‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 44 sur 89 · ALPIN · texte numérisé non relu

ALPIN

Mes pleurs, ô Ryno, sont pour les morts; ma voix salue les habitants de la tombe. Tu es debout maintenant, ô jeune homme ! et, dans ta hauteur majestueuse, tu es le plus beau des enfants de la plaine. Mais tu tomberas comme l'illustre Morar; l'étranger sensible viendra s'asseoir et pleurer sur ta tombe. Tes collines ne te connaîtront plus, et ton arc restera détendu dans ta demeure.

0 Morar! tu étais léger comme le cerf de la colline, terrible comme le météore enflammé. L'orage était moins funeste que ta colère. L'éclair brillait moins dans la plaine que ton glaive dans la mêlée. Ta voix ressemblait au bruit du torrent après la pluie, à l'écho menaçant d'un orage lointain.

Plus d'un héros succomba sous tes coups, et les feux de ta colère consumaient les guerriers. Mais, quand tu revenais du combat, que ton visage était paisible et serein! Tu ressemblais au soleil après l'orage, à la lune dans le silence des nuits d'été; ton âme était calme comme le sein d'un lac, lorsque les vents sont muets dans les airs.

Aujourd'hui, tu dors dans l'asile étroit des morts. En trois pas je mesure l'espace qui te renferme, ô toi qui fus si grand !

Quatre pierres, couvertes de mousse, sont le seul monument qui te rappelle à la mémoire des hommes; un arbre qui n'a plus qu'une feuille, un gazon dont les tiges desséchées frémissent au souffle du vent, indiquent seuls à l'œil du chasseur le tombeau du puissant Morar.

0 jeune Morar! il est donc vrai que tu n'es plus! Tu n'as point laissé de mère, tu n'as point laissé d'amante pour te pleurer. Elle est morte, celle qui t'avait donné le jour; et la fille de Morglan n'est plus!

Quel est ce vieillard qui vient à nous appuyé sur son bâton? L'âge a blanchi ses cheveux; ses yeux sont encore rouges des pleurs qu'il a versés; il chancelle à chaque pas.

C'est ton père, ô Morar! ton père, qui n'avait d'autre fils que toi; il a entendu parler de ta renommée dans les combats, et de la fuite de tes ennemis. Pourquoi n'a-t-il pas appris aussi ta fatale destinée?

Pleure, père infortuné, pleure; mais ton fils ne t'entend plus : son sommeil est profond sous la tombe, et l'oreiller où repose sa tête est enfoncé bien avant sous la terre. Morar ne t'entendra plus, il ne se réveillera plus à la voix de son père.

Quand le rayon du matin viendra-t-il dissiper les ombres du tombeau? quand viendra-t-il finir le long sommeil de Morar?... Adieu pour jamais, ô le plus vaillant des hommes! Héros intrépide, le champ de bataille ne te verra plus; l'ombre des forêts ne reflétera plus l'éclat de ton armure : tu n'as point laissé de fils qui rappelle ta mémoire. Mais les chants d'Alpin sauveront ton nom de l'oubli ; les siècles futurs apprendront ta gloire, ils entendront parler de Morar.

Aux chants d'Alpin, la douleur s'éveilla dans nos âmes; mais le soupir le jlus profond partit du cœur d'Armin. L'image de son fils moissonné par la mort, à la fleur de ses ans, vient se retracer à sa pensée.

Carmor ' était auprès du vieillard.

(T Armin, lui dit-il, pourquoi cette plainte? Les chants du ])arde doivent-ils t'attrisler ? La douce mélodie des chants attendrit et charme les âmes; ils sont comme la vapeur qui s'élève du sein d'un lac et se répand dans la vallée silencieuse:

f . Clief de rtlo de Gorma.

les fleurs se remplissent de rosée; mais le soleil reparaît, et la vapeur légère s'évanouit.

« Pourquoi donc cette sombre tristesse, ô chef de l'île de Gorma? »

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