‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 42 sur 512 · Carmichael, p. XVIII · texte numérisé non relu

Carmichael, p. XVIII

3. Ce rapprochement a été déjà indiqué par Sullivan et B. Saunders.

sion de ses amis et de ses protecteurs, à transformer de plus en plus ses matériaux, et à usurper le nom de traducteur, quand il avait droit à celui d’auteur. Pour le succès de son œuvre telle qu’on l’avait imprudemment annoncée, il fallait qu’on la crût une traduction : elle n'avait de sens et de valeur que si elle était une traduction. Par un incroyable mélange d’audace et de timidité, d’ambition et de désintéressement, il persista sa vie durant dans cette attitude sans exemple,

On est donc en droit d'appeler Macpherson « le plus effronté et assidu menteur qui ait jamais tenu une plume: »; mais il ne faut pas croire, comme ceux qui ne connaissent pas la question, qu’il a forgé Ossian de toutes pièces, comme Chatterton a inventé son Rowley, Mérimée sa Clara Gazul, ou comme Vrain-Lucas fabriquait pour Michel Chasles des

lettres de Marie-Madeleine à Lazare le ressuscité ou de Cléopâtre à César. L'affaire, en ce qui le concerne, est un peu plus compliquée, et les jugements sommaires ne sont pas de mise ici. [l paraît même exagéré de dire que son Ossian est « presque autant son œuvre propre que le Paradis Perdu celle de Milton * ». Ce qui fait justement l'intérêt du problème, c’est qu’il est absolument unique en son genre, et c’est aussi que, s’il est à peu près résolu dans son ensemble, il offre encore, on l’a vu, bien des difficultés particulières qui sont loin d’être parfaitement élucidées.

Le monde en a justement voulu à Macpherson de l’avoir trompé ; après l’avoir porté aux nues, on a voué son œuvre à l’oubli. Ceux à qui il arrive encore de feuilleter l’Ossian anglais reconnaissent tous que, s’il était franchement donné comme l’ouvrage d’un Ecossais du xvim° siècle, on le lirait avec intérêt. Macpherson s'inspirant librement des traditions gaéliques, mais ne donnant pas pour de l'Ossian les histoires qu’il brodait « en marge d’Ossian », aurait excité jadis un moins vif enthousiasme ; il ne rencontrerait pas tant de mépris aujourd’hui. On verrait en lui un écrivain remarquable, à demi original et cependant très personnel, et l’on rendrait justice à ce qu’il y a de durable

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