Mémoires de Madame de Chastenay, I
4. Voir notamment Chansonnier des Grâces, 1799, p. 91, 15S ; et Pou gens. Essai sur les Antiquités du Nord, 1797, p. 5.
3c)4 Ossian en France
« le digne rival d'Ossian ' » ; et « on croit lire Ossian, mais Ossian perfectionné, dans les diverses imitations que Gray a faites de la langue non^e ' ». Nous avons déjà rencontré ce parallèle un peu inattendu. Qu'y a-t-il de commun entre Gray et Ossian? Peu de chose à vrai dire. L'aveugle antique de Morven et le délicat lettré de Cambridge ne devraient même se ressembler en rien, n'était que le jeune Macpherson a précisément grandi sous l'influence littéraire de Gray comme de quelques autres. Nous dirions donc : VOssian macphersonien doit quelque chose à la mélancolie de Gray, à son Barde, à sa poésie évocatrice d'anciennes légendes ou de destinées incomplètes. Mais pour nos ossianistes du xvin" siècle, c'est Gray qui a imité Ossian. Lava ajoute qu'il l'a perfectionné, c'est-à-dire sans doute qu'il l'a mieux adapté à la mélancolie moderne. Une autre fois, Laya s'étend davantage sur le Barde. Dans ixne longue étude sur l'histoire de la pastorale, arrivé aux « poètes pastoraux du troisième âge », il demande la permission « d'éveiller un doux souvenir dans les âmes tendres et dans les cœurs mélancoliques, au seul nom du barde Ossian... de ce chantre si touchant d'Oscar et de Malvina, à qui le célèbre Thomson doit les plus beaux traits de ses tableaux ' ». En voici bien d'une autre. Après Gray, Thomson proclamé imitateur d'Ossian, et peut-être son plagiaire ! On savait bien, autour de Laya, qu'Ossian était ignoré en Angleterre avant Macpherson; mais peut-être croyait-on que Thomson, en qualité d'Ecossais, en avait goûté par avance les beautés. Un exemple comme celui-là fait bien voir de quels à-peu-près, de quelles confusions se contentaient les gens de lettres quand il s'agissait de cette poésie nouvelle.
On remarquera également que Laya, en qualité d'homme sensible et de rêveur, ne s'intéresse, dans Ossian, qu'au paysage et au sentiment. Paysage et sentiment dignes des grands bucoliques, entre lesquels il mérite une place.
Les personnages... habilenl les coteaux, la cime des monts, les prés, les rochers, les forêts. Les hymnes dans lesquels ils cé-