenir comme corps d'église ; nous savons d'autre part que les particuliers étaient aussi exposés à toutes sortes de tracasseries. On a vu combien ils étaient embarrassés pour s'acquitter de leur part du traitement du député auprès de la cour et même pour le traitement de leur ministre. Tout cela les forçait à contracter des emprunts, dont les intérêts

40e de Pes de Coudures (1625), 8 fr.; 41e de Jean de Coudures (1663), 36 fr.; 42° de Pierre Crouhuse (1628), 16 fr.; 43e de David de Laplacette (1635), 9 fr.; 44u de Jacques Darélatour (1655), 9 fr.; 45e de Jaimes d'Arriet (1663), 22 fr.; 46B de Jacob de Glergueig (1666), 5 fr.; 47e du même (1666), 9 fr. 1 sou 2 liards ; 48e de Jean de Gasamaior (1678), 95 fr.; 49e de Jean de Higué (1679), 50 fr.; 50e du même (1668), 80 fr.; 51e du même (1668), 25 fr.; 52e du même (1663), 50 fr.

Autres créances, d'après le recueil des actes du consistoire et d'après les états des agents proposés à la régie des biens du consistoire d'Osse après la Révocation : Comptes 1° de Martigues (1er fév. 1679, f° 117),

33 fr., 5 s., 5 1. ; 2U de Supervielle (1er fév. 1679, fd 117), 60 fr., 2 s., 2 1.; 3° du même (7 déc. 1681, f° 127), 250 fr.; 4° des Srs Toret et Souperbie (15 mars 1683, f° 133), 50 fr.; 5° de Mathieu de Lagun (10 janv. 1684, fu 135), 94 fr., 5 sous ; 6° d'Abraham de Candau (29 sept. 1682, f° 132),

34 fr., 5 s., 5 1. ; 7° du même (f° 133), 92 fr., 1 s., 2 1. ; 8U du Sr Touret (20 juillet 1679, fu 120), 7 fr.; 9" du Sr Trouilh (13 janv. 1682, fu 128), 7 fr.; 10° du Sr Minvielle (12 janv. 1682, f° 128), 26 fr., 6 s., 4 1. ; 11° du Srde Nogué (22 fév. 1679, f° 128), 79 fr. — Total des dites créances 732 fr., 8 sous.

Ces créances, ainsi que les dix-sept dernières obligations (depuis la 36'), faisant une somme de 467 fr., 4 liards, furent enlevées au consistoire d'Osse après la révocation de l'Édit de Nantes. Ces titres, enlevés alors, représentaient un capital de 1.199 fr., 8 sous, 4 liards.

1. — Augustin Chalamel. La France et les Français à tracers les siècles, tome III, p. 4.

étaient fort lourds, car il leur fallait parfois inopinément des sommes considérables, qu'il leur était impossible de rembourser au temps voulu l.

Parmi les affaires qui leur furent particulièrement sensibles, notons la perte de revenus qui leur semblaient assurés. A par'ir de 1676, l'église réformée d'Osse fut privée de la part qui lui venait du droit de prémice, prélevé sur tous les habitants de l'endroit. C'était 102 fr: par an que le curé d'Osse avait réussi à leur enlever.

On sait qu'en 1571, le conseil souverain du Béarn n'avait point voulu considérer ce droit de prémice comme bien d'église, et que cette sentence avait été confirmée par les décisions du parlement de Navarre de 1632 2. Cette méconnaissance du droit primordial des citoyens de l'endroit de disposer de revenus communaux, eut pour résultat d'exciter le zèle des protestants, et en 1678 une douzaine d'obligations représentant un capital de 3o8 francs furent souscrites en faveur du consistoire.

L'on évitait avec le plus grand soin de toueber au fonds qu'alimentaient constamment de nouveaux legs. Mais l'église avait à "faire à trop forte partie pour résister à tous les accablements où elle se trouvait. Tout conjurait sa perte. Enfin fut

1. — Ces embarras obligèrent l'église d'Osse de réclamer une part des fonds que le synode faisait lever pour venir en aide aux églises bibles, comme nous le voyons par l'acte suivant du synode de Garlin 1670 (art. 35):

a L'église d'Osse a demandé qu'il plaise à la compagnie avoir égard à sa pauvreté et l'aider des subventions des charités pour l'entretien de leur ministre, sans lequel secours leur église ne sçaurait subsister, et y ayant des fidelles ministres, qui par leurs charités veulent contribuer à l'entretien des églises qui n'ont pas moyens de faire rcnl rx us à leur ministres, elle désire qu'il plaise à la présente compagnie ordonner que cette libéralité aidera au profit de la dite église d'Osse : et l«i Sr de Mauzy. ministre dans la dite église a dit qu'il D'est nullement payé de ses gages, desquels on lui est en grand retardement et sans lesquels il n'a pas moyen de vivre, ainsi demande lui accorder sa libération. La Compagnie déclare que lorsqu'on procédera à la distribution des charités on se souviendra de l'église d'Osse, et a débouté le Sr d«* Mauzy de sa demande, lui ordonnant de continuer son ministère. « Cité dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de l'an, 1 Bérie, t. IX. p. 196.

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