CHAPITRE IX
Ossian. devant Ja critique. Résistances et limites
I. Époque de discussions et de jugements.—Authenticité des poèmes ossianiques. Les partisans. L'Académie Celtique. La Notice de Ginguené. Les adversaires. Boissonade:; les Archives Littéraires ; Esménard; la Décade ; Glorvina. Opinions indécises : le Magasin Encyclopédique ; divers.
11. Valeur des poèmes ossianiques. Incertitude de l’opinion. — Les partisans. Trois survivances : réédition des Variétés Littéraires (1804) : Suard et Garat. Réédition de l’Ossian de Le Tourneur (1810). Traduction du Cours de Rhétorique de Blair (1808). Importance d’Ossian dans l’ouvrage de Blair. Eloges des critiques. Sympathies des poètes. Mérites de Macpherson aux yeux des adversaires de l’authenticité.
111. Adversaires d’Ossian et du genre ossianique. Les poëtes. Lebrun et son ode Homère et Ossian. Motifs de son sentiment. Les critiques. Deux transfuges : M.-J. Chénier ; Fontanes. La Décade et son évolution. Quatre critiques attitrés : Geoffroy, Hoffmann, Dussault, Auger. Esménard.
IV. Leurs arguments. La monotonie, l’obscurité et la tristesse; le procès de la mélancolie septentrionale, Le paysage ossianique opposé au paysage classique. Le style. L’irréligion d’Ossian. Réflexions sur cet argument de Fontanes. Raisons de l'attitude de tous ces critiques. Ce qu'ils défendent contre Ossian.
V. Limites du succès et de l’influence d’Ossian sous le Consulat et l’Empire. Les poètes. Omissions notables, Influences rivales. — Conclusion sur cette période : l’inspiration sentimentale ; l’inspiration littéraire.
L’époque de la plus grande vogue d’Ossian est en même temps celle où il est le plus fréquemment, le plus âprement discuté. Ces discussions portent sur deux points différents, car le succès du Barde pose un double problème, historique et littéraire. Qu’est-il, et que vaut-il? Son authenticité estelle certaine ? et, authentique ou non, que faut-il penser de
A CR PR RE RAIN Pa a EX ft. RS en:
HSE UN CNS € pot PR er ee LV 3
Authenticité. L'Académie Celtique » P687
sa poésie ? L”? Empire a vu formuler les opinions les plus diverses sur le premier point, et les jugements les plus opposés sur le second. Résumons les principales tendances au moyen des textes les plus importants ; on a déjà vu ce qui, concerne directement M”° de Staël et son système d’histoire littéraire.
Sur l’authenticité, les opinions les plus extrêmes se font Jour presque en même temps. Aux environs de 1810, la critique française, qui ne peut en cette matière que selaisser guider par l’opinion anglaise, est sollicitée en sens différents par les voix qui lui arrivent d’outre-Manche ; et suivant que telle ou telle publication sera sous ses yeux, l'écrivain français répétera et présentera à son public une doctrine favorable ou opposée à l’authenticité du Barde et à la bonne foi de Macpherson. Or, c’est l’époque où les documents essentiels se publient : c’est l’époque des ouvrages de Malcolm Laing, du Rapport de 1805, de l’ « original » de 1807. La curiosité est donc à chaque instant réveillée, et unintérêt toujours nouveau s’attacheaux chants du Barde. Au moment où il jouit chez nous de la plus grande popularité, son existence même est révoquée en doute ; et l'opinion, sans cesse ballottée entre deux extrêmes, ne sait à quelle solution s’arrèter.
Nous avons déjà parlé de l’Académie Celtique fondée par Napoléon. Le premier volume des travaux de l’Académie contient un long Discours d'ouverture ‘ anonyme, qui est, paraîtil, de Eloi Johanneau, secrétaire perpétuel (le président était Cambry). Eloi Johanneau, ami de La Tour d'Auvergne, se rattache à la tradition des celtomanes du xvim° siècle ?. Son état d'esprit est à peu près celui des premuers bardisants allemands ou de leurs successeurs romantiques. Il doit y avoir eu une poésie celtique, vraiment nationale, comme il doit y avoir eu une poésie des bardes teutoniques dans les forêts inviolées de la Germanie. Animé d’une foi robuste, Johanneau est dépourvu de sens critique : il considère comme monuments authentiques les Vers dorés de
1. Mémoires de l’Académie Celtique, I (1807), p. 45 : Discours d’ouverture sur l'établissement de l’Académie Celtique, les objets de ses recherches, et le plan de ses travaux.