R. Tombo, Ossian in Germany, p. 103 et passim
pas, comme en Italie, des disciples groupés autour d'un maître vénéré, qui ossianisait comme on officie. Cesarotti rebaptisait ses jeunes amis de noms ossianiques ; l’excellent abbé, sous le ciel de Padoue, revivait le barde des brouillards, dont il était, en son pays et en toute l’Europe, l'interprète le plus attitré'. Non seulement nous n’avions pas de groupe ossianique aussi compact et aussi fidèle ; mais un Cesarotti même nous a manqué. Le Tourneur, venu plus tard, n'a nullement cette importance. Il y avait peutêtre vers 1765 une place d'Ossian français à prendre dans l’opinion ; incertitude ou timidité, nul n’a tenté de s’installer dans ce rôle.
La « somme » de la première révélation d’Ossian était rassemblée trois ans plus tard dans le recueil intitulé Variétés Liltéraires *, quatre volumes où Arnaud et Suard avaient réuni les morceaux les plus intéressants que leur collaboration avait donnés ou recueillis pour le Journal Etranger et la Gazette Littéraire. Ce recueil résumait assez bien leur rôle comme intermédiaires en France des littératures étrangères. Je ne sais s’il était « attendu depuis longtemps », comme l’affirme le Mercure, qui fait beaucoup de réclame aux Variétés Littéraires, peut-être parce qu’à cette époque il se publie chez le même éditeur. Mais il est vrai que cet ouvrage était « fort supérieur à tous ceux de ce genre par l’importance des objets et par le goût qui a présidé à la rédaction * ». Et quand on a devant soi ces quatre volumes, quand on les a beaucoup pratiqués, on dira volontiers avec Garat ‘ que l’on y trouve « plus de morceaux piquants et profonds, exquis et savants, plus de morceaux dont ont profité nos talents du premier ordre, qu’on ne pour-