Cath-Loda (T., p. 126. — L. T., Il
valley, hast thou left mine ear ? I hear no distant roar of streams! No sound of the harp from the rock ! Come, thou huntress of Lutha, Malvina, call back his soul to the bard.
I look forward to Lochlin of lakes, to the dark billowy bay of U-thorno, where Fingal descends fromocean, fromtheroar of winds. Few are the heroes of Morven in a landunknown!
Starno sent a dweller of Loda to bid Fingal to the feast ; but the king remembered the past, and all his rage arose. « Nor Gormal’s mossy towers, nor Starno, shall Fingal behold.
Deaths wander, like shadows, over his fiery soul ! Do I forget thatheamoflight, the whitehanded daughter of kings ?
Go, son of Loda ; his words are wind to Fingal ; wind, that to and fro drives the thistle in autumn’s dusky vale. »
zéphir, pourquoi cesses-tu de murmurer à mon oreille ? Je n’entends pointle mugissement lointain des torrents ; je n’entends point sur les rochers les sons éclatants de la harpe.
Viens, ô Malvina, viensranimer mon génie.Mes yeux s'arrêtent sur Lochlin,surla sombre baie d'Uthorno où Fingal cherche un asile contre la fureur des flots et des vents. Les héros de Morven ne descendirent pas engrandnombre sur cette terre inconnue. Starno députa un enfant de Loda pour inviter Fingal à sa fête. Mais Fingal se souvint du passé et ne put contenir son indignation
« Jamais Fingal ne verra ni les tours antiques de Gormal, ni Starno. Des projets de sang et de mort roulent sans cesse dans son âme féroce Puis-je donc oublier. cette aimable fille des rois, la belle Agandecca ? Retire-toi, enfant de Loda ; je méprise les paroles de Starno, comme le vain bruit des vents d’automne. »
Ce passage achève de nous fixer. Le Tourneur supprime, ajoute, transpose, paraphrase, réduit ; évite le concret, le coloré, le brusque, l’elliptique, le particulier, le poétique, et prodigue le convenu, l’élégant, l’abstrait ; arrondit les angles du discours, et substitue‘au rythme coupé de l’anglais un nombre ample et oratoire. Les fautes de détail, et nous avons vu si elles sont nombreuses en quelques pages, ne sont rien en pareille matière à côté du vice général de la traduction. Le texte n’a pas été senti dans sa valeur vraie; il a été transposé perpétuellement d’un ton ou deux, et certes 1] n y a pas gagné. Comme le dit très bien Villemain :
Valeur de la traduction 331
« Ce n’est pas d’après le pathos uniforme de Le Tourneur qu’il faut juger les poèmes d’Ossian : le texte anglais a bien plus d'éclat et d'énergie ‘ ». On voit combien on se tromperait en admettant, sur la foi de l’étude la plus complète que nous ayons sur Le Tourneur, que son exactitude est louable *. Cet auteur, pourtant de langue anglaise, montre pour la traduction trop d'indulgence.
La preuve que cet inconvénient n'était pas inévitable, c'est que Turgot, nous l'avons vu, n’y était pas tombé, ou fort peu; que ni Suard, ni Saint-Simon surtout n’avaient appliqué le même système de traduction. Ce système est celui de Le Tourneur plutôt que celui de son siècle, Il a, dira-t-on, mieux réussi que ses prédécesseurs, car on a lu son Ossian. L’aurait-on moins lu, s’il avait osé l'écrire dans un système plus hardi ? C’est fort douteux. On l’a lu, parce que pour Ossian le moment était venu où l’on devait accueillir avec plaisir une traduction complète de ses poèmes. Le Tourneur, qui saisissait ce moment, et qui rendait au public le service de lui offrir cette traduction, aurait pu sans inconvénient se montrer un peu plus exact. Il y a eu chez nous dans la seconde moitié du xix* siècle force traductions de romans étrangers, les unes médiocres, d’autres meilleures : croit-on qu’on ait lu plus ou moins pour cela Tolstoï ou Kipling, Sudermann ou D’Annunzio ?
Ces réflexions seront encore justifiées davantage par un parallèle entre la traduction de Le Tourneur et celles qui l’avaient précédée. Nous avons étudié déjà dans quel rapport elle est avec les Poésies Erses de 1772, à propos de l'attribution de ce dernier recueil. I1 faut remonter plus haut, ef comparer les procédés du nouveau traducteur à ceux de Turgot, et surtout de Suard.
Voici d’abord quelques passages de Le Tourneur mis en regard de quelques passages correspondants de Turgot: