Palais de Toscar
3, La description de ce palais idéal de Fingal est conforme aux opinions du temps. On croyait que les héros conservaient après leur mort les mêmes goiits, lea mômes pussions qu'ils avaient eus pendant leur vie.
NINA DE BERRATHON. 151
est dans sa main. Son bouclier, à demi couvert de nuages, ressemble à la lune , quand la moitié de son globe est encore plongée dans l'onde , et que l'autre luit faiblement sur la campagne.
Les amis de Fingal sont assis autour de lui sur des sièges de brume ; ils écoutent les chants d'UUin. Le barde touche sa harpe fantastique ; on entend sa voix vénérée. La foule des guerriers décédés éclaire de mille météores le palais aérien.
Au milieu d'eux, Malvina s'avance eu rougissant : elle contemple les visages inconnus de ses ancêtres , et détourne ses yeux humides de pleurs.
a Pourquoi, lui dit Fingal, pourquoi viens-tu sitôt parmi nous, fille de Toscar? Quel deuil dans le palais de Lutha I quelle douleur pour la vieillesse de mon fils M J'entends le zéphyr de Gona, qui parfumait des senteurs du matin ta brune chevelure. Il vole à ton palais, tu n'y es plus; il gémit entre les armes de tes aïeux. »
Déploie tes ailes frémissantes, ô zéphyr; va soupirer sur le tombeau de Malvina! Il s'élève au pied d'un rocher solitaire, sur les bords du torrent bleuâtre de Lutha. Les jeunes filles qui chantaient à l'entour se sont retirées. Que ton souffle, ô zéphyr, y fasse naître la fleur du souvenir !
Mais quel est ce héros qui se lève du sombre occident, porté sur un nuage? Un sourire semble animer les traits obscurs de son visage ; sa chevelure de brouillard flotte sur les vents ; il se penche sur sa lance aérienne. 0 Malvina 1 c'est ton père.
c( Pourquoi, dit-il, pourquoi brilles-tu sitôt dans nos demeures, astre charmant de Lutha? Ton ombre pleure, ô ma fille : tu as vu disparaître tous tes amis. Une race dégénérée* nous remplace dans nos palais, et de tous ces héros il ne reste plus qu'Ossian. »
^. Ossian aimait tendrement Malvina, qui prodiguait à sa vieillesse les soins les plus dévoués, et qui apprenait par cœur et chantait avec lui tous ses poëmes.
2. Ossian appelle ceux qui succédèrent aux héros dont il célèbre les actions, FILS des petits hommes, pour marquer le mépris qu'il a pour eux. La tradition est muette sur ce qui s'est passé dans le nord de l'Ecosse après la mort de Fingal et de tous ses héros. Mais on peut conclure de l'expression méprisante d'Ossian que les descendants de ces célèbres Fingaliens avaient bien dégénéré.
152 NINA DE BERRATHON.
Eh quoi, tu te souviens d'Ossian, généreux Toscar * ? Qui pourrait compter les combats de notre jeunesse? Nos glaives fauchaient ensemble la moisson de la mort; nous tombions sur l'ennemi, comme deux rochers qui se détachent du sommet de la montagne , et les fils de l'étranger disparaissaient : a: Voilà les guerriers de Gona, s'écriaient-ils en fuyant; jamais ils ne combattent sans vaincre ! »
Approche, fils d'Alpin, prête l'oreille aux chants du vieillard : les récits des siècles écoulés sont gravés dans mon âme, ma mémoire écarte les ténèbres qui enveloppent le passé ; elle fait revivre les exploits qui illustrèrent le vaillant Toscar , quand nous voguions ensemble sur l'abîme des mers. Approche, fils d'Alpin, écoute les derniers accents du chantre de Gona^
Fingal arbore un jour le signe de la guerre; je monte sur ses vaisseaux, et Toscar, chef de Lutha, traverse avec moi les plaines de l'Océan. Nous dirigeons notre course vers l'île de Berrathon. La mer qui l'environne est sans cesse battue par les autans.
G'est là qu'habitait le généreux Larmor, courbé sous le poids des ans : il avait donné des fêtes à Fingal , quand ce héros vint au palais de Starno disputer le cœur d'Agandecca '. Uthal, si fier de sa beauté, l'amour de toutes les femmes, Uthal, fils de Larmor, voyant son père accablé de vieillesse, l'avait chargé de chaînes, pour usurper son pouvoir.
Le vieillard languit longtemps dans une caverne sur le rivage de ses mers. Le jour était banni de cette affreuse demeure. Un chêne embrasé ne réchauffait jamais pendant les nuits glacées; on n'y entendait que les mugissements des vagues; l'antre obscur ne recevait que les derniers rayons de la lune à l'horizon, et le captif ne voyait scintiller de loin sa clarté rougeâtre qu'au moment où elle se penche vers les flots de l'Occident, tremble et s'évanouit.
4. Toscar élail fils de Conloch, cl frère de l'inforlunée dont on a vu la mort tragique dans le second chanl de Fingal.
2. Ossian fait enlendre par colle expression que c'est le dernier poijme qu'il composa; ainsi c'est avec fondemcnl que la tradition lui a donné le litre de dernier hymne d'Ossian.
3. Il se ballil, pour celle belle, avec Swaran le Scandinave. (Voy. Fingal ^ chanl I".)
NINA DE BERRATHON. 153
Snitho, le compagnon de la jeunesse de Larmor, vint au palais de Fingal, et lui raconta les malheurs du roi de Berrathon. Fing-al s'en indigna : trois fois il brandit sa lance, résolu d'étendre son bras vengeur sur le perfide Uthal ; mais le souvenir de ses exploits se réveille dans son âme et l'arrête * : un tel ennemi n'est pas digne de sa renommée ; il ordonne à son fils et à Toscar de partir.
Nous étions transportés de joie en traversant la mer; nos mains serraient avec impatience nos glaives tout neufs encore, car jamais jusque-là nous n'avions combattu seuls.
La nuit descendit sur l'Océan, les vents se taisaient, la lune pâle et froide roulait dans les cieux, les étoiles nous suivaient du regard. Nous voguâmes quelque temps le long de la côte de Berrathon ; les vagues blanchissantes se brisaient contre les écueils.
« Quelle est, me dit Toscar, cette voix qui se mêle au bruit des flots? Comme elle est douce, mais triste! Est-ce l'ombre d'un barde qui nous implore ?
« Mais j'aperçois une fille seule, assise sur un rocher, le front penché sur son sein de neige, les cheveux épars et flottants.
c Écoutons, fils de Fingal, écoutons ses chants; ils sont agréables comme le murmure du ruisseau de Lavath. »
Nous approchâmes, guidés par les reflets silencieux de la lune, et la voix mélancolique de la jeune vierge exhalait ainsi sa plainte d'amour :
Œ Jusques à quand roulerez-vous autour de moi, sombres vagues de l'Océan? Ma demeure n'a pas toujours été dans un autre profond, au pied d'un chêne gémissant : il fut un temps où je m'asseyais aux fêtes du palais de Tor-Thoma; mon père se plaisait à écouter ma voix ; les jeunes guerriers suivaient des yeux ma démarche gracieuse, et saluaient de leurs applaudissements la belle Nina.
c Tu vins alors, mon cher Uthal, et tu me parus beau comme le soleil : les cœurs de toutes les jeunes filles sont à toi, fils du généreux Larmor ; mais pourquoi me laisses-tu seule au milieu des flots ? Mon âme a-t-elle médité ta mort ? Ma faible
i . Fingal aurait cru compromellre sa gloire en se mesurant avec un pelit souverain, dont la valeur et les forces étaient si peu considérables.
154 NINA DE BERRATHON.
main a-t-elle levé le fer contre toi ? Mon cher Uthal, pourquoi m'abandonnes-tu? •»
Je ne pus ouïr les plaintes de cette infortunée sans me sentir ému; je me présentai devant elle, couvert de mes armes, et je lui dis avec douceur :
« Belle captive de cette caverne, pourquoi pleures-tu ? Veuxtu qu'Ossian tire le glaive du fourreau pour ta défense ?^euxtu qu'il écrase tes ennen^is ? Fille de Thor-Thoma, lève-toi, j'ai entendu tes plaintes touchantes. Les enfants de Morven t'environnent : toujours ils protégèrent le faible ; viens donc sur notre vaisseau, fille plus belle que cette lune qui brille à son couchant; viens, nous dirigeons notre course vers les rochers de Berrathon, vers les murs retentissants de Finthormo '. )j
La belle vierge nous suivit : sa démarche était pleine de grâces. La joie reparut sur son beau visage : tels on voit au printemps, lorsque les champs fleurissent, les torrents azurés briller dans leur cours, et l'épine verdoyante se pencher sur leurs ondes.
Le jour renaît, nous entrons dans la baie de Rothma. Un sanglier s'élance de la forêt, ma lance lui perce le flanc. Je me réjouis en voyant couler son sang; ce présage me révélait ma gloire à venir *.
Mais déjà la colline de Finthormo retentit sous les pas des guerriers d'Uthal ; ils se répandent dans la plaine, à la poursuite des sangliers.
Uthal s'avance à pas lents, fier de sa force et de sa beauté. Il brandit deux lances acérées. Son terrible glaive pend à son côté. Trois jeunes guerriers portent ses arcs : cinq dogues légers bondissent devant lui. Ses guerriers le suivent à quelque distance, et admirent sa démarche altière.
Rien n'égalait ta beauté, fils de Larmor; mais ton âme était sombre comme la face obscure de la lune, quand elle annonce la tempête.
\. Ulhal était roi de Finthormo; los noms de rot épisode no sont point celtiques, d'où l'on peut conclure que le po<mc d'Ossian est fondé sur une avenlure réelle.
2. Ossian croit que le sanglier qu'il a tué à son arrivée à Berrathon est un présage favorable pour le succès de son expédition. Les montagnards d'Ecosse font encore une attention superstitieuse au succès de leur première action, quand ils se sont engagés dans quelque grande entreprise.
NINA DE BERRATHON. 155
Uthal nous aperçoit sur le rivage; il s'arrête; ses guerriers se rassemblent autour de lui. Un barde en cheveux blancs s'avance vers nous :
« D'où viennent ces étrangers? dit-il. Ils sont nés dans un jour malheureux, ceux qui viennent à Berrathon braver la force d'Uthal : son palais solitaire n'a point de fêtes pour l'étranger; mais le sang des héros rougit chaque jour les ondes de ses torrents. Si vous venez de Selma, du palais antique de Fingal, choisissez trois de vos guerriers^pour lui porter la nouvelle de l'entière destruction de son peuple. Peut-être il viendra lui-même ; son sang coulera sur le glaive d'Uthal, et la gloire de Finthormo s'élèvera comme le chêne, honneur de la montagne.
— Non, jamais, répliquai-je avec audace. Ton roi fuira devant Fingal, car les yeux du roi de Morven lancent les foudres de la mort ; il se lève et les rois ne sont plus ! Le souffle de sa colère les disperse au loin, comme des pelotons de brouillards. Tu veux que trois de nos guerriers aillent dirent à Fingal que son peuple a péri ? ils iront peut-être ; mais du moins ils lui diront que son peuple s'est enseveli dans sa gloire I »
J'attendis l'ennemi de pied ferme. Près de moi, Toscar aiguise le fer de sa lance : l'ennemi vient comme un torrent débordé; les cris confus de la mort s'élèvent; le guerrier saisit le guerrier; le bouclier choque le bouclier; l'acier mêle ses éclairs aux éclairs de l'acier; les dards sifflent dans l'air; les lances résonnent sur les cottes d'armes, et les glaives rebondissent sur les casques rompus. Tel, au souffle impétueux des vents, gémit un bois antique, quand mille fantômes irrités tordent ses arbres dans leurs combats ténébreux.
Uthal tombe sous mon glaive, et les enfants de Berrathon prennent la fuite ; en voyant la mâle beauté du héros expirant, je ne pus retenir mes larmes.
« Tu es tombé, m'écriai-je, ô jeune arbre, et ta beauté est flétrie. Tu es tombé dans tes plaines, et la campagne t'environne triste et dépouillée. Les vents du désert soufflent, mais l'on n'entend plus frémir ton feuillage. Fils du généreux Larmor, tu es beau, même dans les bras de la mort I »
Nina, penchée sur le rivage, écoutait de loin le bruit du combat. Lethmal, vieux barde de Selma, était resté près d'elle.
(c Vénérable vieillard, lui dit-elle en tournant sur lui ses
156 NINA DE BERRATHON.
regards éplorés, j'entends rugir }a mort. Tes amis ont attaqué Uthal, et mon héros n'est plus ! Ahl que ne suis-je restée sur mon rocher, au milieu des vagues de l'Océan! Mon âme serait accablée de douleur ; mais le bruit de sa chute fatale n'aurait pas frappé mon oreille! As-tu succombé sans espoir de salut, beau chef de Finthormo? Tu m'avais délaissée sur un rocher; mais mon âme était toujours pleine de ton image. Uthal, es-tu tombé dans tes plaines sans vengeance?... »
Elle se lève pâle, en désordre et demi-nue : elle voit le bouclier d'Uthal couvert de sang; elle le voit dans les mains d'Ossian ; elle vole éperdue sur la plaine ; elle vole, elle heurte un cadavre, et roule expirante sur cette triste dépouille, qu'elle étreint de ses bras; ses cheveux épars couvrent le front de son bien-aimé.
Je versai un torrent de larmes sur ce couple malheureux, j'élevai sur ses restes la pierre du tombeau, et je chantai auprès l'hymne de la mort.
ce Reposez en paix, jeunes infortunés, reposez au murmure de ce torrent I »
« Les jeunes filles, en allant à la chasse, salueront votre fosse en détournant les yeux. Vos noms seront gardés dans les chants des vieux bardes ; ils toucheront en votre honneur leurs harpes sonores; debout autour d'eux, les filles de Selma écouteront dans un pieux silence, et votre renommée s'étendra dans les contrées lointaines.
c( Dormez en paix, jeunes infortunés, dormez au murmure de ce torrent! »
Nous restâmes deux jours sur la côte. Les héros de Berrathon s'y rassemblèrent. Nous conduisîmes Larmor à son palais : on y prépara le festin de la victoire. Le vieillard faisait éclater sa joie. Il ne se lassait point de regarder les armes de ses aïeux, ces armes antiques qu'il avait laissées dans son palais quand il en fut arraché par l'ambitieux Uthal.
Nos louanges furent chantées en présence de Larmor : il bénit lui-même les héros de Morven : car il ignorait que le superbe Uthal, son fils, avait péri dans le combat : on lui laissa penser qu'il s'était (enfoncé dans les bois pour y cacher sa douleur et ses remords; mais, hélas! ce fils coupable était muet sous la tombe, au milieu des bruyères de Rothma.
Le quatrième jour, nous déployâmes nos voiles à la brise du nord. Larmor vint sur le rivage : ses bardes le suivaient en
NINA DE BERRATHON. 157
chantant; il regardait avec joie la vaste bruyère de Rothma '. Tout à coup un tombeau frappe ses yeux. Le souvenir de sou fils se réveille aussitôt dans son cœur !
« Quel est celui de mes guerriers qui dort dans cette tombe? Est-ce un chef de tribu? Était-il renommé parmi mes guerriers avant la révolte de l'orgueilleux Uthal ? Enfants de Berrathon, vous gardez le silence !... Hélas! cette fosse a dévoré mon fils !...
c( 0 mon cher Uthal, quoique ta main se soit armée contre ton père, ta mort déchire mon cœur. Que ne suis-je resté dans mon antre obscur! Le rejeton de ma race habiterait encore le palais de Finthormo : j'entendrais le bruit de ses pas quand il poursuivrait le sanglier dans la plaine. Sa voix aurait pu^ sur les vents, parvenir jusqu'au fond de ma caverne, et mon âme alors eût goûté quelque consolation : mais la tristesse de son trépas va pour jamais habiter mon palais ! î>
Tels étaient mes exploits, fils d'Alpin, quand mon bras avait la vigueur de la jeunesse. Telles étaient les grandes actions de Toscar; mais Toscar est allé au séjour des héros décédés, et je suis resté seul à Lutha.
Ma voix est comme le bruit mourant des vents, quand ils abandonnent les forêts; mais Ossian ne sera pas longtemps seul : il voit la vapeur qui doit recevoir son ombre; il voit le brouillard qui doit former sa robe funéraire, quand il apparaîtra sur ses collines.
Nos faibles descendants, voyant mon ombre immense, admireront la stature des héros du temps passé : ils se cacheront dans leurs grottes, et ne regarderont le ciel qu'en tremblant ; car je marcherai dans les nuages, et les orages rouleront autour de moi.
Conduis, fils d'Alpin, conduis le vieil Ossian dans les bois. Les vents se lèvent : les sombres flots du lac frémissent. Ne vois-tu pas un arbre dépouillé de ses feuilles se pencher vers la colline de Mora ? Ma harpe est suspendue à ses branches flétries ; ses cordes rendent un son lugubre. Est-ce le vent, ô ma harpe, est-ce quelque fantôme qui t'effleure en passant? C'est sans doute l'âme de Malvina....
Apporte-moi ma harpe, fils d'Alpin. Je veux chanter encore
i . Théâtre de la bataille.
158 NINA DE BERRATHON.
avant de mourir. Je veux préluder par un dernier accord à mon départ de la vie. Mes aïeux s'éveilleront pour l'écouter dans leurs palais aériens. La joie brillera sur leurs pâles visages ; ils s'inclineront sur le bord de leurs nuages ; ils étendront les bras pour recevoir leur fils.
Un cliêne antique et tout chargé de mousse se courbe et gémit sur le torrent. La fougère desséchée frémit auprès , et ses longues feuilles ondoyantes se mêlent à mes cheveux blancs.
Commence tes hymnes, fils de Fingal*! Vents du nord, écoutez ses tristes accents, portez-les jusqu'au palais aérien de Fingal; qu'il puisse entendre encore la voix de son fils, la voix du chantre des héros.
Secoue ton manteau de nuages, ô Fingal, que je te voie assis sur les vapeurs, dans l'éclat de ta vieille gloire. Tu n'es plus, ô mon père, la terreur des héros ! Ta substance n'est qu'un nuage pluvieux , dont le voile humide laisse percer les yeux brillants des étoiles. Ton bouclier ressemble à la lune à son déclin; t^n glaive est une vapeur à demi enflammée: qu'est devenu ce chef des guerriers, qui jadis marchait si brillant et si fort?...
A la veille d'un combat, tu montes sur les vents du désert, et tu brandis les traits de la foudre. Dans ta colère tu saisis le soleil, et tu le roules dans tes nuages "^. Les enfants des lâches tremblent, et mille torrents tombent du ciel.
Mais quand la paix règne sur tes enfants, le zéphyr du matin accompagne tes pas. Le soleil sourit dans ses plaines d'azur; le ruisseau plus limpide court parmi les vallons; les arbrisseaux balancent leurs têtes fleuries, et le chevreuil •bondit gaiement vers la forêt.
Un bruit sourd s'élève dans la bruyère , les vents orageux
\. Ici commence la pièce lyrique qui, suivant la tradition, terminait les poèmes d'Ossian. On la chanle encore dans le nord de l'Ecosse ; Tair en est simple et sauvage, et peu varié.
2. Cette pompeuse description du pouvoir de Fin{:al sur les vents , sur les orages , sur le soleil , qiiil saisit et qu'il rouie clans les nuages, semble contradictoire avec ce qu'Ossian a dit dans le paragraphe précédent, où il représente Fingal comme une omhre faille , et qui n'est plus la terreur des braves. Mais tout cela est conforme aux opinion» d»i lemps : on croyait que les fantômes des guerriers commandaient aux vents et aux tempêtes, mais qu'ils n'avaient plus de force pour combattre.
NINA DE BERRATHON. 159
se taisent. J'entends la voix de Fingal , cette voix qui depuis si longtemps n'a frappé mon oreille.
« Viens, me dit-il, viens, Ossian, il ne manque rien à la renommée de Fingal. Nous avons brillé un moment comme des flammes passagères ; mais nous avons quitté la vie comblés de gloire. Qu'un éternel silence règne dans les plaines où noas avons vaincu : notre renommée sans rivale a franchi la porte des tombeaux ; la voix d'Ossian s'est fait entendre, et sa harpe a fait retentir les voûtes de Selma. Viens, Ossian, viens prendre place à mes côtés. 2>
A ces mots, l'ombre de Fingal s'envole avec ses aïeux au milieu des nuages.
Oui, je vais te rejoindre, ô roi des héros : la vie d'Ossian touche à son terme. Je sens qae bientôt je vais disparaître, bientôt l'on ne verra plus la trace de mes pas dans Selma. Je vais aller m'endormir près du rocher de Mora, et le souffle des vents dans mes cheveux blanchis ne m'éveillera plus.
Orages du nord, fuyez loin de ces lieux ; ne troublez plus le dernier sommeil du barde; laissez ses yeux s'appesantir.... La nuit sera longue.... retirez-vous de ce désert.
Pourquoi mourir, fils de Fingal? pourquoi déjà cette tristesse, pourquoi ce nuage sur ton âme? Les héros des temps anciens ne sont plus, et leur renommée a péri avec eux. Les enfants des siècles à venir passeront, une race nouvelle les remplacera.
Les hommes se succèdent comme les flots de l'Océan, ou comme les feuilles des bois de Morven. Desséchées, elles volent au souffle des vents ; mais bientôt on voit reverdir un feuillage nouveau,.
Ta beauté, ô Ryno ', a-t-elle été durable? Ta force, mon cher Oscar ^, a-t-elle résisté au temps? Fingal lui-même n'a-t-il pas succombé, et les salles de ses aïeux n'ont-elles pas oublié l'empreinte de ses pas ?
Et toi, barde décrépit, tu resterais sur cette terre d'où les héros ont disparu î
Non, mais ma gloire y restera ; elle y croîtra comme le chêne de Morven, qui oppose sa large tête aux vains assauts de l'ouragan.
4. Autre fils de Fingal. (Voy. le poëme suivant.) — 2. Fils d'Ossian.