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Limites du succès d’Ossian 387

et en passant, imité Ossian ; et cependant le Barde n’est pas, ou n'est pas encore, inserit à leurs yeux au rang des grands poètes. Est-il trop récemment connu ? Pas plus que Young et Gessner. Trop extraordinaire, trop hardi ? Je ne le crois pas.Je verrais plutôt là une secrète protestation du bon sens français contre cette gloire d’un aloi douteux, contre ce grand homme en clinquant.

Sans doute, l’anglomanie diminue un peu. Le gessnérien Le Suire croit voir baisser le prestige de l'Angleterre :

L’Angleterre a produit des hommes : Mais, assise sur leur tombeau,

Leur Muse, dans l’âge où nous sommes, Sur leur cendre éteint son flambeau.

Mais on continue à mettre au premier rang quelques écrivains anglais. Certains ne retiennent de l’Angleterre que Thomson et Young, comme Caraccioli* ; que Richardson, Hervey et Young « dont les chefs-d’œuvre, dit Loaisel de Tréogate , ont corrigé plus d’un libertin », ce dont évidemment Fingal ou Temorane pourraient s'acquitter aussi bien ; que Young, comme Cournand ‘, qui presque certainement ignore Ossian complètement. Mais surtout Gessner fait tort à Ossian. Pendant le règne de Louis XVI, nombreux sont ceux qui citent ou imitent expressément le Théocrite de Zurich et ignorent ou dédaignent le Barde de Morven: par exemple Borde * ou Boissy d’Anglas *.

Enfin, il semble que parmi les lectures préférées des mondains ou des mondaines sur lesquelles nous avons quelques trop rares renseignements, Ossian, même après Le Tourneur, ait occupé peu de place. Dans le groupe lettré et mondain dont les continuateurs de Bachaumont reproduisent l'esprit et enregistrent les commentaires,on est voltairien, on daube sur Fréron, dont L’Année Littéraire fait

1. Aimanach Littéraire, 1779, p. 18 : Epiître à M. l’abbé Arnaud sur les différentes nations littéraires de l’Europe, par M. Le Suire.

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