‹ Ossian en FranceChapitre 180 sur 232 · Supplément à l'Encyclopédie, 1776, article Lyrique · texte numérisé non relu

Supplément à l'Encyclopédie, 1776, article Lyrique

Voyez dans les Poésies qu'on attribue aux Islandais, aux Scandinaves et aux anciens Écossais, combien ce naturel sauvage, qui d'abord intéresse par sa franchise et sa candeur, est peu varié dans ses formes; combien cet héroïsme naturel et celte vigueur d'âme, de courage et de mœurs, a peu de nuances distinctes ; combien ces descriptions, ces images hardies, se ressemblent et se répètent... On a bientôt décrit des forêts vastes et profondes, des précipices et des torrents '.

Beauté, non pas de hasard et due au génie exceptionnel de l'auteur, mais beauté inhérente à toute poésie primitive ; monotonie d'autre part, également inévitable ; tels sont les deux caractères opposés et constants que presque tout le monde constate dans la poésie ossianique et dans toute poésie primitive. Qualité et défaut qui ne tiennent pas à Ossian comme auteur, qui n'appartiennent pas davantage à Siegmund Sigfusson ou aux modèles de VEdda, ni aux auteurs « Scandinaves » des poésies auxquelles fait vaguement allusion Marmontel ; qualité et défaut qui sont au contraire essentiels à l'époque, à la période de civilisation considérée. Une vue historique, mais simplifiée à l'excès, de l'histoire littéraire est entrée dans la critique, surtout grâce à Mallet et à Macpherson ou Blair, et ne laisse plus de place, quand il s'agit de ces temps reculés, aux différences personnelles ni aux caractères spécifiques. La poésie, au moins la poésie ancienne, est le signe d'une époque, et non plus d'un homme, et non plus même d'un peuple. L'esprit de rapide généralisation qui trouve dans l'impression totale de l'œuvre d'art le document qui fait revivre une époque, et qui se plaît à constater les ressemblances plutôt qu'à signaler les différences, cet esprit intuitif et systématique n'a pas attendu pour s'exprimer l'âge de Taine ni celui de Brunetière : il est si naturel au génie français qu'on le trouve dès la fin du xvnr siècle.

On n'hésite pas, par exemple, à conclure des poésies ossianiques à ce qu'ont pu être les /tardifs germaniques dont on regrette la disparition, et que, de l'autre côté du Rhin, à force d'imagination on tente de recréer. C'est la méthode de Sulzer. Rien n'est plus simple, quand on n'a pas étudié

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