‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 126 sur 512 · TS AT · texte numérisé non relu

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Une anthologie ossianique 253

presque à l’état de résumés. Seuls des épisodes étaient conservés. Non seulement aucune note, aucun éclaircissement n’aidait le lecteur à voir plus clair dans ces légendes obscures, mais tout lien était rompu comme à dessein entre ces divers morceaux. L'enchaînement des faits, qui donnait au corpus ossianique cette valeur historique chère à Macpherson et à Blair, disparaissait complètement. Tout était conçu, peutêtre instinctivement, de manière à offrir au publie le moins possible de faits et de données concrètes, le plus possible d’impressions, d'émotions, d’évocations. L’artificielle antiquité écossaise de Macpherson, les savantes épopées de Blair, s’évanouissaient pour ne plus laisser devant le lecteur français que de brèves effusions élégiaques ou lyriques, des paysages de rêve, des méditations passionnées, de mornes désespoirs, et des adieux déchirants, Dans ces quelques pages s évoquaient pour lui les principaux thèmes ossianiques, en eux-mêmes pour ainsi dire et à peine soutenus par un minimum d'action : la mélancolie de la vieillesse et celle des ruines, l’ineffable sérénité des astres, la tristesse des cœurs abandonnés, le néant de la vie, et l’amour, et la mort.

Cette impression, due au choix des morceaux, à la suppression de nombreux passages, au rapprochement artificiel de deux pages d’origine différente, était encore accrue par le mode de traduction adopté. Ne revenons pas sur le travail d'assemblage de cette bizarre marqueterie ossianique, faite de découpages et de soudures également arbitraires. Mais il faut noter d’abord que le traducteur prend d’étranges libertés avec les faits et les noms. Il baptise les personnages qu’Ossian laissait anonymes ; il dépouille de leurs noms ceux qui en possédaient un ; il confond Oscar et Toscar, Minona et Colma, Gaul et son père Morni; le palais de Dunlathmon devient Lathmon, alors que Lathmon dans un autre morceau reste un nom d'homme, Examinons maintenant sa traduction comme telle. Cherchons des pages qui représentent en somme des pages de Macpherson, et voyons comment les premières traduisent les secondes.

Voici un exemple :

A rougher blast rushed through the oak. The dream of night departed. Gaul took his ashen spear. He stood in the rage of his soul. Often did his eyes turn to the east. He accused the lagging light. At length the morning came forth. The herolifted up thesail Thewinds came rustling from the hill; he bounded on the waves of the deep. On the third day arose Tromäthon, like a blue shield in the midst of the sea. The white wave roared against its rocks; sad Oithona sat on the coast! She looked on the rolling waters, and her tears came down. But when she saw Gaul in his arms, she started, and turned her eyes away.

Une bouffée de vent ébranle plus violemment la cime touffue des arbres ,et Morni s’éveille.

I] saisit sa lance et se lève furieux. Il tourne sans cesse ses yeux vers lorient et maudit la lenteur du jour. Enfin l’aurore paraît. Il déploie ses voiles, et son vaisseau bondit sur les vagues de l’abîme Le troisième Jour, l’île de Tromaton sort à ses yeux du sein des mers La triste Oïthona était assise sur la côte. Elle avait les yeux attachés sur les vagues roulantes de l’abîme. Des larmes coulaient de ses yeux. Mais quand elle aperçut Morni couvert de ses armes, elle tressaillit d'horreur, et détourna la vue

C’est peut-être une belle infidèle, mais c’est une infidèle.

Le traducteur laisse tomber la lance de fréne, qui est le seul détail précis et matériel ; /e songe de la nuit, la rage de son dme, le héros, la comparaison de l’île avec un bouclier azuré, qui sont des expressions poétiques ou figurées.Il supprime des parties de phrase ou des phrases entières, et les plus heureusement descriptives: les vents des collines accouraient en frémaissant ; la vaque blanchätre mugissait contre ses rochers. Par contre il cultive la périphrase,et le chéne d'Ossian devient la cime touffue des arbres ; de même « les vagues roulantes de l’abime — des larmes coulaient de ses yeux — elle tressaillit d'horreur. » Et tout cela dans un bien court passage. l'en est de même dans la Dédicace d’un monument de paix posé par deux frères, où les deux frères sont de l’invention du traducteur et remplacent Ossian et Toscar, fils de Conloch; où ce qui est dit de la pierre devient une invo-

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