‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 113 sur 512 · D. Mornet, Les Enseignements des Bibliothèques privées · texte numérisé non relu

D. Mornet, Les Enseignements des Bibliothèques privées

La Dissertation de Blair 223

de mars, le Journal Encyclopédique avait signalé la Dnssertation anonyme et promis d’en rendre compte « plus au long », car, dit-il, ces poésies nouvelles « ayant paru faire plaisir, il est juste qu’on connaisse aussi comment en pensent les critiques anglais * ». Il faut croire que la lecture de l’ouvrage, rapprochée d'un examen plus attentif des poésies erses, n'avait pas été favorable à Ossian, car l’article promis, et qui parait dès le mois suivant, ne contient qu’une attaque virulente, d’autant plus remarquable que le Journal Encyclopédique emboîte volontiers le pas au parti philosophique, et que Diderot et Grimm étaient favorables à Ossian. Il est vrai que Voltaire, dit-on, écrivait parfois dans cette feuille, et il pouvait l’inspirer en sens opposé. Il y a un peu de la manière et de l’air de Voltaire dans ce morceau à l’emporte-pièce, qu’il faut citer tout entier :

A la lecture des Poésies Runiques, aux soins que l’on se donne en Angleterre, comme ailleurs, de traduire ces poèmes, à l'admiration qu’on cherche à inspirer pour ces anciens ouvrages, à l'espèce d'enthousiasme qui saisit les amateurs des sombres beautés runiques, on dirait que bien des gens craignent que le mauvais goût ne fasse des progrès assez rapides. Despréaux eût bien ri s’il eût entendu de son temps les éloges qu’on donne à la poésie rocailleuse d’Ossian, à la folie et à la fausseté des images de la Poésie Runique, à la teinte noire et gauche de ces tableaux qu'on ne peut regarder sans ennui, à moins d’être attaqué de la consomption. Qu'est-ce que ces beautés que l’on admire, et quelle est cette poésie que l’on fait consister dans l’assemblage puéril des idées les plus noires, et qui sont totalement hors de la Nature ? Quelle vérité, quel génie, quelle chaleur peut-on trouver dans ce portrait que Comala fait de celui qu’elle aime ? O fils de la nuit noire ! Quel combattant à succombé sur les rives vertes de Carun ? Elait-il blanc comme la blanche neige d'Arduen ? Brillait-1l comme l’arc-en-cel, quand il pleut ? Ses cheveux étatent-ils comme les brouillards de la montagne ? élaient-ils fins et bouclés à la lumière du soleil ? Etait-il dans le combat redoutable comme la foudre d'en haut ? Sautail-il comme la chèvre des déserts ? Est-ce là ce qu'on nomme l'expression de la Nature ? Qu'est-ce d’ailleurs que cette

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