‹ Ossian en FranceChapitre 16 sur 232 · Talvj, Die UaechUieil Ossiana, p. 13. Stcrn, p. S · texte numérisé non relu

Talvj, Die UaechUieil Ossiana, p. 13. Stcrn, p. S

2. Cité par Ad. Pictef, Les Poèmes Ossianiriues Bibtiolhè(jue Universelle de Genùve, nov. 1854), p. 31i.

3. Les faits biographiques qui suivent sont tirés, lorsqu'une autre référence n'est pas indiquée, de Hailcy Saundcrs, l.ifc nnd Lellers of

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Mac-Mhuirich ; Macphersain, Macpherson, parce qu'ils descendaient d'un prêtre, parson). Peut-être cousin des chefs du clan, il était en tout cas fils d'un simple fermier de Ruthven, village situé au sud de Kingussie, entre Perth et Inverness, au nord des Grampians.' C'est là qu'il naquit le 27 octobre 1736 (et non 1738). A neuf ans, il fut témoin du grand soulèvement stuartiste de 1745, de la défaite et de la ruine des chefs de son clan. Il étudia d'abord à Badenoch, peut-être à Inverness, puis à l'université d'Aberdeen (1752), où il commença à se préparer au ministère évangélique. On le retrouve ensuite à celle d'Edimbourg (1755- 1756), qu'il quitta, sans y avoir pris ses degrés, pour s'établir maître d'école à Ruthven. C'est là, vers l'âge de vingt ans, qu'il composa ses premiers essais poétiques, intitulés La Mort, Le Chasseur, Le Highlander^ inspirés du Tombeau de Robert Blair et des Saisons de Thomson, et écrits dans le pur goût classique qui régnait alors. On y remarque déjà une part importante faite au paysage, surtout nocturne, et force scènes de batailles. Le Highlander, la mieux venue de ces compositions juvéniles, parut à Edimbourg en avril 1758 ' : c'est un poème en six chants sur l'invasion de l'Ecosse par les Danois sous Malcolm II, au xi° siècle. H envoyait également des poésies au Scots Magazine : une Elégie sur la mort du maréchal Keith et deux pièces de circonstance (1758 et 1759). C'était un petit poète au talent des plus minces, et complètement inconnu en dehors du cercle étroit de quelques lettrés d'Aberdeen.

Le gaélique était la langue maternelle de Macpherson ; mais il paraît s'être contenté de le parler comme langage courant avec les paysans qui l'entouraient, et s'être peu soucié d'en approfondir l'étude, de manière à comprendre le gaélique plus ancien ou à déchilfrer des manuscrits écrits en cet idiome. Il n'était en aucune manière un Gaeiic scliolar. Cependant, dans ses loisirs de Ruthven, il entendait fréquemment des habitants du pays réciter de vieilles bal-

James J/cTc/j/i3rson, complété parJ.-S. Smart, /anies Macpherson, an Episode in Litemture, et par l'étude directe des volumes publiés par Macpherson, particulièrement de ses Préfaces.

1. Tli2 IIicf'ila.nd3r, an hcroic Poem, in six cantos. Edimbourg, 1758, in-12.

lades, et probablement il en transcrivait parfois des fragments. Ce n'était pour lui à cette époque qu'un objet de simple curiosité ; ses ambitions littéraires le portaient d'un tout autre côté, vers la poésie classique, noble, régulière. Il avait pratiqué les classiques anciens et les grands poètes anglais des âges précédents ; c'est là qu'il avait ses maîtres et qu'il cherchait des modèles.

Il quitta Ruthven pour se placer à Edimbourg comme précepteur : à la fin de 1758, il entra en cette qualité chez M. Graham (de Belgow^an). En accompagnant son élève à Logierait, il rencontra Adam Ferguson, lils du ministre du lieu, qui, dit-on, s'entretint avec lui des poèmes gaéliques et l'encouragea vivement à continuer à recueillir des ballades indigènes. Mais le pivot de sa carrière est le séjour qu'il fît avec la famille Graham à MotTat, ville d'eaux écossaise, dans l'automne de 1759. Il y rencontra John Home, littérateur des Basses-Terres, auteur de la tragédie de Douglas (175G), et ami de Ferguson. Home causa avec Macpherson, l'interrogea sur les mœurs des Highlanders, sur leurs poésies nationales, dont Macpherson lui dit avoir quelques textes en sa possession. Comme Home n'entendait pas le gaélique, Macpherson dut les lui traduire en anglais. Il le fît avec répugnance, et se borna d'abord à une paraphrase orale. Home insista ; le jeune homme, qui n'était pas fâché de s'acquérir les bonnes grâces d'un patron littéraire d'une enviable notoriété, dut s'exécuter, et apporta au bout de deux ou trois jours la traduction d'un fragment, la Mort d'Oscar ', qui fut suivi de quelques autres. Ces premiers fragments, tels du moins qu'on peut les lire aujourd'hui, ont déjà tout à fait le caractère ossiano-macphersonien. Un ami de Home, le D' Alexander Carlyle, étant venu le voir à Moffat le 2 octobre 1759, le trouva fort occupé de son nouvel ami le jeune précepteur, et des belles poésies que celui-ci lui avait fait connaître.

Home, de retour à Edimbourg, montra ces traductions aux hommes de lettres qui donnaient alors un grand éclat à cette capitale : David Hume, lord Kaimes, Robertson 1 his-

1. Il commençait par : « Why oper.est thou afrcsh the s; ring... » et finissait par : silence is over ail Ihe hills. »

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torien, le D' Hugh Blair. Ce dernier, prédicateur et professeur de « Rhétorique et Belles-Lettres *, était alors le « dictateur littéraire du Nord » ; il prit aux fragments qu'on lui montrait un intérêt tout particulier, et, de ce jour, figura au premier plan dans toute cette affaire. Il insista de toutes ses forces auprès de Macpherson pour que celui-ci traduisît les autres morceaux qu'il avait recueillis. L'hésitation, les objections de Macpherson ', s'expliquent si l'on songe qu'il ne comprenait et ne goûtait qu'en gros ces vieilles ballades dont on lui demandait de rendre en anglais la sauvage originalité ; que ce travail, à supposer qu'il pût s'en acquitter consciencieusement et avec succès, était pour lui aussi pénible qu'ennuyeux ; qu'enfin il était auteur, et qu'il portait en lui, encore inexprimées, des sensations, des images, des formes, toutes prêtes à prendre la place de celles qu'on lui demandait de reproduire.

Malgré ses répugnances, il se mit à la tâche, encouragé, protégé par Blair, qui faisait circuler les traductions partielles à mesure que Macpherson les lui remettait, et qui même en envoyait des copies au loin. Quand Macpherson en eut produit un nombre suffisant, on les réunit en un mince volume anonyme, qui coûtait un shilling, et qui parut à Edimbourg en juin 17G0,sous ce titre : Fragments d'ancienne poésie recueillis dans les Hautes-Terres de l'Ecosse, et traduits de la langue gaélique ou erse '.Blair écrivit la Préface, dans laquelle on aperçoit déjà son idée favorite : ces fragments doivent appartenir à un grand poème épique ou peut-être à deux épopées, dont Fingal serait le héros. Il annonçait ainsi — ou pressentait — Fingal qï Temora. On ne saurait exagérer l'influence, sur la composition de VOssian de Macpherson, de l'esprit systématique de Blair et de sa conception a priori de l'histoire littéraire. C'est à lui également, ou peut-être à Home avant lui, que l'on doit la forme que revêtirent les publications de Macpherson.

1. Blair, déposition à la Highland Society , citée dans le Report, Appendice, p. 57 ; B. Saunders, p. 74.

2. Fra.ginents of Ancient Poetry, collected in the Highlands of Scotland and translated froni the galic or erse lang^uage. Edimbourg, 1760, in-12 de 70 p.

Celui-ci aurait préféré écrire ses Fragmentai en vers ; on lui conseilla d'adopter une prose rythmée, et cette forme nouvelle fut ime des causes principales du succès inespéré de l'ouvrage.

Ces Fragments de 17G0, qui sont l'origine de la gloire d'Ossian, comprenaient seize petits poèmes, groupés sous quatre titres d'après les noms des personnages qui y figurent ou y dialoguent :

là 3 : Shilric, Vinvela.

4 à 11 : Connal, Crimora.

12 à 14 : Ryno, Alpin.

15 et IG : Duchommar, Morna.

De ces seize morceaux, deux étaient fondés sur des ballades authentiques ; quatorze étaient inventés plus ou moins librement par Macpherson '.Cinq d'entre eux ne furent pas incorporés à ï Ossian définitif. Les onze autres furent repris et placés, quatre dans Carric-Tluira, cinq dans Fingal,de\ix dans Les Chants de Se/ma ^.

Le succès fut grand. Une seconde édition fut donnée presque aussitôt à Edimbourg. Quelques-uns des fragments parurent aussi dans les magazines anglais ; on en mit plusieurs en vers ; on en fit des parodies. On commença, comme nous le verrons plus loin, à en discuter l'authenticité. Les hommes du talent le plus sérieux ou du goût le plus délicat, Hame, Gray, les examinaient avec intérêt et souvent avec admiration. Sir David Dalrymple les envoyait à Horace Walpole à Strawberry Hill ; Walpole les appréciait favorablement'.

Cependant Blair, avec sa ténacité coutumière, exerçait une pression de plus en plus énergique sur Macpherson : il voulait à toute force retrouver lepopée que l'iicosse avait dû posséder, our epic. Le jeune Highlander apercevait la chimère, et avec ses amis traitait de romanesques les

1 Smart, p. 94.

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