‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 82 sur 89 · MAL VIN A · texte numérisé non relu

MAL VIN A

Les douces lumières qui entouraient Malvina se sont de même obscurcies. Mon cœur est semblable à l'astre des nuits, lorsque sa clarté s'affaiblit de plus en plus. J'abaisse , à son exemple, mon voile sur mon visage, et je pleure en secret mes sœurs. Non, belles clartés, je ne vous oublierai pas, quoique vous soyez cachées dans l'ombre. Votre souvenir porte avec lui une tristesse pleine de charmes !

Je ne vous oublierai pas non plus, vous qui gouverniez la tempête des batailles, et qui reposez maintenant dans votre paisible sommeil. Votre image est encore dans mon souvenir, bien que je ne vous voie plus, comme autrefois, fouler nos bruyères fleuries.

Ici, j'ai vu Fingal, chef des braves; Oscar et Ryno, ces deux rayons de lumière ; le bel Artho, et la brune chevelure de Dermid. Ici, j'ai vu l'aimable fils de Lutha, et Conchana, cette âme si pure, et le fils de l'intrépide Garo, et Fed, les trois Finans. Ici brilla le casque d'Eth; ici les boucles brunes de Diaro flottèrent au gré du vent; ici ondoya comme une bannière la chevelure ardente de Dargo. Ici Trenard croissait comme un chêne; ici Torman mugissait comme un torrent; ici Ardan s'avançait avec orgueil, comme un arbre qui lève sa tête verdoyante au-dessus d'un vallon chargé de brouillards. Ici Murno et Sivellan souriaient derrière lui. avec leurs boucliers azurés.

Ici parut Glessamor , illustre par tant de hauts faits; ici brilla l'acier poli de Fercuth. Ici chanta Carril; ici des milliers d'hommes écoutèrent la harpe d'Ullin. Ici j"ai vu Moran et l'harmonieux Fithil, Gonnal aux paroles douces et aux ac-

l'incendie de tura. 469

tions généreuses, Lamdarg avec sa lance sanglante, etCurach, dont le bras tenait lieu d'une armée à l'instant du péril. Où es-tu, Lugar, toi dont la porte n'était jamais fermée? 0 Fadetha ! où est maintenant ta voix , dont les sons se faisaient entendre de si loin? Ronaro, où sont tes boucles dorées ? Golda, où sont tes pieds agiles? Lumna, qu'est devenue ta lance belliqueuse ?

Que sont devenus Ledan au regard affectueux, Branno à la riche armure, et le bouillant Toscar? Où sont Macruta, Colmar et Gomalo, qui , sur le Gormal, donnaient la chasse au sanglier ? Où sont Fillan , mon frère chéri, et le terrible Fergus, aux paroles douces comme le miel ? Où est Crigal, au casque étincelant, et Dogrena, cet astre qui conduisait les héros sur la plaine? Aldo, qu'as-tu fait de ta beauté? Maroman, où est la force de tes mailles d'azur ? Qui me montrera les vestiges de Ducomar, aimé des belles malgré son teint bruni ? qui me rendra les traits chéris de Crigal, ce rayon d'amour? Suino, Sorglan et Gonloch , ces trois torrents de nos batailles, -ont aussi disparu. Le météore du trépas, Gonal, a cessé de vivre, ainsi que Gaul, ce tourbillon qui dispersait nos ennemis.

Héros que j'aimai, vous n'êtes plus ! Aucun de vous n'est resté pour pleurer sur la tombe d'Ossian. Aucun ami ne placera sur mon corps la pierre funéraire et ne creusera mon étroite demeure sur la bruyère déserte. Oui, tous les héros de Morven sont devenus la proie du trépas; mais leur mémoire a survécu dans l'âme du barde qui fut l'émule de leur gloire!

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