Alexandre Dumas, Les Morts no vite, Il, 98 et
LE NOR Qu
George Sand. Balzac. Michelet. Berlioz 791
trouver rien d’ossianique dans son œuvre aux larges flots purs et calmes : mais elle s’est souvenue une fois du Barde quand elle a créé le bizarre et fantastique personnage de Tremnor ‘, que Sainte-Beuve appelle « un dieu d’Epicure, baptisé d’un nom d’Ossian *». A la vérité, Ossian ne dit pas Tremnor, mais Trenmor ; et cette différence peut avoir son intérêt, car c'est Baour qui avait substitué la première forme à la seconde. On pourrait en conclure peut-être que c’est dans Baour que la jeune Aurore Dupin a lu Ossian. Quant à Balzac, il a parlé d'Ossian plusieurs fois ; mais ces textes, qui sont moins des impressions personnelles et des réminiscences que des documents précieux pour l’histoire d’un tournant de la mode littéraire, trouveront plus utilement leur place au chapitre suivant. Notons seulement qu’à dix-neuf ans, écrivant un Cromwell, et cherchant un ton « mélancolique » et « sublime », il écrit à sa sœur : « Si tu as la fibre ossianique, envoie-moi des couleurs *.. » Donc il ne sentait pas cette fibre en lui, et nous nous en doutions.
Michelet, autant qu’on peut le soupçonner, n’a eu pour Ossian qu’une passion d’enfant, au temps de sa plus grande vogue sous l’Empire. À onze ans environ, il a donné son cœur à Sophie Plateau, une petite voisine ; il est jaloux, et il « nourrit sa jalousie par la lecture d’Ossian ‘ ». N’oublions pas le plus romantique des musiciens, Berlioz, qui se souvient d’Ossian quandil écrit: « Un soir d’automne, bercé près d’elle par le vent du Nord sur quelque bruyère sauvage”*.. » Pour comprendre ce qu’est le spleen, ilfaut, ditil, par une journée sombre d'automne, « écouter, en lisant Ossian, la fantastique harmonie d’une harpe éolienne balancée au sommet d’un arbre dépouillé de verdure ‘ ». Ilcompare Shakespeare à Ossian et à Homère ”.
Vers la même époque où le Romantisme reconnaissait
George Sand, Lélia, 1834.
Sainte-Beuve, Portraits contemporains, 1, 501.
Correspondance de Balzac, 1, 6.
J. Michelet, Ma Jeunesse, p. 43.
Berlioz, Le Retour à la vie, mélologue, 1832 ‘écrit en 1831), p 11. Id., Mémoires, I, 236.
-7. Id., Le Retour à la vie, p. 11.
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ainsi en tant de façons sa dette envers Ossian, on rencontre un groupe intéressant de jeunes amis qui ossianisent avec conviction aux alentours de 1820 : Mérimée, Ampère, Bastide, Delécluze, Sautelet, Maurice Quay. C’est dans les poèmes du Barde que Mérimée apprend l’anglais avec son ami Ampère ; et, par une étrange confusion, l’anglais, le bon anglais du roi, devient « la langue d’Ossian » pour ces jeunes enthousiastes ‘, Ampère d’ailleurs « avait rêvé le voyage d’Ecosse » dès avant 1820. Faute de pouvoir visiter l'Ecosse, il retrouve dans les Alpes le paysage ossianique. Il écrit à Bastide son enthousiasme, quand, après avoir passé le Grimsel, il arrive en vue de l'Italie. Est-ce le Gothard, le Simplon, ou quelque col plus difficile, qui l’a transporté brusquement dans les brouillards de Morven ?
Tout à coup un brouillard épais nous enveloppe et cache les hautes cimes des glaciers ; on ne voyait plus à dix pas, il fal-
lait avancer au hasard ; un torrent mugissait, invisible. Il y:
avait là tout Ossian : l'atmosphère de nuages ; le soleil sans rayons. ?
Dans ce milieu sérieux et sérieusement cultivé, Young reste toujours en honneur ; Ossian l’accompagne sans le détrôner.
Il convient de noter à ce propos l’influence qu'ont pu avoir sur Mérimée les procédés suspects de Macpherson : directement, car le succès d’Ossian n'a sans doute pas été étranger à la composition du Théâtre de Clara Gazul et surtout de La Guzla ; indirectement, car pour ce dernier ouvrage Mérimée avait suivi le recueil italien de l’abbé Fortis qui était ami de Cesarotti et enthousiaste d'Ossian*. Réciproquement, le succès considérable de La Guzla ramène à Ossian : dans les nombreux articles que la presse consacre à cette poésie inédite et originale, on rencontre constamment des allusions au Barde et à son succès. «Il semble, dit l’un d’eux, que la guzla des Slaves sera bien-
1 A.-M. Ampère el J.-J. Ampère, Correspondance et Souvenirs, 1,160: lettre de J.-J. Ampère à Jules Bastide (Paris, janvier 1820).
2. Ib, I, 182 : Lettre à J. Bastide (Laveno. début d'octobre 1820).