‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 433 sur 512 · Louis Bonnet, Veillées poétiques, 1823, p · texte numérisé non relu

Louis Bonnet, Veillées poétiques, 1823, p

8. Aignan, Bibliothèque Etrangère d'Histoire el de Littérature, 1823.

Limites du succès d'Ossian 825

tous les pays, même tamouls ou javanais ; on y trouve même le Ménestrel de Beattie ‘, qui fait au Barde une sorte de concurrence sur son propreterrain. La Minerve Française donne peu de poésie. Ce sont, dans un camp opposé, les catholiques, les ultras, par réaction contre l'ossianisme napoléonien ou contre l’athéisme ossianique. La Bible est restaurée dans ses droits de grande inspiratrice, et c’est tant pis pour Ossian. C’est le cas, plus ou moins, pour le royaliste Montferrier *, pour Laserrie le sépuleral*, pour Boissière ‘, à qui Chateaubriand doit avoir été expliqué par un frère dela Doctrine, pour Salibert *, qui reprend, la Bible en main, le thème de l’Antigone scandinave, et pour beaucoup d’autres. Certains enfin jouent alternativement de la harpe de David et de la lyre de Pindare : autrement dit, ils sont ou bibliques ou classiques ; mais ils laissent la harpe du Barde aux murs de Selma. Je citerai Marcellus * et Bignan', dont l’œuvre abondante et variée reste étroitement classique.

Malgré ces réserves, et d’autres qu’on pourrait aisément ajouter, il reste acquis que la Restauration a conservé à Ossian une place très honorable. De Lamartine au plus insipide versificateur, de Villemain au plus obscur folliculaire, on le rencontre à chaque instant, soit comme source d’inspiration, soit comme document. Il ne figure plus au théâtre, dans la musique, dans la peinture, dans la poésie officielle ou de circonstance ; mais on le traduit en vers, on le discute, et, ce qui est plus, il inspire à certaines heures presque tous les grands poètes de ce temps. Par eux, comme auparavant par Chateaubriand, ce qu’il apportait de nouveau et de fécond est entré dans la poésie française. Ainsi réduit à ce qu’il avait d’essentiel, il n’en joue qu’un rôle plus important, quoique discret, avant de sombrer peu d’années après dans l'indifférence et dans l’oubli.

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