‹ Ossian en FranceChapitre 136 sur 232 · Chant II, fin (éd. Tauchnitz, p · texte numérisé non relu

Chant II, fin (éd. Tauchnitz, p

hardis ont dû exciter l'enthousiasme du traducteur, car il insiste, dans un certain nombre de notes laudatives, sur la beauté des tournures de son original. 11 nous invite au bas des pages à admirer telle « expression poétique et d'une grande dignité y, tel tour « on ne peut plus heureux », telle « expression heureuse et énergique ».

Ainsi les lecteurs de Teinora découvraient par Saint-Simon un Ossian assez différent de celui qu'on leur avait présenté jusqu'alors, beaucoup plus hardi, plus coloré, plus poétique ; plus exotique aussi et plus sauvage. Ce sentiment très vif de la couleur locale, ce goût du barbare et du primitif, rend Saint-Simon, aujourd'hui encore, le plus intéressant à lire entre les anciens traducteurs dOssian. Le choix de Temora, qui est un enchevêtrement de récits de guerre coupés de nombreuses histoires d'amour, permettait au traducteur de donner des exemples de tous les tons ; mais ce qui domine dans Saint-Simon, c'est la force jointe à une allure poétique. Beaucoup plus que par l'intérêt du fond, on dut être frappé d'un style dont il n'existait guère en France d'échantillon jusque-là. Si Saint-Simon, au lieu de rester un amateur isolé, et, somme toute, assez obscur, avait fait quelque figure dans les cercles littéraires, s'il avait lancé son volume avec quelque soin, s'il avait été très lu et très discuté, peut-être que la prose française aurait marché plus vite dans la voie du romantisme d'expression ; peut-être sa tentative aurait-elle contribué à élargir le vocabulaire et à affranchir le goût. Mais il faut se garder d'exagérer l'influence possible de la traduction de Saint-Simon. Elle paraît avoir eu peu de diffusion. Si tous les bibliographes la mentionnent, elle ne se rencontre que 8 fois dans 040 bibliothèques privées, sur 17S exemplaires d'Ossian (Poésies Erses 2; Le Tourneur 47). Les contemporains n'en parlent guère. Ni Grimm en sa Correspondance, ni les Affiches de Paris, ni celle de Province, ni L'Année littéraire, ni le Mercure de France ne la signalent même d'un mot. Seul, le Jour?ial des Savants lui consacre quelques lignes. «Le traducteur, dit-il, paraît avoir bien rendu la précision, l'originalité, le sublime de la poésie d'un peuple presque barbare, et qui l'a rendu intéressant '. » Les éloges que con-

Page 1