MALVINA
Sœurs de ma tendresse, ô vous que j'ai perdues, vous vivrez aussi dans le cœur de Malvina ! Mon dernier soupir sera un hymne en votre honneur.
Oui, Évir-Goma, Darthula, Sulmina, votre image est souvent présente à mon âme. Elle ressemble aux pâles rayons du soleil d'automne, glissant sur la bruyère sombre de Lena, quand le météore de la pluie s'avance à leur suite avec toutes ses larmes. Gellama, Moïna, Minona, vous qui avez jadis brillé sur ces collines, Melilcoma, Golma, Annir, avez-vous conservé vos charmes? Êtes-vous encore l'admiration des héros, dans vos nuées légères ?
Grimora, Gelchossa, qu'est devenue votre beauté? Desagrena, qu'as-tu fait de ton éclat ? Oithona , quels échos redi-
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sent tes amoureux accents ? Ta voix était douée d'une mélancolie suave, comme la harpe du barde, quand le chef des g-uerriers a terminé sa vie.
Et pourquoi vous oublierais-je, Évir-Allin, Clatho, vous les plus belles d'entre les clartés qui brillèrent sur Morven? La joie est exilée de Selma, depuis que vous vous êtes couchées dans les ténèbres ; les chants des vierges ont cessé , et les harpes des bardes sont muettes.
Mais puis-je rappeler toutes mes pertes? Ma voix et mes larmes n'y suffiraient pas. Belles clartés, vous avez laissé votre sœur dans les larmes.... Elle erre délaissée sur les montagnes; elle marche au milieu d'un désert; son visage est pâle comme la face de la lune, lorsqu'à l'approche du jour elle s'évanouit dans les cieux avec son cortège d'étoiles. Sœurs chéries , vous êtes des clartés éteintes , mais votre souvenir n'a point quitté Malvina !
Gesse de pleurer, ô Malvina ! L'aspect de ta douleur brise ma vieillesse. De même que la nuit est presque achevée, notre isolement aussi va bientôt finir. Notre vie est semblable au songe de la chasseresse, dans la fente de sou rocher : elle croit tomber, du faîte des collines , au milieu des flots où elle mirait ses jeunes attraits. Pareille au cygne des lacs solitaires, tantôt elle nage sur les ondes, tantôt elle disparaît sous leur nappe argentée. Ses cris appellent son bien-aimé, mais en vain I Elle meurt, et son âme s'envole au sein des nuages. Elle voit sur la terre le beau chasseur qu'elle aimait, gémir à côté de sa tombe. Triste et pleurante, elle l'appelle et lui tend les bras.... Mais soudain ses propres soupirs la réveillent; elle lève la tète, et le songe effrayant est évanoui !
Chasseresse des bois de Gona, notre vie n'a pas plus de réalité. Nos amis se sont éveillés avant nous, et ils nous réveilleront bientôt. Ne les entends-tu point déjà, dans le souffle des brises qui courbeut les roseaux, se dire entre eux : t Malvina et Ossian viendront dans peu nous rejoindre? )>Oui, Malvina, j'écoute avec ravissement leur voix mystérieuse : elle charme mon oreille, comme le murmure du Lora plaît au voyageur, lorsque , égaré de nuit dans sa route , il arrive au désert : il tourne les yeux vers Selma; mais Selma est caché dans les ténèbres. Il ne voit sur la bruyère d'autre clarté que les mé-
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téores de la tempête ; il ne peut plus retrouver l'étroit sentier qui serpente au flanc de la montagne, et les cris des ombres s'élèvent autour de lui. Enfin, il entend les vagues du Lora, qui s'échappe en grondant des rocs brisés qui obstruent son lit. La joie renaît dans son cœur : « Je suis, dit-il, dans le voisinage de Selma ! »
Telle est la vie du vieil Ossian, lorsqu'une voix, perçant les nuages, lui promet que bientôt il rejoindra ses pères. Alors, ô Malvina, ne reverrons-nous pas les amis que nous pleurons? Leur glorieux entretien ravivera le souvenir de nos exploits ! Mais les traits de la douleur atteindront-ils encore les habitants des nuages? Verrai-je Oscar toujours défiguré par sa mortelle blessure? Malvina y pleurera4-elle encore sur le tombeau de son bien-aimé ? Évir-Allin y sera-t-elle arrachée des bras de son époux? Les palais aériens seront-ils un jour, comme Tura, la proie d'un incendie? La mort a-t-elle accès dans le pays des âmes ?
Non, Malvina, la lumière qui éclairera nos plaisirs ne sera pas obscurcie. Notre joie ne pâlira plus comme la lune à son couchant. Nos amis n'abandonneront plus leur séjour azuré, comme des étoiles qui filent et s'évanouissent dans l'espace. Ils nous accompagneront toujours dans nos courses errantes sur le flanc des nuages, et, reflétant sur nous ses doux rayons, ils nous berceront. Gesse de pleurer, fille de Toscar ! consoletoi, ô Malvina, tourterelle solitaire !... Ici-bas, les jours tristes sont passagers, comme les heures de joie l