‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 122 sur 512 · Nouveaux Mémoires..…., 1774, p · texte numérisé non relu

Nouveaux Mémoires..…., 1774, p

Mérian. Bitaubé 245

poètes. Et si Ossian n’était autre que Macpherson ? si ces beauxpoèmes devaient leur naissance au siècle des lumières? L’objection était certainement faite quelquefois par les peu crédules académiciens de Berlin. Denina, un confrère de Mérian, niait formellement l’authenticité ‘. Mérian prévoit donc l'attaque, et la pare assez gaillardement : « Je n’ai.. qu’à changer le nom d’Ossian en celui de Macpherson. Voilà, dirai-je, un poète admirable à qui la science n’a prêté aucun secours. » Voilà, dirai-je à mon tour, de quels raisonnements l’académicien se contentait : je laisse au lecteur à juger celui-ci.

Surtout, Ossian est moral ; Ossian peut et doit ramener à la poésie vertueuse. « On n’y voit partout que le triomphe de la vertu, que des guerriers humains, et de chastes amantes. Les sentiments les plus nobles et les plus magnanimes se montrent ici dans cette aimable simplicité qui est celle de la nature, et que l’art ne saurait atteindre... C’est un fils qui chante un père chéri... C’est un vieillard vénérable.. » Nous connaissons le couplet. Mais faisons attention qu’à cette époque où la poésie cherche partout des’ voies nouvelles, Ossian paraît indiquer celle de la vertu, de la sensibilité, des pures affections domestiques. A cet égard, il va dans le même sens que Diderot dans ses drames, et que Rousseau, lorsque celui-ci reproche au théâtre de détourner des vertus réelles « un père,un époux, un citoyen ». En découvrant Ossian, on croit tenir la poésie rêvée, à la fois sensible et chaste, pathétique et vertueuse.

Un confrère de Mérian, Bitaubé, le traducteur d’'Homère, est amené à soutenir que les poèmes homériques n’ont pu se transmettre sans l’usage de l'écriture. Mais il lui faut réfuter un argument sérieux. « Les Erses ou anciens Ecossais, dit M. Wood, nous ont transmis leurs poèmes sans posséder l'invention de l’écriture. » Qu’on remarque en passant le sens que prend erse, qui, s’il veut dire quelque chose, signifie irlandais. Bitaubé répond d’abord par des raisons vagues, puis il découvre en note un « Anglais fort instruit » qui lui a assuré « que les poésies erses nous ont été trans-

- mises à leur naissance au moyen de l'écriture. Cela n'em-

1. Denina, La Prusse Liltéraire sous Frédéric II, 1790-1791, 1}, 422,

pêche pas que parmi eux tout le monde ne sache par cœur les poésies -d’Ossian ‘. » Ces derniers mots sont bien faits pour renforcer la légende. C’est un témoignage de plus à ajouter à tant d’autres qui attestent l'originalité, la valeur, la beauté de ces nouveaux poèmes qui viennent d’être révélés au monde. |

4. Bitaubé, Considérations.sur Homère (Nouveaux Mémoires de l’Académie de Berlin, 1777, p. 421-439).

Page 1