VII. Minvane. — Macpherson avait donné cette lamenta
Les « Contes et Poésies Erses » 251
tion de Minvane sur la mort de Ryno dans une note à Berrathon: il présentait ces strophes lyriques et très cadencées comme un épisode d’un des grands poèmes ossianiques perdu depuis.
Il n’a pas reproduit ce morceau dans l'édition définitive.
VIII. Calton et Colmar. — C'est Calthon et Colmal; mais, outre que l'original est à la fois très résumé et très embelli, il est curieux de remarquer que Golmar,nom du frère de Calthon, remplace dans le titre Colmal, nom de la jeune fille qui aime Calthon et le fait évader.
IX. L'Amour et l’Amilié. — Sous ce titre abstrait reparaît la plus ancienne composition de Macpherson, celle qu'il avait intitulée La Mort d'Oscar et qui reparut dans le Fingal de 1761, en note après le fragment intitulé T'emora. Le sujet était le combat d’Oscar et de Dermid. C’est sous le titre d’Oscar et Dermid que les traducteurs plus récents l’ont donnée. L’édition définitive ne la contient pas. La traduction de 1772 l'ampute des vingt premières et des six dernières lignes, et remplace Oscar par Toscar, plus connu comme père de Malvina.
X. OUiïna. — C’est Oïna-Morul. Le nom ainsi abrégé aura paru plus harmonieux au traducteur.
XI. Minona. — C'est le premier épisode des Chants de Selma jusqu’à : « He shall fear, but love my voice. » Il comprend le morceau bien connu où Minona chante la douleur et les plaintes de Colma. Pour simplifier, le traducteur supprime purement et simplement Colma, et attribue toute l'histoire à Minona elle-même.
XII, Lathmon. — Le même que dans Macpherson et assez complètement traduit.
XIIT. Apparition d'un fantôme. — C'est un épisode de La Guerre de Caros.
XIV. Malvine déplorant la mort d'Oscar son époux. — Début de Croma jusqu’à « .. after the mildew has passed over it ». Le reste à été utilisé pour le morceau intitulé Ossian. Le texte anglais est très résumé et très arrangé.
En somme, douze poèmes différents ont fourni la matière de ces quatorze morceaux, on vient de voir par quel bizarre travail de découpage et de recollement. Le traducteur a-til obéi à une idée préconçue ? A-t-il voulu composer une sorte d’anthologie ossianique, où le lecteur aurait trouvé ou retrouvé les plus beaux morceaux et les morceaux à succès ? Il faut avouer qu’alors il se serait bien mal acquitté de sa tâche, car il omettait dans son choix les pages les
plus heureuses, et qui avaient déjà éveillé la plus unanime admiration : l'hymne au Soleil, par exemple, qui termine Carthon,et tout le poème de Dar-thula ; tandis que certains des fragments traduits, notamment la Dédicace d'un monument ou Calton et Colmar, ne présentent qu'un médiocre intérêt. A-t-il voulu peut-être offrir uniquement des morceaux inédits? Non, car trois de ceux qu'il donne avaient déjà paru dans le Journal Etranger ou la Gazette Littéraire et avaient été réimprimés dans les Variétés Littéraires ; ce sont L'Amour et l’Amitié (n° VIII, sans titre, dans le tome I* des Variétés littéraires, p. 286) ; Oithona (t. I, p. 292) et Lathmon (t. IT, p. 231). Non seulement il reproduit ces trois pièces, mais il les transforme à leur désavantage ; car, sans parler des différences dans la traduction, que nous signalerons tout à l'heure, le premier est amputé du long et pathétique début, le second est modifié au commencement et perd son dernier paragraphe, le troisième est raccourci dans la proportion de trois au lieu de cinq. Je ne vois pas quelle autre idée directrice on pourrait trouver pour expliquer ce choix incohérent. Il est plus que probable que le traducteur n’a pas eu sous les yeux les traductions françaises qui avaient précédé son travail; qu'il s’est contenté de feuilleter au hasard les volumes de Macpherson, arrêtant son choix d’une manière tout à fait arbitraire sur telle ou telle page, et cherchant avant tout à ne rien raconter de trop suivi et de trop long. L’étendue moyenne de ces morceaux est de six petites pages,
Présenter ainsi Ossian aux lecteurs français, c’était prendre le contre-pied de ce que Macpherson avait prétendu faire dans ses beaux volumes, amplement garnis de préfaces et de dissertations, farcis de résumés historiques, de notes et de commentaires. Des « poèmes épiques » qu’on était en Ecosse si fier d’avoir retrouvés, de Fingal et de Temora, pas une ligne n'était traduite ; des poèmes plus courts, bien peu étaient reproduits, et encore avec toute sorte de suppressions et