‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 43 sur 512 · Smart, p · texte numérisé non relu

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Introduction 99

dans certaines beautés de son œuvre. — D’autre part, que seraient devenues les poésies gaéliques vraies, sans le hasard qui leur donna au milieu du xvim° siècle un fallacieux « traducteur » ? Elles auraient sans doute continué à être publiées très incomplètement et sans exactitude dans des recueils d’un intérêt purement local : Mac-Donald et Stone auraient trouvé des successeurs. Plus tard, le travail érudit de la philologie celtique et du folklore les aurait exhumées méthodiquement. Elles seraient difficilement arrivées à la connaissance du public simplement lettré. La fraude de Macpherson a fait connaître un Ossian différent du vrai, et pourtant inspiré du vrai, qui ne serait pas né sans lui, et dont la gloire doit être partagée entre l’écrivain qui lui a donné sa forme, et les vieilles légendes nationales auxquelles il doit l’existence.

Tel qu’il est, cet Ossian de Macpherson peut être étudié de plusieurs façons très différentes. Ceux qu’il intéresse le moins sont les celtisants, qui sont choqués des différences énormes avec les textes authentiques et des perpétuelles fausses notes, discordances ou contradictions. Les historiens des lettres anglaises doivent noter ce qu’un Ecossais ingénieux, nourri des modèles bibliques ou classiques et des maîtres de la poésie anglaise, s’inspirant d’autre part de certains monuments d’une tradition toute différente, a pu ajouter au fonds national. Mais celui qui étudie l’histoire générale des idées et des sentiments révélés par la littérature et l’art, prendra l’œuvre telle qu’elle s’est offerte aux contemporains, et, sans distinguer ce qui est moderne et ce qui appartient à l’ancien fonds gaélique, s’attachera à suivre, avec la fortune d’Ossian, les intimes penchants des âmes et les vicissitudes du goût.

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