CHAPITRE V
La critique ossianique et le mouvement romantique
I. Intérêt d'Ossian pour la critique de la Restauration. Les disciples de Mr: de Staël : Bonstetten ; Lacretelle; Thiers. L’Essai sur la Littérature romantique.
II. Ossian et la poésie nationale : Loëve-Veimars ; Treneuil. Ossian et le monde celtique : Reynier, Salverte. Valeur sentimentale et religieuse : Richer ; La Morvonnais; divers. Ossian et le sentiment religieux.
III. Place d’Ossian dans les cours d: littérature et les encyclopédies. D'’Hautpoul; Boiste; de Brotonne; Aignan.
IV. L’authenticité. Adversaires : Quinet. Partisans, en grande majorité.
V. Villemain et sa leçon sur Ossian. Les faits; les conclusions. Valeur de son exposé.
VI. La mythologie ossianique intermédiaire entre le classique et le romantique. Balzac; Ponsard. Quelques témoignages de notoriété. Les adversaires du romantisme font d’Ossian un élément constitutif de la poétique nouvelle : nombreux témoignages.
VII. L'influence de Byron et celle d’Ossian. Rapport deces deux influences.— Walter Scott. Caractères communs de Scott et d’Ossian. On les associe. Scott remplace Ossian.
VIII. Limites du succès d’Ossian sous la Restauration. Critiques; poètes. Le troubadour, le biblique et le classique.
Pendant presque toute la période de la Restauration, Ossian est à l'ordre du jour de la critique. Non de la critique d’actualité, puisque la peinture, le théâtre, la poésie à la mode lui font désormais moins de place ; mais de celle qui étudie le passé ou qui juge les grandes apparitions littéraires. On s'occupe de lui, on l’apprécie, on discute de son authenticité ; et, chose curieuse, il rencontre moins de résistances et moins de railleries qu’à l’heure de sa plus grande
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4 vogue sous l'Empire. N’étant plus de mode, n'étant plus ; soutenu par le caprice du souverain, il redevient plus sym- 4 pathique à beaucoup. Le groupe des critiques étroitement 3 classiques qui le raillaient de façon si acerbe a disparu ; L ceux qui les remplacent ont une doctrine moins intransi- F geante et des goûts plus éclectiques. Il entre comme argu- À ment dans les polémiques qui se forment autour du roman- 1 tisme. Des influences rivales enrayent son action ; d’autres la fortifient ; il est forcé de céder le pas à de puissants concurrents ; souvent aussi on le délaisse parce qu’on n’a plus besoin de lui et qu’on trouve ailleurs ce qu’il avait naguère apporté de nouveau et de précieux. C'est par l’examen de ces divers aspects de son influence que nous fépouesons l’étude de cette période de transition.
Pendant qu'onrééditait le Cours de Rhétorique du D' Blair‘, et que reparaissait ainsi le souvenir déjà lointain des premières publications ossianiques et des enthousiasmes du début, les critiques, particulièrement ceux qui se rattachent aux idées de M°° de Staël, considèrent les poèmes du Barde d’un point de vue plus nouveau et fondent sur eux d’intéressantes réflexions. Bonstetten * estime après l'auteur de la Littérature que « le beau moral est le produit naturel des régions du Nord ». Il trouve « dans les poèmes d’Ossian… dans les visions des mystiques de l’Ecosse et de l’Angleterre » et dans Kant, le même esprit général, cette « disposition tantôt à la rêverie, tantôt à la contemplation, féconde en poésie, en vérités ou en systèmes # ». Nous avons déjà rencontré Ossian apparié à bien des écrivains, et Bonstetten lui-même, au temps de sa liaison avec M°”° de Staël, dans la première ardeur de son admiration pour le Barde, l’avait plusieurs fois rapproché d’Homère ‘; mais de trouver son nom joint à celui de Kant, celui-là ne s’attend point du tout. Le voici une autre fois encadré comme il sied de deux aveugles pleins de gloire : « Peut-être Homère, Ossian et
L'on CE!
1. Hugues Blair, Cours de Rhétorique et de Belles-Lettres, trad. P. Prévost, 2° éd., 1821.
20h. ne de Bonstetten, L’Homme du Midi et l'Homme du Nord, Genève, 1824.