‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 236 sur 512 · Almagach des Muses, 1805, p · texte numérisé non relu

Almagach des Muses, 1805, p

3. Ossian, Poésies Galliques en vers français par Baour-Lormian, 3° édition corrigée et augmentée, avec 1 gravure et 3 romances mises en musique par M. Bouffet. Paris, Michaud, in-18, 1809.

4. Ossian, barde du III siècle, Poésies Galliques en vers français, par P.-M.-L. Baour-Lormian. Paris, Louis Janet, 1818, in-18, avec 4 gravures.

5. Id., suivi des Veillées poétiques. Paris, Gayet, 1827, in-8,2 gravures.

liminaire suppose que le lecteur connaît déjà l’Ossian de Le Tourneur : car il ne dit pas qui était le Barde, à quelle époque, dans quelle société il vivait, quels étaient les objets de ses chants; en un mot, il ne présente ni le poète ni ses poésies. Il procède par allusions: car, dit-il, « les Français lisent Ossian »; et il arrive tout de suite à défendre son auteur et à justifier sa méthode de traduction, ou plutôt d'imitation. Le reproche que, d’après lui,on fait aux chants du Barde, c’est d'offrir « des incohérences, des répétitions ». Les répétitions ? elles ne sont pas plus monotones que celles de nos poètes descriptifs,avec leurs vergers, leurs troupeaux, leurs roses, leurs zéphyrs. Le paysage ossianique a au moins l'avantage de la nouveauté; de plus, il est moral : « ilélève

l’âme, il la fortifie, il l'habitue à lutter contre le malheur,

il la prépare aux vicissitudes de la vie par le spectacle du désordre des éléments. » Point de vue assez nouveau, semblet-il, et même paradoxal: car le paysage triste et sombre a plutôt fait des rêveurs, des mélancoliques, des désespérés, des Wertker, des Obermann, des René. D’ailleurs, poursuit-il, le paysage n’est pas tout dans Ossian : ses chants offrent aussi beaucoup d'action. Quant aux incohérences, elles viennent de la manière dont Macpherson recueillait des fragments dispersés qu'il a tenu à publier intégralement. Par contre, Ossian a pour lui la beauté poétique qui enchante l'imagination, la noblesse morale qui élève le cœur (nous connaissons depuis longtemps cet ordre d’éloges), une mythologie plus douce et plus pure que celle des Scandinaves, plus logique et plus bienfaisante que celle des Grecs ; le Barde lui-même inspire le respect et la sympathie,

Mais il faut savoir le traduire. Le Tourneur a bien fait de reproduire entièrement Macpherson sans « séparer l’alliage du métal ». L'auteur des Poésies Galliques suivra une voie différente : « Il traduisit, et j'imite ; il conserva tout, et je choisis ; il voulut faire connaître Ossian, et je tâche d’atténuer ses défauts, sans modifier en rien ses traits caractéristiques. » Cependant Baour n'a pas transformé essentiellementson auteur : « Mon modèle n’eût plus été lui, Si J'avais totalement fait disparaître ses imperfections. » Il

n'entre pas dans d’autres détails sur la composition de son

Ses « Poésies Galliques » 487

recueilet ses procédés d'imitation. Mais il indique indirectement une des principalés raisons qui ont dirigé son choix. Ce Latin est sensible surtout à l’ordre et à la logique. Il n'aime que les poèmes où « les idées se lient comme les faits, les transitions sont bien ménagées, l'intérêt suit la marche progressive ». Le. plus grand éloge qu'il fasse d’Ossian, c’est que « sa marche est souvent aussi directe, aussi sûre quecelle de nos bons auteurs ». De là des préférences qui paraissent d’abord bizarres. Il préfère hautement Minona (— Oithona), Carthon, Témora, Lorma (= La Bataille de Lora) à Cath-Loda et à Fingal. Il appelle ces derniers poèmes « un long tissu d’incohérences ». Aussi ne les traduira-t-il pas, et se contentera-t-il d'emprunter à Fingal quelques morceaux assez courts.

Ce Discours est donc fort peu exact et fort peu circonstancié. Un seul mot le date, et c'est un mot qui montre que l’ingénieux Baour ne perd pas une occasion de faire sa cour : « S'il était un héros qui aimât Ossian comme Alexandre aimait Homère, je répondrais par cela même de la bonté de son cœur. » L’encens était un peu gros : il dut cependant flatter le maître.

L'édition de 1801 comprend 23 poèmes ou fragments, d’étendue très inégale, et qui présentent des formes métriques très variées. Le poème de Témora, qui à lui seul compte 1470 vers, et 4 autres beaucoup plus courts, sont en alexandrins ; ailleurs ce sont, ou des strophes d’octosyllabes, ou des décasyllabes (mètre malencontreux), ou le plus souvent des vers libres ; quelques poèmes se composent de plusieurs parties écrites chacune dans un mètre différent. L'ensemble constitue un total de 4607 vers.

Pour élaborer son Ossian, Baour a eu devant lui la traduction de Le Tourneur, et elle seule. Nous verrons qu’il a découvert Hill entre 1801 et 1804. Du texte anglais il n’est pas question, Baour n’ayant Jamais eu la moindre prétention à connaître cette langue. C’est à Le Tourneur que le nouveau traducteur emprunte la plupart de ses notes : en fait d'Ecosse et d’Ossian, il ne connaît visiblement d'’autorité que la sienne. Or Le Tourneur, on l’a vu, avait puisé toute sa science dans les Dissertations de Blair et de Macpherson et dans les notes de ce dernier. Baour nous pré-

sente donc le roman ossianique au troisième degré. C’est

ce qui explique le vague et l’incohérence de plusieurs de ses notes. Si l’on y ajoute le fait que certains poèmes sont tellement modifiés qu’ils en deviennent méconnaissables, que beaucoup de noms sont transposés et d'autres créés, qu'aucun détail historique n’est donné dans la préface, on comprendra que le lecteur de Baour-Lormian qui ne se reportait pas à Le Tourneur avait de l’Ossian de Macpherson une idée tout à fait inexacte. Or c’est d’après Baour que certains ossianistes à la suite ont travaillé : l’opéra Uthal dérive certainement de son Uthal. Cet ossianisme-là peut s’appeler du quatrième degré ; et il a été assez répandu au xIx° siècle. Un amateur de poésie, ayant appris dans Baour à aimer Ossian, possédant assez bien ses Poésies Galliques, pouvait en 1847 trouver chez son libraire les premiers volumes parus dans la nouvelle collection Tauchnitz, et parmi eux, avec le numéro 116, The Poems of Ossian ; notre homme sait l’anglais, il achète le petit volume blanc, il s'amuse à le parcourir. Son étonnement sera grand ; et, s’il a quelque sens littéraire, il s’apercevra vite qu’il ne connaissait pas Ossian.

Voici la liste des Poésies Galliques, avec l’indication de leur source et quelques mots de leur caractère.

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