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Le doyen Bridel 379
génie d’Ossian s'explique par les montagnes de la Calédonie. De là cette supériorité sur Homère et Virgile, de là cette sublimité dans les sentiments et dans l’imagination. « Les anciens Ecossais habitaient les montagnes » et «l’esprit des habitants des montagnes s’élève avec la nature. A la vue des grands objets qui les entourent, leurs idées prennent aussi de la grandeur, et la vivacité dé leur imagination est semblable à celle de l'air qu’ils respirent. » Les conditions spéciales de vie que le sol et le climat imposent aux montagnards font qu'ils « culiivent leurs talents » et « pour charmer leurs loisirs joignent l'harmonie à leurs idées ». En écrivant ces lignes, Bridel s'inspire de ce qu’il voit autour de lui : il explique Ossian par les mœurs du pays de Vaud. « Cette chaleur et cette vérité » dans la peinture des mœurs sont la meilleure preuve de l’authenticité. « Il me paraît beaucoup plus aisé de croire au génie d’Ossian qu’à celui de M. Macpherson. »
C’est ainsi que le doyen Bridel comprenait Ossian : voyons comment 1l l’a traduit. Il paraît ignorer toute traduction française, et particulièrement celle de Le Tourneur, qui ne semble pas avoir pénétré à Lausanne plus qu’à Berlin. D’ailleurs il est possible que son travail soit antérieur de quelques années à 1782, et par conséquent n’ait pu subir l’influence de Le Tourneur. C’est probablement le cas pour les passages traduits en prose dans le Discours préliminaire. Ges neuf extraits sont empruntés à Fingal, à Temora, à Lathmon, à La Guerre de Caros, aux Chants de Selma, et à Carthon; de ce dernier poème c’est, comme de Juste, l’apostrophe au soleil qui est choisie comme échantillon. C’est là qu’on peut admirer le Barde et « le feu du gémie qui l’embrasait ‘ ». Ces extraits sont autant d'exemples des mérites d’Ossian : ils sont choisis parmi les pages les plus pathétiques et souvent les plus connues.
La deuxième partie des Poésies Helvétiennes s'ouvre par les Chants de Selma, traduction, dit un contemporain ?, imitation, dit l’historien récent de la littérature romande”;