‹ Ossian en FranceChapitre 198 sur 232 · Ib., V, 297 (prairial an VII · texte numérisé non relu

Ib., V, 297 (prairial an VII

Laya. André Chénier 395

lèbrent les exploits de leurs pères... ou le charme de leurs bien-aimées, ou leurs monta^''nes, ou leurs fleuves, ou leurs bruyères, ou la voix des nuages, ou le murmure des vents, ou les hurlements des dogues, ou les soupirs des tombeaux ; ces hymnes, empreints de toutes les couleurs du site qui les portait, sont autant d'élégies pastorales plus touchantes que tout ce qu'on peut lire en ce genre \

Et il cite le Chant funèbre de Crimoïna sur la mort de Dargo, qui fait partie de YOssianà^ Hill. « Je ne connais, dit-il, dans aucune langue rien de plus touchant. » Tout à l'heure lyrique, puis épique, voici Ossian bucolique. Respectueux des genres et de leurs limites, nos hommes de lettres n'ont de cesse qu'ils ne l'aient fait entrer de force dans un de leurs compartiments. Il est vrai d'ailleurs que le genre d'intérêt qu'éveille la poésie bucolique se retrouve dans quelques passages d'Ossian, mais dans quelques passages seulement : mêmes esquisses de paysages, même rêve de grâce simple et légère, d'amour candide et frais, même évocation d'une vie idéale, restée près de la nature, comme elle pure, et harmonieuse comme elle.

Plus importante à coup sûr serait l'influence d^'Ossian sur André Chénier : mais s'il a bien connu le Barde, il ne lui a guère d'obligations. On a remarqué que son séjour en Angleterre, séjour qui lui pesait si fort, ne l'a pas invité à mieux goûter un Shakespeare, un Milton, un Gray, un Thomson, un Ossian ^ Il a cependant imité Shakespeare et Milton, il est, comme presque tous ses contemporains, tributaire du « sage Gessner » ; il trouvait dans ses idylles un des rêves de son cœar ardent, un amour jeune et frais au sein d'une riante campagne. Mais rien n'était plus contraire à son tempérament et à son goût que le genre ossianique. Les lamentations lugubres du vieux Barde n'ont pas dû le charmer, non plus que les grâces trop vaporeuses des pâles vierges de Morven. Ce qui l'intéresse dans Ossian, ce n'est pas, semble-t-il, le sentiment ; c'est uniquement le pittoresque : les héros qui « marchent souvent accompagnés de leurs chiens ' » ; la silhouette du vieux Barde, ou

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