‹ Ossian, barde du IIIe sileChapitre 62 sur 73 · LE COMBAT D OSCAR ET DE DERMID · texte numérisé non relu

LE COMBAT D OSCAR ET DE DERMID

« Oscar, lui dit-elle d'une voix caressante, quel nuage obscurcit ta grande âme?

— J'étais renommé, répondit Oscar, pour mon adresse à tirer de l'arc. Mais aujourd'hui j'ai perdu ma gloire. Le bouclier du vaillant Gormur, que j'ai tué dans un combat, était suspendu à un arbre près du ruisseau de la colline. J'ai voulu le percer de mes flèches, mais j'ai perdu tout le jour en vains efforts.

— Eh bien, dit la belle, je veux faire Tessai de mon adresse: mes mains ont aussi appris à bander Tare. Mon père se plaisait à me voir atteindre le but d'une flèche toujours sûre.... »

Elle dit, mesure la distance, et sa main délicate courbe l'arc, et ajuste la flèche. Oscar va se cacher derrière le bouclier : le trait fatal siffle dans l'air, et lui perce le sein.

« Heureux arc, dit-il, main chérie, je vous rends grâce. Quel autre que la fille de Dargo était digne de donner la mort au fils de Caruth? Couche-moi sur la terre, ô ma bien-aimée, à^ côté de mon ami.

— Oscar, Oscar! s'écrie la vierge éplorée, le vaillant Dargo m'a transmis son courage ; je puis mourir avec joie : je puis finir mes tourments. »

A ces mots, elle arrache du fourreau le glaive d'Oscar, se frappe et chancelle, tombe et meurt.

Ils dorment ensemble près du ruisseau de la colline. L'ombre mobile d'un bouleau couvre leurs tombes, et le chevreuil de la montagne vient y brouter l'herbe épaisse à l'heure où le soleil dévore le firmament, où le silence du ciel endort les solitudes.

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GATHLIN DE CLUTHA.

Ossian raconte à Malvina l'arrivée de Cathlin à Selma , pour implorer le secours de Fingal contre Ducarmor, roi de Cluba. —Ce dernier avait tué Gathmol, roi de Clutha, pour enlever sa fille Lanul. —Tous les chefs de Morven demandaient le commandement de cette expédition. — Fingal ne veut point prononcer. — Ils se retirent chacun sur leur colline, pour recevoir dans leurs songes les avis de leurs aïeux.

L'ombre de Trenmor apparaît à Ossian et à son fils Oscar. — Ils partent de la baie de Carmona, et arrivent le quatrième jour sur la côte de Rathcol , vallée d'Inishuna, où Ducarmor avait fixé son séjour. — Ossian dépêche un barde à Ducarmor pour lui demander la bataille. — La nuit vient. — Ossian donne le commandement de l'armée à Oscar, qui (suivant la coutume des rois de Morven avant le combat) se retire sur une colline voisine.

Au point du jour l'action commence. — Oscar et Ducarmor combattent : — Ducarmor est tué. — Oscar apporte la cotte d'armes et le bouclier de Ducarmor à Cathlin, qui s'était éloigné du champ de bataille. — On découvre que Cathlin est Lanul, fille de Cathmol, qui avait été enlevée par Ducarmor, et avait trouvé le secret de s'échapper des mains de son ravisseur.

0 Malvina, sors de ta veille nocturne, descends du roc où les vents du nord rugissent autour de toi. Les fantômes des morts tracent sur nos torrents des sillons enflammés. Je les entends passer au milieu des tourbilloDs, et leurs voix grêles troublent seules le calme des ténèbres.

0 toi, dont la main blanche touchait les harpes de Lutha, essaye encore de me consoler par tes hymnes mélancoliques et doux. Réveille tes cordes endormies, chante, ô Malvina; et ravive mon génie, dont les années ont éteint la flamme.

Viens à moi, ô Malvina, dans l'obscurité de cette nuit qui m'attriste. Pourquoi m'as-tu privé de la douceur de tes chants? Quand le ruisseau tombe de la colline assombrie, et qu'il roule ses flots après l'orage, aux clartés du soleil, le chasseur écoute avec plaisir leur doux murmure, en secouant sa chevelure humide.

Ainsi ta voix, ô Malvina, charme l'ami des héros décédés. Ma poitrine s'enfle et s'élève : mon cœur palpite. Le passé se retrace à ma vue. Viens, ô Malvina, cesse d'errer seule au milieu des ténèbres.

CATHLIN DE CLUTHA, 207

Nous vîmes, un jour, un navire entrer à pleines voiles dans la baie de Carmona '. Du haut du mât pendait un bouclier brisé et couvert de san^.

Un jeune guerrier, Cathlin, s'avance, tenant à sa main une lance sans pointe. Ses cheveux en désordre tombaient sur son front et voilaient à demi ses yeux baignés de pleurs. Fingal lui présente aussitôt la coupe de la fête. L'étranger la dépose tristement, sans j mouiller ses lèvres, et dit :

«; Le chef de Clutha, Cathmol, est égorgé dans son palais. La beauté de Lanul , sa fille, avait séduit les yeux de Ducarmor. Le barbare a lâchement tué le père pour asservir la fille. J'errais alors dans les montagnes, et le meurtrier a eu le temps de fuir pendant la nuit. 0 Fingal, aide Cathlin à punir cette perfidie. Je ne t'ai pas cherché longtemps; car l'éclat de ton nom rayonne sur le monde, et tout l'univers te connaît, t'admire comme le soleil. »

Sur un signe de Fingal nous nous levons en armes.... Mais à qui appartiendra l'honneur de combattre? nous le réclamons tous.

La nuit descendit sur Selma : chacun se retira sur la colline que fréquentaient les ombres de ses aïeux, afin qu'elles vinssent le visiter parmi ses songes, et désigner les héros qui devaient venger le chef de Clutha.

Nous fîmes retentir sur nos boucliers le signal de la mort, et nos chants s'élevèrent dans les airs. Nous appelâmes trois fois les ombres de nos pères; puis nous reposâmes sur la bruyère nos membres fatigués, et les songes descendirent vers nous.

L'ombre majestueuse de Trenmor se présente à ma vue. Lésâmes de ses guerriers, rangées derrière lui, se confondaient avec les nuages; je les voyais encore dans la posture du combat. Je prêtai l'oreille; je n'entendis aucun bruit d'armure : ce n'étaient que des formes légères et fantastiques.

Je m'éveillai de ce songe au souffle d'une rafale qui agita ma chevelure. L'ombre en fuyant fit gémir le chêne voisin : je saisis mon bouclier, que j'avais suspendu à une branche; le cliquetis de l'acier résonnait à peu de distance : c'était mon fils Oscar qui s'avançait vers moi. Il avait vu aussi les ombres de ses pères.

t. Nom d'ua bras de raer dans le voisinage de Selma.

208 CATHLIN DE CLUTHA.

a Ossian, me dit-il, je suis prêt : comme l'ouragan fond sur la cime des écueils blanchissants, ainsi je traverserai les plaines de l'Océan, pour aller sans crainte à l'ennemi, car je viens de voir les ombres de nos aïeux. »

Mon cœur palpite : ma gloire se révèle à mes yeux dans l'avenir, comme un trait lumineux perce la nue, quand le soleil, ce voyageur de feu qui gouverne les jours, inonde sa carrière de vagues d'or.

« Digne petit-fils de Branno, répondis-je, ta ne marcheras pas seul à l'ennemi; je vole avec toi sur l'Océan, nous irons assiéger Dacarmor dans sa demeure. Combattons, mon fils, comme deux aigles qui du sommet d'un rocher, déployant leurs larges ailes, s'élancent et volent contre les vents. »

Nos voiles se gonflent; nous partons de la baie de Carmona : nos guerriers, voguant sur trois vaisseaux, voyaient l'ombre de mon bouclier s'allonger sur les flots, tandis que j'observais l'étoile de Tonthena qui montrait sa lumière rougeâtre entre les nuages.

Les brises favorables soufflèrent pendant quatre jours. Nous aperçûmes Hunon parmi les brumes. Ses cent forêts se courbaient sous les vents; les rayons du soleil doraient par intervalles ses flancs noirâtres, et les torrents écumaient sur ses rochers.

Entre les collines serpente un vallon silencieux; un ruisseau bleuâtre en baigne la verdure. C'est là qu'au milieu des chênes qui l'abritent sous leurs dômes séculaires s'élevait la demeure des rois. Mais depuis plusieurs années le silence règne dans Rathcol, et la race des héros a disparu de cette belle vallée.

Les flots y avaient poussé Ducarmor et son armée. L'étoile de Tonthena avait caché sa tête dans les cieux. Ducarmor avait plié ses voiles, et s'était arrêté sur les collines de Rathcol. Il poursuivait le chevreuil de la montagne.

Nous arrivons. Je députe un barde pour l'inviter au combat: Ducarmor l'accueillit avec joie. Son âme farouche et belliqueuse ressemble à la colonne de feu qui monte à demi voilée de fumée dans la tourmente d'un incendie ; Ducarmor avait la force d'un héros, mais ses actions révélaient une âme cruelle.

La nuit répandit ses brumes sur le champ de bataille du

CATHLIN DE CLUTHA. 209

lendemain. Nous nous assîmes auprès d'un chêne embrasé. Cathlin, debout à quelque distance, paraissait livré à de sombres pensées. Les émotions qui agitaient son âme se peignaient tour à tour sur son visage , comme on voit l'ombre inconstante voler sur la prairie ; ses cheveux, qui flottaient au gré des vents, relevaient l'éclat de sa beauté.

Je ne voulus point par mes paroles interrompre le cours de ses pensées. Je fis apporter ma harpe et je chantai.

« Mon fils, dis-je à Oscar, retire-toi secrètement cette nuit sur la colline, et frappe ton bouclier à l'exemple des rois de Morven, Au lever de l'aurore, tu conduiras mon armée au combat. Assis sur le rocher, je te verrai marcher à l'ennemi, terrible comme les ombres au milieu de tempêtes qu'elles excitent dans les airs.

Pourquoi plongerais-je mes regards dans la nuit de ces temps reculés, où les chants des bardes n'avaient pas encore commencé? Les siècles plus voisins de nous sont marqués d'assez illustres actions.

Arrêtons nos yeux sur Trenmor, comme le nautonier sur l'étoile de ïonthena, dont la lumière guide sa route nocturne sur les flots.

Les nombreuses tribus de Garmal, comme une mer en courroux, inondaient la plaine sonore de Caracha : devant eux marchaient solennellement les vieux bardes, dont les hymnes enflammaient le courage des guerriers.

Au milieu des habitants solitaires des rochers, on voyait un enfant de Loda, dont la voix évoquait du haut des airs les ombres formidables. Il demeurait sur une colline de Loclin, dans l'épaisseur d'un bois dépouillé de son feuillage. Près de sa demeure s'élevaient cinq roches escarpées. Un torrent bouillonnant grondait à l'entour.

Souvent, quand les ailes enflammées des météores traçaient des sillons lumineux dans la nuit, et que la lune abaissait son disque obscurci derrière la colline, il élevait sa voix puissante. Les esprits l'entendaient, ils volaient à ses ordres et changeaient à son gré le sort des batailles ; mais ils ne détournèrent pas Trenmor du combat.

Trenmor s'avance intrépidement dans les champs de la guerre. Trathal y brille, comme un astre qui monte à l'horizon. En vain les ténèbres couvrent la terre; en vain l'enfant

210 CATHLIN DE CLUTHA.

de Loda déploie toutes les ressources de son art magique : tout doit céder aux guerriers d'Ërin.

Trenmor et Trathal, son fils, se disputaient l'honneur de commander l'armée ; mais leur dispute était douce comme la joute de deux zéphyrs, qui, dans les ardeurs de l'été, agitent leurs ailes diaphanes à la surface du lac d'azur.

Trenmor, déjà couvert de gloire, cède à son fils le soin de guider les guerriers. Trathal s'avance sous les yeux de son père, et bientôt l'ennemi disparaît dans les plaines de Caracha ; chaque pas de cette lutte mémorable est marqué par les exploits des héros •.

Déjà le jour se dégageait de nuages de l'Orient. L'ennemi se lève, le combat réveille le vallon de Rathcol.

Oscar et Ducarmor se rencontrent auprès d'un chêne : ils s'attaquent; les éclairs éblouissants qui partent de leurs armes les dérobent à nos yeux.

Ainsi, quand deux météores se heurtent la nuit dans les airs, une lumière rougeâtre se répand à l'entour, et les hommes, efTrayés, prévoient la tempête.

Ducarmor tombe dans son sang : le fils d'Ossian triomphe. 0 Malvina, que ton bien-aimé était redoutable dans les combats I

Cathlin s'était éloigné du champ de bataille. Ce jeune étranger s'était retiré sur les bords solitaires du torrent de Rathcol, vers l'endroit où l'écume bouillonne autour d'un amas de roches mousseuses.

Un bouleau touffa se penche sur le torrent et secoue aux vents ses feuilles jaunies. De temps en temps Cathlin pensif agitait la surface de l'onde avec la pointe de sa lance.

Oscar arrive, portant comme un trophée la cotte d'armes de Ducarmor et son casque orné de plumes d'aigle. Il les dépose aux pieds du jeune étranger.

« Les ennemis de ton père sont domptés, ils sont dans le séjour des ombres. Nous retournons triomphants à Morven. Mais pourquoi cette tristesse, chef de Clutha? As-tu sujet de répandre des larmes ?

i . Le fragment de ce poëme qui manque ici , contenait la suite de l'histoire de Carmal et de ses druides

CATHLIN DE CLUTHA. 211

— Fils d'Ossian, répondit l'étranger, mon âme se déchire; je vois les armes de Gathmol, les armes que mon père portait dans les combats. Prends la cotte d'armes de Cathlin, suspendsla aux murs de Selma, afin qu'elle te rappelle le souvenir de mes malheurs. »

A ces mots, détachant sa cotte d'armes, elle découvre un sein d'albâtre. C'était la fille de Cathmol, ce rejeton de tant de rois. Ducarmor l'avait vue dans le palais de son père; épris de ses charmes, il vint dans la nuit assiéger Glutha.

Cathmol périt sous ses coups ; sa fille resta trois jours au pouvoir de l'ennemi ; le quatrième, elle s'enfuit déguisée en jeune guerrier. Elle se souvint qu'elle était de la race des rois, et son cœur respira la vengeance.

Fille de Toscar, pourquoi te raconter la mort de Cathlin ? Sa tombe s'élève entre les joncs qui bordent le Lumon.

Sulmalla, dans sa douleur, chante l'éloge funèbre de la fille des étrangers, et accompagne sa voix des sons lugubres de sa harpe.

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SULMALLA.

Ce poëme est, en quelque sorte, la continuation du précédent. Sulmalla, fille de Conmor, roi d'Inishuna, donne une fête à Ossian et à Oscar dans le palais de son père. — Elle raconte aux deux étrangers une expédition de Fingal à Inishuna, et parle de Cathmor, chef d'Atha, et allié du roi d'Inishuna. Ossian raconte à son tour la guerre de Culgorni et Surandronlo, deux rois de Scandinavie, où Ossian et Cathmor se trouvèrent engagés chacun dans un parti opposé. Cet épisode est incomplet, M. Mac-Pherson n'ayant pu recueillir que les fragments de l'original.

D'où vient cette belle vierge qui s'avance avec majesté sur les bords du Lumon? Ses cheveux bruns ondoient sur son sein de neige à demi voilé, elle tend son arc avec efifort, et son bras flexible et robuste éblouit l'œil par sa blancheur.

Fille des rois , pourquoi portes-tu tes pas dans la plaine ? Voici l'heure où les jeunes chevreuils se cachent sous les abris des rochers. Retire-toi. La nuit tombe....

Cette belle vierge, c'était la fille des rois de Lumon, la brune Sulmalla. Elle nous envoya un de ses bardes pour nous inviter à sa fête : nous vînmes nous asseoir au milieu des concerts dans le palais de Conmor.

La main blanche et légère de Sulmalla effleurait avec grâce les cordes frémissantes de sa harpe; elle mêlait tout bas aux mélodies de l'instrument le nom de Cathmor.

Ce héros était absent : il était allé combattre pour le pays de Sulmalla ; mais toujours il était présent à sa pensée, il oc- 'cupait les songes de ses nuits.

L'étoile de Thontena se plaisait à la contempler du haut des cieux, quand ses bras d'albâtre s'agitaient dans les illusions du sommeil.

La fête finie, Sulmalla se leva parée de sa longue chevelure ; les yeux baissés, elle nous adressa la parole, et nous demanda pourquoi nous traversions les mers.

SULMALLA. 213

€ Vous êtes sans doute au rang des rois? votre courage et votre port majestueux me l'annoncent *.

— Auguste fille des souverains, répondis-je, le chef de notre race n'est pas inconnu sur tes rivages. Les bords du Cluba ont retenti du nom de Fingal : Ossian et Oscar sont connus ailleurs que sur les collines de Gona; à notre nom l'ennemi trembla plus d'une fois dans les pays éloignés.

— Je connais le bouclier de Fingal, repartit Sulmalla; il est suspendu dans le palais de Gonmor, en mémoire d'un événement qui couvrit de gloire le roi de Morven, quand il vint jadis sur les bords du Gluba.

« Un sanglier monstrueux épouvantait de ses ravages les rochers et les forêts de Goldarnu. Cent jeunes guerriers d'Inishuna l'attaquèrent; mais ils succombèrent l'un après l'autre, et les jeunes filles pleurèrent sur leurs tombes.

« Fingal paraît : il veut combattre le monstre , le poursuit, l'atteint dans son repaire, et le met en pièces sous les coups de sa lance. On dit que rien n'égalait alors la puissance redoutée de ce héros ; on ne l'entendit point vanter ses exploits au milieu de nos fêtes. Le souvenir de ses actions s'effaçait de sa grande âme, comme on voit se dissiper les vapeurs qui cachent un moment l'éclat du soleil.

(c Les jeunes filles de Gluba ne virent point sa beauté avec indifférence; leurs tendres cœurs s'enflammèrent pour le roi de Selma ; les songes de la nuit le retraçaient à leur pensée : mais bientôt les vents ramenèrent l'illustre étranger dans sa patrie.

a II n'est pas perdu pour le monde. Quelquefois cet astre s'avance dans tout son éclat et pénètre jusqu'aux demeures les plus reculées de ses ennemis. Sa renommée vole dans l'univers comme les vents impétueux dans les forêts de Cluba.

a Aujourd'hui, la tristesse habite ce palais; les enfants des rois sont absents : Conmor et Lormar *, son fils , courent les dangers de la guerre; auprès d'eux brille un jeune guerrier

4. C'est ici un des passages qui jn-ouvent le cas qu'on faisait, dans ces temps héroïques, de la beauté , de la taille, et de la force du corps.

2. Lormar était fils de Conmor, et frère de Sulmalla. Après la mort de Conmor, Lormar lui succéda sur le trône d'Inishuna.

214 SULMALLA.

venu des contrées lointaines : c'est l'ami des étrangers, la terreur des ennemis, le généreux Gathmor.

« Du haut de leurs collines , les filles d'Érin promènent leurs yeux bleus sur la plaine : mais il est absent , le jeune guerrier dont l'image est gravée dans leurs âmes. Reposezvous, filles d'Érin; celui que vous aimez est terrible dans les champs de la guerre ! Il combat à la tête de dix mille lances !

— Je l'ai vu, dis-je à Sulmalla, ce valeureux Gathmor, quand il quitta sa patrie pour venir combattre dans l'ithorno. Deux rois , Gulgorm et Surandronlo s'y faisaient alors une guerre sanglante.

(c Ghasseurs renommés , ils étaient venus l'un et l'autre de leurs îles poursuivre les sangliers d'Ithorno'. Ils trouvèrent un de ces monstres au bord d'un torrent ; chacun d'eux le perça de sa lance , puis ils se disputèrent l'honneur de l'avoir abattu.

ff Une guerre afi'reuse s'élève ; ils envoient d'île en île une lance rompue et teinte de sang, pour appeler aux armes les amis de leurs familles.... Gathmor vint de Bolga, et se rangea parmi les guerriers de Gulgorm ; moi, je défendis Surandronlo.

« Nous nous rangeons sur les deux rives du torrent qui rugissait au milieu de la bruyère desséchée. Des masses de rochers brisés l'environnent et penchent leurs forêts sur les vallons.

(c Près de là sont deux enceintes consacrées à l'esprit de Loda, et la pierre du pouvoir^, où les esprits descendent pendant la nuit au milieu des éclairs.

« G'est là que les vieillards, mêlant leurs voix au murmure des ondes, appellent les fantômes de la nuit et implorent leur assistance dans les combats. Tranquille et sans inquiétude, je me tenais avec mes guerriers près du torrent.

a La lune rougeâtre apparaissait au-dessus de la montagne. J'élevais de temps en temps ma voix; de la rive opposée, le jeune Gathmor entendit mes chants. Il était couché sous un chêne, et je voyais étinceler de loin ses armes redoutables.

-I. Illiorno élait nne île delà Scandinavie; l'on voit par cet épisode que les mœurs des Scandinaves surpassaient en férocité celles des Caléiloniens.

2. On se souvient que , par la pierre du pouvoir ^ Ossian désigne l'eflii^io de quelque divinité.

SULMALLA. 215

a Le jour vient. Nous volons au combat : le carnage s'étend d'une aile à l'autre ; les guerriers tombent comme les faibles roseaux brisés par les vents d'automne.

« Je m'élance au fort de la mêlée. J'engage le combat avec un chef. Déjà nos boucliers sont percés, l'acier de nos cottes d'armes gémit sous les glaives , le casque de mon adversaire tombe. 11 paraît dans tout l'éclat de sa mâle beauté : ses yeux brillaient d'une flamme généreuse , et ses cheveux épars flottaient autour de son large front.

ce Je reconnus le roi d'Atha : je jetai ma lance sur la terre. Nous nous quittâmes en silence pour chercher d'autres ennemis dans la foule des combattants.

(( Ce ne fut pas ainsi que se termina la querelle de Culgorm et de Surandronlo.

a Semblables à deux fantômes irrités qui se battent sur le champ des nuages, ils fondent l'un sur l'autre; chacun, d'un coup de lance, perce le cœur de son adversaire.

« Un rocher les reçoit dans leur chute, à demi renversés, expirants : l'un serre de ses mains crispées la chevelure de son ennemi, l'autre semble rouler encore des yeux farouches. Le torrent qui tombe du rocher mouille leurs boucliers de son écume, et s'écoule avec leur sang.

cr Leur trépas fit cesser la guerre dans Ithorno. Cathmor et Ossian conclurent la paix. Nous élevâmes des tombeaux aux morts.

« Nous marchions sur les bords de la baie de Lunar, quand nous aperçûmes un noir vaisseau flottant sur les ondes ; et debout, à sa proue , apparaissait une femme au regard brillant comme un rayon de soleil sur la colline de Stramlo.

< C'était la fille de Surandronlo. Son aspect imposait la terreur, sa tête échevelée avait l'expression de la menace. Sa main brandissait une lance.

a Son sein palpitait avec violence : telle on voit la blanche écume des flots s'élever et s'abaisser au milieu des écueils ; splendide, mais fatal spectacle aux yeux des nautoniers tremblants.

(c Venez, disait-elle, venez, habitants de Loda, sortez du « sein de vos nuages 1 Pâle Carcar, Slumor, et toi, redoutable « Cortur, ouvrez vos palais aériens, recevez les ombres des « ennemis de Surandronlo , qui vont tomber sous la lance de «; sa fille.

216 SULMALLA.

c Siirandronlo n'était pas dans ses États un fantôme de roi. « Quand il touchait sa lance, les oiseaux de proie pressentaient c le carnage et volaient à sa suite; car toujours le sang ruis- « selait sur les pas de Surandronlo.

« Il ne m'a pas élevée pour briller oisive dans son palais. « J'ai jeté l'éclat terrible des météores , et j'ai consumé les e ennemis de mon père '. »

Sulmalla écoutait avec un vif intérêt l'éloge du généreux Cathmor; elle cachait au fond de son cœur une passion violente pour ce héros. Son amour était comme un feu caché sous la bruyère, qui se ranime au souffle des vents et s'étend comme un vaste incendie.

La fille des rois se retire au milieu des concerts , telle qu'un zéphyr doux et léger qui balance en murmurant les calices parfumés des fleurs, et ride la surface bleuâtre des lacs et des ruisseaux.

Pendant la nuit, un songe descendit sur Ossian.... L'ombre de Trenmor m'apparut : le père des héros semblait frapper son noir bouclier sur le rocher de Selma. Je compris que la guerre menaçait ma patrie.

Éveillé en sursaut par ce fatal présage, je cherchai à travers les ténèbres mes armes, et , dès que les torrents de Lumon virent étinceler leur écume aux premières clartés de l'aube, nous livrâmes aux brises favorables nos voiles impatientes.

i. Il y a encore ici une lacune considérable. La iradilion appelle ceUe fille de Surandronlo, Runo-Forlo. Les Sénachies irlandais ont donné la suite de l'histoire de Funo-Forlo; mais M. Mac-Pherson ne l'a pas admise dans le cadre de ce recueil.

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GRUTHLODA.

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