‹ Ossian en FranceChapitre 179 sur 232 · Pelloutier, Histoire des Celtes, 1771, I · texte numérisé non relu

Pelloutier, Histoire des Celtes, 1771, I

2. Mercure, 6 avril 1782 (article sur le discours de réception de Condorcet à l'Académie française).

3. Cournand, ï'aij/eati des lièvolutions des Liltéraliires anciennes et modernes, 1786, p. 241.

Garât, Marmontel 37 1

Ossian n'est donc pas un vrai poète : c'est un « sauvage » de génie, un barde inspiré. La « poésie primitive », pour l'athée Garât, comme pour l'abbé de Cournand, comme pour les hommes de cette formation intellectuelle, n'est pas de la poésie ; pour les préromantiques, elle est toute la poésie. Ossian est parfois l'occasion de ce grand débat; et ce n'est pas un des moindres services qu'il a rendus que de servir d'exemple, et d'aider les deux camps à se former et à s'opposer. Les timides mêmes, et qui ne lui sacrilieraient pas Homère, le regardent néanmoins comme un maître et une source. Ainsi Clermont-Tonnerre, « sans oser placer Ossian sur la même ligne qu'Homère », croit pouvoir « en regarder la lecture et la méditation comme très utiles à tout homme qui se destine à la poésie ' ». Il a comme poète un avantage sur presque tous les autres : c'est que ce chantre des exploits a combattu lui-même en héros. Aussi inspiret-il « une sorte de respect religieux que ne peut faire naître la lecture des autres poètes ». On le cite comme ancêtre glorieux; ses poésies, dit Chabanon, « servent de titres de famille aux descendants des héros qu'elles célèbrent ^ ».

Marmontel, lui aussi, rend hommage au génie d'Ossian. Pour faire Téloge de l'ode Le Barde, de Gray, « la plus belle peut-être dont l'Angleterre se glorifie » , il dit qu'elle « semble inspirée par le génie d'Ossian ^ ». Pour trouver en Angleterre l'Ode antique « il faut la chercher dans les poésies des anciens bardes : c'est Ossian qu'il faut entendre gémissant sur le tombeau de son père, et se rappelant ses exploits ». Et pour le montrer, Marmontel donne une citation de Ci lignes empruntées à la Gazette Littéraire. « Voilà, reprend-il ensuite, l'ode héroïque de ces peuples sauvages; et voici leur ode amoureuse. » Suit un extrait de 68 lignes qui n'est autre que la plainte de Colma, des Chants de Selma. Mais, plus tard, le même Marmontel se montre sévère pour la monotonie caractéristique du genre ossianique, qu'il s'agisse des caractères, du style ou du paysage. Cette monotonie est le propre de toute poésie primitive :

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