‹ Ossian en FranceChapitre 178 sur 232 · Mon Bonnet de niiil, 17S4, I, 163- 2.1h., IV · texte numérisé non relu

Mon Bonnet de niiil, 17S4, I, 163- 2.1h., IV

rimagination, qu'elle ait pu en être saisie, que dans l'âge ancien et barbare où vivait Ossian. » Argument bizarre, que l'auteur que traduit ou résume Mercier développe en reproduisant douze comparaisons avec le soleil, ainsi que « ces sublimes apostrophes au soleil » de Tcmora^ de Carric-Thiira et de Carthon. Le lecteur de Mercier était une fois de plus mis en présence de ces morceaux déjà bien souvent donnés en français. On lui faisait remarquer une fois de plus que si « la tendresse et la délicatesse de sentiments » qui respirent dans ces poèmes plaident pour un auteur moderne, d'autre part l'état social, « le cercle étroit des objets et des actions », le style « concis, abrupt, figuré », l'absence de toute idée abstraite, « font qu'on ne leur peut assigner un âge postérieur à celui de Fingal ».

Il n'y a donc pas de rapport nécessaire entre la culture générale des esprits et la faculté poétique ; et quelques-uns vont jusqu'à dire, comme Pelloutier dans son Histoire des Celtes, dont une nouvelle édition se publiait en 1771, que « l'ignorance et le mépris des lettres sont la véritable origine de la poésie ' ». Les littérateurs représentants de la saine doctrine classique n'en conviendront pas aisément. L'un d'eux, Garât, dit exactement le contraire, et à propos d'Ossian :

^'oyez les chants d'Ossian, la production sans contredit la plus étonnante du génie des sauvages ; les mêmes mots et les même images reviennent à chaque instant, on est bientôt fatigué de leur monotonie... C'est au moment que les langues arrivent à leur perfection, c'est dans les siècles éclairés que naissent les poètes -.

Le classique Cournand est encore plus irrévérencieux : il paraît connaître mal Ossian, et en parle sans ménagements : « Ce qui nous reste de ces poètes, dit-il, ce sont des pièces informes qui se sentent de toute la grossièreté des peuples barbares \ »

Page 1