‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 335 sur 512 · PR PR RE VE PR EE ES ET · texte numérisé non relu

PR PR RE VE PR EE ES ET

Réplique de Chateaubriand 653

Accorder à l'adversaire cette séduisante antithèse, ce n’est

pas « abandonner la cause » de Fontanes ; car « Los Juimême est chrétien ».

-Ossian chrétien ! Convenez que je suis bien heureux d’avoir converti ce barde, et qu’en le faisant entrer dans les rangs de

la religion j'enlève un des premiers héros à l’âge de la-mélancolie.

‘ Ossian, c'est Macpherson, poursuit Chateaubriand ; et Macpherson, c’est un moderne, nourri de la Bible et des poètes anglais d'inspiration chrétienne. Donc ce que M de Staël prend pour l'inspiration ossianique n’est autre que l'inspiration chrétienne, qui fait la grandeur de toutes les littératures modernes, du Nord ou du Midi. Il aurait fallu expliquer avec quelles nuances et dans quel esprit différent, et c’est ici le point faible de l’argumentation de Chateaubriand, comme de tout son système qui consiste à catholiciser la littérature ; c’est pourquoi il se garde bien d'insister.

Mais, répliquera l’adversaire, si des poésies incontestablement païennes nous produisent la même impression ? Direz-vous que Regner Lodbrog ou les héros de l’Edda étaient chrétiens? Voici la réponse :

La mémoire de Me de Staël l’a trahie lorsqu’elle avance que les poésies scandinaves ont la même couleur que les poésies du prétendu barde écossais. Chacun sait que c’est tout le contraire. Les premières ne respirent que brutalité et vengeance...

Telle est la chanson de Regner Lodbrog, dont Chateaubriand rapproche un chant de guerre des Iroquois qui vient fort à propos jeter dans la discussion un argument exotique et neuf. Que reste-t-il de la théorie ? Rien :

Il résulte de ce que je viens de vous dire que le système de Mre de Staël touchant l'influence d'Ossian sur la littérature du Nord s'écroule ; et quand elle s’obstinerait à croire que le barde écossais a existé, elle a trop d'esprit et de raison pour ne pas sentir que c’est toujours un mauvais système que celui qui repose sur une base aussi contestée.

Les critiques de Fontanes et de Chateaubriand n'étaient pas, il s’en faut de beaucoup, aussi fondées à tous égards qu’elles l’étaient sur ce point particulier. M°* de Staël ne répliqua point par un écrit public. Mais: son système avait été en vain battu en brèche par ses habiles: contradicteurs : il ne s’écroula pas immédiatement ; il était d’une simplicité logique qui séduisait les esprits ; a: assez longtemps après,

on verra encore des disciples de ses idées faire d’Ossian.

l’ancêtre vénérable de la lignée des poètes septentrionaux.

Mn:° de Staël ne s’est plus guère occupée d’Ossian après le livre De la Littérature. Il n’est pas nommé dans l’A/lemagne. Il se trouve mentionné à plusieurs reprises dans Corinne, à propos de Cesarotti, dont « les mots ont un air de fête qui contraste avec les idées sombres qu'ils rappellent‘ » ; à propos de Roméo et Juliette dont elle admire la variété : « Ce n’est pas, comme dans l’Ossian, une même teinte, un même son, qui répond constamment à la corde la plus sensible du cœur *. » Plus précisément, les chants « dalmates », qui commençaient à être à la mode à cette époque, sont comparés par Corinne elle-même à ceux d’Ossian : ils respirent comme eux « l’effroi du mystère, la mélancolie qu'inspire l’incertain et l’inconnu* ». Lorsque Delphine parut, on y trouva un « style ossianique ». C’est Stendhal qui nous l’apprend, en ajoutant que ce roman a « infatué toutes les jolies femmes » de ce style. Si ce rapprochement n’est pas une invention ou une mystification du jeune Henri Beyle,on se demande ce qu'on pouvait bien entendre par là. Peut-être ossianique veut-il dire ici : passionné, tumultueux ; encore que le style de Delphine ne présente guère ces caractères. Le terme conviendrait plutôt aux sentiments. Peut-être aussi ce mot fait-il allusion à la

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