TOME I
important que la France eût encore en ce genre apporté à Ossian: huit à neuf cents vers reproduisant la totalité ou des passages célèbres de cinq poèmes dilîérents. A la vérité, la qualité ne vaut pas la quantité. Sans doute, il est trop sévère, le critique acerbe et partial qui raille cruellement « les stances écossaises, parodiées par M.-J. Chénier : vers sans chaleur, sans harmonie, prose rimée.llfaut cependant excepter — continue-t-il — ce qu'il vole aux auteurs connus. Puisse ce dernier chant d'Ossian être le dernier de ^larie- Joseph ' ! » C'est Colnet qui parle ainsi, ou l'un des siens, gens déchaînés contre les philosophes et contre l'Institut. Même note chez un ennemi plus notable, d'autant plus acharné qu'il voit dans Chénier un rival et un devancier. Baour-Lormian ne ménage pas
Chénier, rimeur gaulois de romans Scandinaves "-
qu'il appelle le « Barde des Francs ». Baour se suppose acheteur, puis lecteur du petit recueil poétique de Chénier :
Le voici : Choix de vers imités d'Ossian.
Bon! Ce genre me plaît. Combien, Monsieur Laran?
— Cinq francs. — ^'ous êtes cher. — Monsieur, c'est du
[sublime.
— 0 ciel! qu'ai-je entendu? De la harpe gallique Est-ce le son plaintif, doux et mélancolique?
Du Barde belliqueux est-ce la majesté, Le noble enthousiasme et la mâle fierté ? Quel langage barbare est sorti de sa bouche ? De l'amour, des combats le chantre harmonieux N'est plus qu'un petit-maître au jargon précieux '.
Non seulement Chénier est coutumier des mauvais vers, mais
Il lui fallait encore mutiler Le Tourneur,
De l'Homère écossais flétrir l'antique honneur !
1. Mémoires secrets de la République des lettr es, ô' caih[er,\t. 127 (1" thermidor an VIII).