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Garat, Mémoires sur Suard, I

Les « Variétés Littéraires » 173

rait en trouver peut-être dans les journaux qui ont été faits depuis qu’on en fait en France ». De même, lorsque l’abbé Arnaud fut reçu à l’Académie française en remplacement de Mairan, le directeur, M. de Chateaubrun, ne manqua pas de citer avec éloge les Variétés Littéraires, ce « Jardin des Muses », et de dire que « l’on y trouve des fleurs dont le coloris est immortel : ».

Parmi les « idées très justes et très fécondes » qu’on y pouvait puiser sur la littérature étrangère, figurait au premier plan une connaissance plus intime d'Ossian. « Vous y retrouverez avec plaisir, dit Grimm, les différentes traductions des morceaux de poésie erse *. » On les y retrouvait en effet, réparties dans les quatre volumes, ainsi que les morceaux de critique que le Journal Etranger et la Gazette Littéraire avaient successivement consacrés à Ossian. Au tome premier, c'était les Réflexions de Suard, la Lettre de Turgot, les Nouvelles Observations d’après Blair, les Réflezions des éditeurs, le résumé avec des extraits de Carthon, de nouvelles Réflexions générales empruntées à Blair, Connal et Crimora, Ryno et Alpin, Shilric et Vinvela, le second Connal et Crimora dialogué, les morceaux VII et VIII sur la mort d’Oscar, Oïthona, précédé d’un sommaire : en tout 95 pages d’Ossian ou de critique ossianique. Le tome II donnait Dar-thula avec un sommaire et quelques notes d’après Macpherson : 28 pages. Le tome III, Lathmon et Comala : 37 pages. Le tome IV, la Lettre sur une traduction italienne des Poésies Erses avec les remarques des éditeurs, Conlath et Cuthona : 26 pages. Au total, 186 pages consacrées à Ossian sur 2.265 que contenaient les quatre volumes ; ce n’est pas même un douzième, mais dans ce recueil extrêmement varié, aucune autre œuvre n'était aussi bien représentée. On pouvait y regretter toutefois l’absence des deux fragments donnés par la Gazette Littéraire en octobre 1764, parmi lesquels la plainte de Colma. Remarquons que pour la première fois, grâce aux Variétés Littéraires, on pouvait se procurer des morceaux étendus d’Ossian, en librairie, sans l’intermédiaire d’un journal, et cela d’autant plus facilement que l’ouvrage dut être tiré à assez

1. Discours prononcés... à la réception de M. l'abbé Arnaud, 1771, p.25. 2. Correspondance de Grimm, VIII, 252 ((janvier 1769).

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grand nombre: il n’est pas rare même aujourd’hui. Il était probablement épuisé deux ans après son apparition, puisqu’une seconde édition fut lancée en 1770‘. Nous verrons le recueil reparaître en 1804, au moment de la plus grande vogue d'Ossian. Enfin, si l’on regarde seulement la quantité. de texte ossianique publiée par les Variétés Littéraires, on trouvera que pour avoir mieux que ces 186 pages, il fallait attendre neuf ans encore, jusqu’à la traduction de Le Tourneur; car ni les Poésies Erses de 1772, ni le Temora de Saint-Simon, d'ailleurs peu répandus, ne devaient fournir au lecteur français une matière ossianique aussi considérable, et, ajoutons-le, aussi variée.

1. Variétés Lilléraires… (comme: dans Féd. de 1768); Paris, Le Jay, 1770, 4 vol. in-8. C’est une réimpression pure et simple.

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