‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 83 sur 512 · Mercure, février · texte numérisé non relu

Mercure, février

Nouveautés poétiques étrangères : l'Angleterre 183

mands ; c’est une nature enluminée, fardée par une éducation recherchée, parée de nos grâces de convention et de notre brillante corruption ‘. » Et Marchand, l’auteur des Tableaux d'un poète. déclare qu’ « il est temps de mettre les Muses françaises hors de page * ». Or, les mettre hors de page, c’est les ramener à la nature : cette nature est celle des vrais anciens, que l’on connaît mal, et celle aussi que plus près de nous et plus commodément nous offrent les Anglais et les Allemands. Aussi a-t-on pu dire, avec une pointe de paradoxe, que l’engouement pour les Anglais et les Allemands n'était qu’un cas particulier du « retour à l'antique * » ; ou plutôt, les deux tendances s’expliquent par les mêmes causes profondes.

En 1760, la vogue de l’Angleterre était déjà ancienne ; mais elle n’avait pas encore apporté à la poésie le renouvellement désiré. Laissons de côté les romans à grand succès de Richardson, de Fielding, de Smollett, quiont réveillé l'imagination et remué les cœurs, mais qui n’ont pas exercé d'influence directe sur la poésie, et où, non seulement le paysage, mais encore la rêverie tenait trop peu de place. En fait de poètes, ceux qu’on avait traduits jusqu’alors ne pouvaient que renforcer en France la tradition classique *. Pope, Prior, Waller, Cowley, Dryden, Gay, et plusieurs minores qui les annoncent, les doublent ou les prolongent, tels sont les noms qui reviennent constamment dans la collection de l'abbé Yart *, et qui peuplent encore, beaucoup plus tard, le Journal Anglais de Le Fuel de Méricourt. Ce dernier reproduisant purement et simplement, à certains jours, des morceaux déjà parus dans la Gazette de Littérature des Deux-Ponts sept ans plus tôt, c’est en réalité en 1770 qu’il faut situer plusieurs de ses articles. De même pour les. Nuits Anglaises, de Clément, qui sont de cette même

Page 1