Méditations Poétiques, Le Soir
Influences ossianiques sur la poésie de Lamartine 749
Les douces lumières qui entouraient Malvina se sont de même obscurcies. Mon cœur est semblable à l’astre des nuits, lorsque sa clarté s’affaiblit de plus en plus. Votre souvenir porte avec lui une tristesse pleine de charmes ‘.
De nos jours pâlissants le flambeau se consume :
Il s'éteint par degrés au souffle du malheur ;
Ou s’il jette parfois une faible lueur,
C’est quand ton souvenir dans mon sein le rallume*.
Est-ce le fils de Lamor que j'entends, ou bien est-ce son ombre qui passe devant moi *?
On dirait qu'on entend l'ombre des morts passer #. Mais quelle voix arrive jusqu’à nous sur les ailes du vent ° ?
J'entends un bruit lointain, semblable à celui des rochers tombant dans le désert °.
J’éntends de loin, j'entends comme une voix qui gronde, Un souffle impétueux fait frissonner les airs,
Comme l’on voit frissonner l’onde, Quand l'aigle au vol pesant rase le sein des mers ?.
Le vent continue de mugir dans les creux des montagnes et de siffler dansles gazons des rochers.
Les vents en s’engouffrant sous ces vastes débris En tirent des soupirs, des hurlements, des cris”.
Il aurait sans doute été plus sage de limiter cette série de parallèles aux rapprochements qui s'imposent par l’étroite affinité des deux textes, et de se borner pour le reste à collectionner les passages de Lamartine qui sont ossianiques par quelque trait, sans prétendre retrouver le passage
. L’Incendie de Tura.
. Nouvelles Méditations, Tristesse.
. La Guerre de Caros.
. Nouvelles Méditations, Les Préludes.
. La mort de Gaul.
. Temora, chant I.
. Nouvelles Médilations, Les Préludes.
. Scène d’une nuit d'octobre.
. Nouvelles Méditations, La Liberté.
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d'Ossian qui leur ressemble le plus. Car il va sans dire que le poète n’avait pas les poèmes du Barde sous les yeux : sa mémoire avait retenu beaucoup de ces expressions et de ces images qui avaient enchanté sa jeunesse. Presque tous les textes allégués par l’auteur de cette étude présentent ce caractère : on peut donc, indépendamment des textes d’Ossian avec lesquels ils présentent plus ou moins de ressemblance particulière, les considérer comme une base valable à l’enquête dont nous donnerons tout à l’heure les résultats.
Il faut ajouter encore certains traits qui, pour ne pas constituer des textes susceptibles d’être détachés et étiquetés, n’en sont pas moins significatifs. Ainsi le nom propre de Selma : ; ainsi une expression aussi caractéristique que enfant du rocher? pour désigner un petit montagnard ; ainsi, en parlant de la tombe de Napoléon : « Sous trois pas un enfant le mesure »; ce sont les propres termes d’Alpin pleurant son fils Morar. Mais il faut insister sur le mot barde, si fréquent dans Lamartine, et sur le sens qu’il doit à Ossian. Quelquefois, le mot a encore le sens de « poète inspiré », vates : « Les nations n'ont plus ni barde ni prophète *. » Mais le plus souvent barde remplace poète, quand le vers l'exige: « le barde voyageur ‘. >» — « Non, sous quelque drapeau que le barde se range *.. » ; il désigne même un poète hollandais 5. Et les oiseaux mêmes deviennent « Orchestre du Très-Haut, bardes de ses louanges * ». S'il est un poète à qui devrait s'appliquer le nom de barde, c’est assurément Byron, dont le nom évoque pour Lamartine le souvenir d'Ossian : « Ce fut un second Ossian pour moi, l’Ossian d’une société plus civilisée, et presque corrompue par l’excès même de sa civilisation *. »
Disons à ce propos que Lamartine lui-même est parfois