JOUR
« Carthon » et le Journal des Savants 157
est un poème à prétentions épiques ; mais le critique du Journal des Savants y trouve à louer ce qui faisait le principal charme des premiers fragments donnés par le Jour- nal Etranger, V'indécision ou la confusion des genres et des tons, qui permet une heureuse liberté. On passe du récit épique au dialogue dramatique, à la lamentation élégiaque, à l’hymne lyrique. Bien avant le romantisme, on voit avec plaisir ces barrières abattues ou tournées. Ce que le savant critique dit nettement, bien d’autres ont dû le sentir d’une manière confuse.
Sur la valeur même de la traduction, les avis sont partagés. Le Journal des Savants loue l’auteur de la traduction de Londres d’avoir bien rendu le poème et « d’en avoir fidèlement exprimé l'énergie ». Il lui doit « beaucoup d’éloges », car « sa prose mâle et ferme s’élève sans effort au ton de la poésie le plus sublime, et souvent le plus étranger au génie propre de la langue ». Par contre, Grimm juge que Mr d’Aiguillon « n’a pas la correction et l’exactitude de M. Suard » quoique sa traduction « ait pourtant fait plaisir ‘ ». Il faut se méfier des éloges que prodiguent aux traductions les lecteurs qui n’ont pas consulté ou ne. peuvent consulter les originaux. Aujourd’hui, où l’on traduit encore plus qu’au xvir° siècle, on entend dans les salons, on lit dans les journaux les mêmes compliments ; on s’y associe de bon cœur, jusqu’à ce qu’on ait ouvert le volume étranger ; quelques rapprochements suffisent parfois à faire crouler tout cet édifice de complaisance. Voyons nous-mêmes si les lecteurs du Carthon de Londres avaient une fidèle idée du poème, ou si les fragments de Suard étaient plus propres à le faire connaître. Après avoir, en citant les deux traductions de l’apostrophe au soleil, donné les éléments d’un premier parallèle, choisissons, pour un deuxième sondage, un morceau célèbre depuis, la peinture que fait Fingal des ruines de Balclutha.
I have seen the walls of Balclutha, but they were desolate. . The fire had resounded in the halls; and the voice of the people is heard no more. The stream of Clutha was removed from its place by the fall of the walls. The thistle shook there its lonely