Ih., 1800, IV
fectiojie, spectatae in tribus poctarum principibus, scrîptore Johi, Homero et Ossiano ; Leyde, 1800 '. Ainsi le Barde est sacré « prince des poètes », à l'égal d'Homère et de Job. Il offre plus de ressemblance avec le dernier, à certains égards tout au moins. Comme lui, il se lamente sur la destinée de l'homme. On s'est même demandé si le succès d'Ossian, dans la période de lassitude qui suit immédiatement la Terreur, ne tenait pas au spectacle qu'il offre de héros dont il ne reste plus que le nom, et d'empires dont il ne subsiste plus aucune trace. Il est vrai qu'Ossian est l'un des plus éloquents parmi les poètes des ruines. Ce rapprochement a peut-être été dans les âmes ; on ne peut l'établir par les textes. Volney en ses Ruines parle à peu près comme Fingal évoquant les ruines de Balclutha :
Ici fleurit jadis une ville opulente ; ici fut le siège d'un empire puissant. Oui, ces lieux maintenant si déserts, jadis une multitude vivante animait leur enceinte... -
Et cette phrase, reprise pour servir de légende à la vignette du frontispice, ressemble beaucoup à de l'Ossian. Mais Volney est un philosophe ; il est tourné vers l'Orient, vers l'Amérique aussi ; mais son Orient n'est pas poétique ; et je doute qu'Ossian ait la moindre part dans le grand succès des Ruines. Il faut reconnaître d'ailleurs que le philosophe et le Barde sollicitaient les esprits dans le même sens.
D'autre part, Ossian a un avantage sur Job comme sur Homère. Jamais la France n'avait été aussi complètement démunie de religion, et jamais on ne lui avait présenté un poète aussi complètement athée et même, si l'on en croyait Le Tourneur, anticlérical, Dupuis, l'auteur de VOrigine de tous les Cultes, rencontre les Celtes sur son chemin. Il n'est pas athée, et ne fait pas état d'Ossian qui nuirait à sa thèse. Il se contente de remarquer que « toutes les nations celtiques ne voulaient point qu'on renfermât la divinité dans un temple ». La religion est restée chez elles ce qu'elle a commencé par être chez tous les peuples de l'univers : tous,