Cournand, Les Styles, ch. 1, p
Mais, par delà la poésie allemande contemporaine, les regards se hasardent quelquefois dans les profondeurs mystérieuses de la Germanie barbare ‘, et surtout se portent plus loin, vers le Nord. C’est de là, c’est de la Scandinavie que va venir l'aide la plus puissante au succès d’Ossian. Je ne parle pas de quelques tentatives isolées et d’ailleurs bizarres, comme la Traduction d’une pièce de poésie laponne sur l'absence *. Je fais allusion au grand ouvrage de Mallet *, qui révèle à la France les antiquités scandinaves et la mythologie germanique. On sait combien Mallet a été lu, et quel rôle d’initiateur il a joué chez nous, dès l’apparition de ses deux volumes, bien peu d'années avant la découverte d'Ossian, et jusqu’au début du siècle suivant. Il révèle aux Français un monde absolument inconnu, celui de la mythologie du Nord. On l’écoute avec intérêt, avec curiosité, avec un certain respect ‘, Ossian, qui vient du Nord lui aussi, et du même Nord pour beaucoup de contemporains insuffisamment informés, bien qu’il n'offre niles mêmes légendes ni les mêmes dieux, bénéficiera certainement de cetterécenteacquisition intellectuelle, Néanmoins, si ces deux gros in-quarto, si riches, si neufs, si utiles, ont frappé les savants, les philosophes, les historiens, ils ne paraissent pas avoir agi directement, autant que J. Texte l’a admis, sur la rénovation de la poésie.
Déjà auparavant, Fréret, dont les immenses travaux ne s'étaient pas spécialement portés de ce côté, avait pourtant signalé que la mythologie scandinave serait intéressante à approfondir pour ceux qui aiment nos antiquités. « Je dis
1. Lettre sur la statue de l’Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains (Mercure, juin 1768).