‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 74 sur 512 · Journal des Savants, 11765, p · texte numérisé non relu

Journal des Savants, 11765, p

beauté de l’âme du poète. Ossian et Homère ont connu la belle nature et su la peindre ; mais « il ne suffit pas d’être ignorant et barbare pour faire de beaux poèmes ». Il faut un idéal moral élevé ; il faut une âme exempte de cette superstitieuse bigoterie qui rend ridicules les poésies « welches ». « Il nous semble qu Ossian, fils de Fingal, était un tout autre poète que le sublime Taliesin et le doux Gwawdrydd. » D'ailleurs, on comprend sous le nom de simplicité de mœurs, d'enfance des sociétés, des choses très distinctes et même opposées :

Quelle différence entre les mœurs que nous peint Ossian et celles que nous présentent les poètes welches ! La bravoure jointe à l'humanité, l'enthousiasme de l'honneur, de l'amour, de l’amitié, enfin l’héroïsme le plus pur de la chevalerie se retrouvent chez ces anciens Ecossais ; on trouve dans les Welches une nation guerrière, mais féroce et superstitieuse, dont les mœurs sont moins simples que grossières.

Et voici pourquoi la poésie d’Ossian est supérieure à toutes les poésies du moyen âge découvertes ou à découvrir :

L'ignorance d’un peuple sauvage est favorable à la poésie, parce qu’elle laisse à l'imagination et aux passions plus de franchise, d'énergie, et d'activité ; les poètes welches, dépravés par la superstition et la pédanterie monacales qui régnaient de leur temps, ont déjà une manière artificielle, corrompue par le mauvais goût et les préjugés ‘.

Ossian est donc beau parce qu’il est antérieur à toute religion. Son succès est un triomphe pour le xvur° siècle irréligieux, et parfois athée. Nous retrouverons ce trait important dans Saint-Simon traducteur de Temora.

Les malheureux bardes gallois ont servi à Suard de repoussoir pour mieux faire apprécier Ossian. Ravi de pou-

voir leur appliquer littéralement le mot welche, que Voltaire a rendu synonyme d’ignorance, de superstition et de mauvais goût, il résume ironiquement leurs poèmes, il tourne en ridicule « les noms illustres des Llywarch Bry-

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