‹ OsseChapitre 93 sur 132 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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« espérance de se convertir ». Lui faire abjurer le protestantisme dans le seul temple resté debout dans le siège de la sénéchaussée d'Oloron, était un projet que le terrible intendant avait fort à cœur. En attendant la réponse à cette proposition, il ne veut point permettre aux deux ministres d'Oloron d'aller s'y installer, ce qui semble intolérable aux réformés du Béarn qui firent entendre au roi leur protestation, lui exposant « qu'Osse est » sans aucun ministre, l'un (probablement de Bruclielles), ayant » embrassé la religion catholique il y a longtemps, et l'autre étant » interdit par un arrêt du parlement de Pau, rendu contre lui il y » a quatre mois. » Ils ajoutent : « Ce n'est pas en cela seule- » ment que les suppliants reçoivent un traitement très rude de » la part du dit Sr intendant, il agit encore avec cette rigueur » qu'il prétend que les ministres qui servent les églises conser- » vées fassent leur demeure dans les villages où les exercices » se font et qu'ils ne doivent visiter que les malades qui seront » dans ces lieux-là. » Ils demandent donc qu'en vertu de l'arrêt » du 15 avril 1676, les ministres résident au lieu qu'ils jugeront » le plus commode, et au nom de la justice, de l'équité et de » l'humanité, qu'on laisse celui auquel on permet de prêcher, » veiller sur la conduite de toutes les personnes de son église, » conformément à la discipline.

Que pouvaient les pauvres suppliants contre le système de conversions forcées qu'allait, sans tarder, inaugurer Foucault. Il se permet de ne pas se conformer aux clauses de l'édit, quand il les juge favorables aux réformés. N'y a-t-il qu'un ministre dans un lieu d'exercice conservé, il ne veut pas qu'on en mette un second, car « plus le peuple trouvera de difficulté dans l'exercice « de la dite Religion, plus il sera facile de l'attirera l'Église». Et pour ce qui concerne notre siège, il dit dans une autre lettre : « Il ne serait pas juste de donner deux ministres à Osse, quoi- » que les relligionnaires le demandent, attendu qu'il n'y avait » qu'un seul ministre lorsque le dit édit a été donné. »

D'ailleurs, le temple d'Osse, conservé par l'édit de février, pourrait bien être démoli à la suite du procès du ministre Peyret, « y ayant lieu de croire, dit Foucault, par la qualité delà contra- » vention et des preuves, qu'il sera interdit pour toujours ; d'at- » tendre que le synode ait rempli cette place, peut-être que le

» Roy ne permettra pas rassemblée d'un synode, ainsi il faut » faire estât que l'exercice de ladite Relligion sera absolument » interdit dans le siège d'Olleron • LS mars .

L'intendant reconnaît pourtant que les réformés de ce siège sont encore en grand nombre, mais il estime « bien important au » bien de la relligion de laisser ce temple sans exercice, les relli- » gionnaires ne s'attendant en aucune manière (pie le Roy leur » permette d'y envoyer un ministre, et si S. M. leur en donnai! un, » cette grâce leur relèveroit le courage et retiendroit ceux qui » sont ébranslés et qui sont en très grand nombre » (4 avril 1685).

Il propose dans le même esprit, si Sa Majesté l'approuve, d'envoyer à Osse le sieur Goulard, un des ministres d'Oloron, pour « désabuser les peuples de la R. P. R., et d'y faire publi- » quement la rétractation des erreurs qu'il a préchées dans ce » canton ». Hàtons-nous d'ajouter que le temple d'Osse ne fut pas déshonoré par une telle comédie.

On voit donc que cet édit de février 1685, qui semble au premier abord être un grand avantage pour l'église d'Osse, par suite des interprétations de l'intendant, n'était qu'un leurre. •Si le lieu est conservé pour le culte, on ne permet à aucun ministre de le célébrer, malgré les termes formels de Pédit. Par contre, les clauses défavorables de cette loi durent être appliquées impitoyablement. L'école dut être fermée définitivement, et les protestants perdirent le droit élémentaire de faire donner à leurs enfants la simple instruction primaire. Ils ne pouvaient plus avoir de cimetière commun avec les catholiques, et où ce cas se présentait, ils durent à leurs frais acquérir un terrain pour leurs inhumations. Aucun d'entre eux ne pouvait plus être nommé jurât dans les corps de ville et dans les municipalités. Les registres de leurs églises, dans les lieux interdits, leur furent enlevés, ceux du moins qui regardaient l'état civil: naissances, mariages et décès. Enfin, ce qui devrait être pour eux plus terrible que toutes les mesures précédentes, le parlement de Navarre, si redouté par son fanatisme, et non plus, comme jusqu'ici, le gouverneur de la province assisté de l'intendant de Guyenne, devait connaitre les affaires de la religion.

L'on peut se représenter la joie de la cour de Pau, par l'empressement qu'elle mit à enregistrer cet édit, dont elle ordonne

la publication sans délai. Les jésuites envoient aussitôt des mémoires sur « les contraventions faites par les ministres aux » déclarations de S. M. et des sermons séditieux qu'ils faisaient » tous les jours dans le temple » sans reconnaître la « grâce » qu'on leur faisait « de leur laisser cinq temples », on sait dans quelles conditions ! Le parlement, par un arrêt du 4 avril, nomme un conseiller commissaire pour lui faire rapport sur les dites contraventions 1 , avec plein pouvoir pour « arrêter les » ministres et les faire conduire dans la conciergerie » et même de fermer les temples. Le temple ,de Garlin, endroit où les ministres « empêchaient scandaleusement que le vicaire n'ex- » hortât pas les malades de se convertir à la religion catholique » ; celui de Jurançon, où ils avaient l'audace de parler « des persé- » cutions, passions, calamitez et duretés qu'on leur faisait » souffrir » ; celui de Bellocq, où le^ commissaire trouva que « c'était le rendez-vous de tous les ministres qui s'étaient postés » aux environs de ce lieu » ; enfin celui de St-Gladie, où les « ministres avaient reçu dans leur temple trois relaps, et une » femme pervertie et trois bastards », furent fermés dans le courant du mois d'avril 1685. Quelques ministres furent arrêtés, mais la plupart se sauvèrent.

Ainsi cessa en Béarn l'exercice de la religion réformée, car pour ce qui regarde Osse la relation ajoute :

« Osse vivait dans une aussi grande rébellion ; le ministre » prêchait dans des maisons particulières et en des lieux où » l'exercice était interdit. L'information décrétée et la perquisi- » tion faite de sa personne, il abandonna son peuple et se sauva, » si bien que l'exercice de la dite religion cessa dans la séné- » chaussée d'Oloron en la dite année 1685 et le temple a esté » démoli en 1686. »

D'après ce rapport, le ministre Pierre de Peyret, malgré l'interdiction dont il était frappé depuis le mois de novembre 1684, aurait continué non seulement de rester à Osse, mais encore de visiter les protestants des environs, peut-être d'Issor. Ce fait serait d'ailleurs confirmé par l'acte qui termine le registre du

1. — Relation manuscrite, citée par M. Soulice, p. 20 et pièce justificative, n° lxvii.

consistoire d'Osse et que voici : « Je soubs signé déclare que je » suis payé de îouts les gages l oin et huis pour tout le tomps que » j ai servi l'Eglise d'Osse et ainsy acquitte la dite Kglise pleine- » niant et entiereniant promettant ne luy en l'aire jamais pétition » ni demande, t'ait à Osse le seixième d'Avril mil six cent quatre » vingts-cinq. Peyret ministre. »

Voilà donc comment lut observé l'édit donné « de science cer- $ taine, pleine puissance et autorité royale pour être exécuté » selon sa forme et teneur, et afin que ce soit chose ferme » et stable, à toujours » signé de la main du roi et scellé « du » grand sceau de cire verte avec lacs de soie verte et rouge » ; deux mois ne s'étaient pas écoulés que les ministres étaient dispersés et les temples condamnés. Mais malgré les arrêts du parlement, les peuples restaient encore fidèles à la foi réformée. Foucault entreprit de les ramener et pour cela il ne craignit pas de recourir à la violence la plus odieuse.

Louis XIV avait envoyé sur la frontière espagnole une armée prête à franchir les Pyrénées au premier signal. L'Espagne s'empressa de donner les satisfactions demandées. L'armée

•resta en Béarn et Foucault s'en servit pour « réunir les Réformés ». Il avait d'ailleurs promis « de tenir la main à ce que les » soldats ne fissent aucune violence ». C'était, dit Henri Martin, « pour rassurer la conscience du roi, car le logement des trou- » pes était considéré comme un des plus grands tléaux qui peu- » vent arriver à une province ».

Voyant donc que la consternation où la démolition des temples avait plongé les religionnaires ne les ramenait pas à l'église catholique, il se fit aider des troupes, dont la présence ne devait être « qu'un prétexte que les peuples cherchent pour se détacher » du parti, afin de pouvoir dire qu'ils ont été forcés, quoiqu'il ne » leur soit fait aucune violence ». Ainsi parlait officiellement Foucault, qui était bien résolu, coûte que coûte, d'arriver à ses fins, u J'emploie, dit-il, tous les moyens que je puis imaginer » pour avancer la réduction de tout le Béarn et pour donner au » roi la satisfaction de l'avoir rendu entièrement catholique en » très peu de temps, ne doutant point que cet exemple ne contri-

• » bue beaucoup à ramener à l'Eglise les relligionnairo <le> autres » provinces. » Il aimait comme excuse à opposer aux rigueurs

de la Reine Jeanne d'Albret, « les moyens paternels et pleins de charité » dont le roi se servait pour ramener ses sujets égarés1.

Les troupes logèrent six mois (d'avril en septembre), dans les villes et villages, partout où il y avait des protestants. Ils ne les quittèrent que lorsqu'ils furent tous ruinés et forcés de devenir catholiques.

Les atrocités qu'ils commirent sont indescriptibles. Ils se croyaient tout permis, jusqu'à ce qu'ils obtinssent l'abjuration de leurs hôtes : brutalités, dévastations, tortures employées contre les récalcitrants , outrages aux femmes , mépris des

I.— L'histoire doit reviser les sentiments de Foucault à cet égard. Nous reconnaissons que Jeanne d'Albret, comme Louis XIV, était imbue de l'idée que le souverain est responsable de la croyance de ses sujets et qu'il doit veiller à leur salut. Si le grand Roy disait qu' « il regardait avec douleur le grand nombre des réformés de son royaume (') », son aïeule croyait bien faire d'obéir au « commandement de Dieu fait au prince d'oster toutes choses contraires à sa parole, planter, entretenir et defïendre la pureté de son service (2) ». Mais leurs moyens différaient autant que leurs génies. Toute l'application de Louis XIV était de donner un lustre sans égal au pouvoir royal, concentrant en la personne du prince toutes les forces de l'état ; il se souciait, par contre, fort peu des sentiments particuliers de ses sujets, dont le seul et unique devoir était de se soumettre entièrement au roi, même dans le domaine sacré de la religion. La mère d'Henri IV, de son côté, avait appris à son fils à gouverner son peuple non en vue de l'éclat du souverain, mais en assurant avant tout le bonheur des citoyens, ce qui n'est possible qu'en s'intéressant à leurs besoins et à leurs vœux. C'est ainsi que nous la voyons faire tous ses efforts pour instruire son peuple, et ne donner son concours à l'extension de la réforme religieuse qu'à mesure qu'elle se sent appuyée par les représentants du pays, qu'elle a d'ailleurs eu soin de multiplier dans l'assemblée des Etats. La religion catholique, tolérée jusqu'à la grande révolte de 1569, dans laquelle le clergé avait donné main-forte aux ennemis de la reine, fut proscrite alors par les Etats du pays. Et la nation ratifia si bien cette décision, que lorsque Jeanne mourut en 1572, nul en Béarn ne songea à rappeler les prêtres romains. Combien cette manière vraiment démocratique d'administrer une nation est différente de cet abus du pouvoir absolu qui, méconnaissant des sentiments intimes et respectables, porta les rois de France à poursuivre par des rigueurs inouïes et entièrement injustifiées les pauvres réformés du Béarn, et à les faire courber sous les bénédictions hypocrites des évêques, que la violence seule les obligeait à subir.

(1) Mémoires de Louis XIV, cité par Henri Martin, Histoire de France, tome XIII, p. 262.

(2) Bordenave. Histoire de Béarn et Navarre, p. 134.

droits les plus sacres. L'un des moyens qui eut le plus de succès était la privation de sommeil. Les soldats se relayaient auprès de leurs malheureuses victimes jusqu'à ce que, dans leur hébétement, elles cédassent à ce qu'on leur voulait.

Pendant ce temps, Foucault, escorté d'un évèque, de missionnaires et de soldats, se rendit lui-même dans les principaux endroits où il y avait des Réformés. Le 23 avril il est à Garlin, où il convertit 1.100 personnes, tout en « travaillant 1res utile- » ment à la réformation des mœurs des catholiques ». En mai, il est à Pontacq, puis à Pardies et à Lagor. Il envoie le président Gassion 1 à Salies, qui lui oppose une résistance inattendue et où les troupes commirent tant de désordres que l'intendant fit offrir trois mille livres d'indemnité. Le 17 juin, nous assistons dans la plus grande église d'Oloron à l'abjuration du ministre Goulard devant un immense concours de peuple, estimé à 8.000 personnes, « de l'une et de l'autre religion ».

Après l'exposé que lit l'ex-ministre des motifs de sa conversion, Foucault prononça le discours suivant, que nous extrayons textuellement, ainsi que les faits qui l'accompagnèrent, de l'ouvrage de M. Soulice :

« Vous venés d'entendre un ministre qui vous avoit conduit dans la voye des ténèbres parce qu'il estoit aveugle et à qui Dieu vient de dessiller les yeux pour vous remettre dans le voye de la lumière, voudrés-vous persévérer dans votre aveuglement après le miracle qu'il parois! visiblement que Dieu fait pour vous en tirer ? Non. messieurs ; il faut faire un elïort pour sortir de l'engagement de vostre naissance et des préventions de la religion où vous avés esté eslevés. Le Roy est persuadé que vous n'estes attachés au calvinisme que par ces deux liens et que vous n'avés d'adversion pour l'église romaine que parce qu'on vous a jusques icy déguisé ses véritables sentimens et qu'on l'a détigurée en vous la représentant comme une tdolastre. 11 ne tient qu'à vous, messieurs, d'estre détrompés et de eonnoistre qu'elle rend à Dieu seul le culte qui n'est deub qu'à Dieu. Sa Majesté qui en qualité de prince très chrétien, est obligé de maintenir la pureté du christianisme dans son royaume et, comme père de son peuple, de ramener au giron de la véritable église, ceux qui s'en sont séparés, m'a ordonné- de vous faire sçavoir que son intention est que vous vous fassiés instruire des dogmes et des .principes de notre religion, estant persuadée qu'après

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