L'île des Baleines ; c'était une des Orcades
2. Nom de l'Irlande, composé de deux mots : l'un signifie île, et l'autre ouest , — l'île d'ouest.
mon avis ; mais si tu veux la guerre, je saisis ma lance et mon glaive ; ma joie sera d'être au milieu des combattants, et mon âme se déploiera dans le fort de la mêlée.
— Pour moi, dit Cuchullin, le bruit des armes réjouit mon oreille; je l'aime comme le bruit du tonnerre, avant les douces pluies du printemps : rassemble toutes mes troupes, que je voie d'un coup d'œil tous les guerriers qui suivent ma fortune ! Qu'ils s'avancent au travers des bruyères , brillants comme l'éclair qui précède l'orage, lorsque le vent d'occident chasse devant lui les nuées, et que les vieux chênes deMorven gémissent le long des rivages. Mais où sont mes amis, mes compagnons fidèles au jour du danger? Où es-tu, Gaïrbar, chef intrépide? Où est Ducomar, ce foudre de guerre? Et toi, Fergus , m'as-tu donc abandonné à l'heure de la tempête? Fergus, qu'on voyait toujours le premier dans nos fêtes! Fils de Rosa, bras de la mort, viens-tu comme le rapide chevreuil des collines de Malmor?... Salut, fils de Rosa! mais quel nuage obscurcit ton front redouté?...
— Quatre pierres, répondit Fergus, s'élèvent sur la tombe de Gaïrbar, et mes mains ont rendu à la terre le vaillant Ducomar. Fils de Torman, tu brillais comme un astre sur la colline; et toi, ô Ducomar! tu étais fatal comme les exhalaisons des marais de Lano, lorsqu'elles s'étendent sur les plaines de l'automne, et qu'elles portent la mort parmi les nations. Morna, toi aussi, la plus belle des vierges, tu dors ton dernier sommeil dans le creux du rocher ! Tu es tombée dans les ténèbres, comme l'étoile qui file et s'éteint dans les déserts du ciel, et dont le voyageur égaré regrette la lueur passagère.
— Dis à Cuchullin , dis comment sont tombés les chefs d'É* rin. Ont-ils péri sous le fer des enfants de Loclin, en combattant dans le champ des héros? Ou quelle autre cause a précipité les chefs du Cromla dans l'étroite et sombre demeure ?
— Gaïrbar, repartit Fergus, a péri par le glaive de Ducomar, au pied d'un chêne, sur le bord du torrent. Ducomar vint ensuite à la grotte de Tura , et adressa ces paroles à la belle Morna :
« Morna, fille de Gormac, ô la plus belle parmi les femmes, « pourquoi t'assieds-tu seule dans l'enceinte de ces pierres, a sous le creux de ce rocher? Le ruisseau murmure sa plainte « fugitive ; le gémissement de l'arbre séculaire s'élève sur les
« vents ; le lac est troublé ; un sombre nuage voile les deux ; « mais toi, tu es blanche comme la neige de ces bruyères, et « ta chevelure ondule comme les vapeurs qui couronnent 'la « cime du Cromla, lorsque leurs flocons, suspendus aux ro- « chers, se colorent des rayons du couchant. Ton sein ressejnc( ble à ces globes de marbre qu'on voit au bord des cascades « de Branno ; tes bras ont la blancheur des colonnes d'albâtre (( du palais de Fingal.
(( D'où viens-tu? répond la vierge; d'où viens-tu, Duco- « mar, le plus sombre des hommes? Tes sourcils sont noirs « comme le danger; tes yeux roulent des prunelles de feu ! « Swaran paraît-il sur la mer? Dacomar, quelles nouvelles « de l'ennemi ?
« — 0 Morna! je descends de la colline des biches. Trois « fois j'ai bandé mon arc, et j'en ai terrassé trois. Trois autres « ont été la proie de mes dogues. Charmante fille de Cormac, « je t'aime comme mon âme; j'ai tué pour toi un cerf magni- (t fique : sa tête était parée d'un bois à plusieurs rameaux, et c( ses pieds égalaient la légèreté des vents.
a — Je ne t'aime point, guerrier farouche; ton cœur a la « dureté du roc, et ton œil fauve me fait peur.... Mais toi, « Caïrbar, toi, fils de Torman, tu es l'amour de Morna; tu as « pour moi la douceur du rayon de soleil qui sèche la colline « après un orage! Dis-moi, guerrier, as-tu vu le jeune et beau « Caïrbar? l'as-tu rencontré sur la colline des chevreuils? La c( fille de Cormac attend ici le retour du fils de Torman.
« — Et Morna l'attendra longtemps, car son sang est sur « mon glaive : Morna l'attendra longtemps, car il est tombé ce sur les rives du Branno : j'élèverai sa tombe sur le sommet « du Cromla. Pour toi, jeune vierge, veux-tu aimer Ducomar? « son bras est fort comme la tempête.
« — Il n'est donc plus, le fils de Torman! s'écrie la jeune « amante, les yeux pleins de larmes. Il est donc tombé sur la « colline, ce jeune guerrier qui devançait toujours les plus « hardis chasseurs de la montagne; lui que redoutaient les « ennemis apportés par l'Océan ! 0 Ducomar, tu es sombre et « farouche, et ton bras cruel a tué l'amour de Morna ! Bar- « bare, donne-moi ce fer; j'aime le sang de Caïrbar! »
« Ducomar, touché de ses pleurs, lui tend son glaive : elle le lui plonge dans le sein. Comme un rocher que la foudre a
détaché de la montagne , il tombe , en tournant vers la vierge un dernier regard.
« Morna, tu m'as donné la mort : je sens dans mon sein le « froid de l'acier. Rends mon corps à la jeune Moïna : Ducoc( mar était le rêve de son amour. Elle élèvera son tombeau, « et le chasseur, en passant devant cette pierre, saluera ma « mémoire d'un souvenir. Mais, de grâce, retire ce fer de mon a sein : Morna, je sens le froid du trépas. »
« Elle s'approche tout en larmes, et elle retire le glaive de la blessure : Dacomar le ressaisit d'une main défaillante et frappe le beau sein de la vierge. Elle tombe, échevelée, sur la terre humide ; son sang s'écoule avec ses gémissements et rougit l'albâtre de son corps. Elle s'agite dans les convulsions de la mort; la grotte de Tura répète son dernier râle.
— Paix éternelle, dit Cuchullin, aux âmes des héros qui n'ont point fléchi dans le danger! Errez autour de moi, portées sur les nuages ', ombres glorieuses ! A votre aspect, mon âme sentira croître sa vaillance, et mon bras plus sûr lancera les foudres de la mort !... Mais toi, Morna, viens à mes yeux, bercée sur un rayon de la lune : viens caresser mon sommeil solitaire, quand j'oublierai les combats pour ne songer qu'aux loisirs de la paix.
« Rassemblons nos tribus, et marchons à l'ennemi. Suivez mon char de bataille, et que vos hymnes de guerre se mêlent au bruit de ma course. Placez trois lances à mes côtés : volez sur la trace de mes coursiers blanchis d'écume, et que mon âme s'enivre du courage de mes amis, lorsque la mêlée s'épaissira autour de mon glaive las de frapper. »
Tel qu'un torrent fougueux roule en bondissant des cimes du Cromla, au fracas du tonnerre qui déchire de ses rouges lueurs les forêts bouleversées; tels et plus terribles s'élancent les nombreux fils d'Erin. Leur chef est à leur tête, semblable à la baleine de l'Océan que suivent toutes les vagues, ou au fleuve qui précipite toutes ses eaux sur ses rivages inondés. Les enfants de Loclin entendirent de loin le bruit de sa course impétueuse. Swaran frappa son bouclier, et appela le fils d'Arno.
^. On croyait alors (et c'est encore l'opinion de quelques montagnards d'Ecosse) que les âmes des morts erraient autour de leurs amis, et qu'elles leur apparaissaient à la veille d'une grande entreprise.
« Quel est, dit-il, ce murmure qui vient roulant le long des collines, et qui ressemble aux sourds bourdonnements des insectes du soir? Ce sont ouïes enfants d'Inisfail qui descendent, ou les vents qui mugissent dans les profondeurs de la forêt lointaine. On dirait le bruit du Gormal * avant que les vagues agitées soulèvent à ses pieds leurs têtes blanchissantes. Fils d'Arno, monte sur la colline, et porte tes regards sur la noire surface des bruyères. »
Arno part et revient éperdu. Il roule des yeux égarés. Son cœur palpite : sa voix est tremblante, et n'articule que des mots interrompus.
« Lève-toi, fils de l'Océan , lève-toi : je vois descendre des montagnes le génie des combats; je vois s'avancer les files profondes des enfants d'Érin.
K Le char de bataille de Guchullin vole comme un tourbillon qui, dans ses flancs, porte la mort. Il glisse comme un flot sur la plaine liquide, ou comme un nuage d'or qui s'étend sur la bruyère. Ses parois sont incrustées de pierres brillantes : telle, au milieu de la nuit, la mer étincelle autour de nos vaisseaux. Le timon est d'if poli; le siège est formé d'os éclatants de blancheur, et des faisceaux de lances sont disposés autour du héros.
« A droite du timon bondit un coursier superbe, le plus fort, le plus léger de la colline : son pied frappe et fait résonner la plaine. Sa crinière flotte au vent, comme la vapeur du matin sur les coteaux; ses membres sveltes sont revêtus d'un poil luisant et fin : son nom est Sifadda. Au côté gauche est attelé un coursier non moins fougueux : enfant rapide des montagnes, il secoue avec orgueil ses crins noirs, et se cabre sous l'aiguillon : les enfants du glaive l'appellent Durosnal. Mille liens de cuir tiennent le char suspendu. Les mors durs et polis sont broyés sous l'écume. Des rênes, ornées de pierres radieuses, flottent sur le cou majestueux des coursiers, dont elles pressent la course à travers les vallons. C'est la légèreté du chevreuil, c'est la force de l'aigle fondant sur sa proie. L'air siffle à leur passage comme les vents d'hiver sur les neiges du Gormal.
« Sur le char est debout Guchullin *, le fils de Semo. Sa joue
\ . Colline de Loclin.