III, 418 : Le dernier Hymne d'Ossian
Voilà quelques passages choisis parmi les plus agréables. Il faudrait un autre poète que Chénier pour traduire Ossian. Mais répétons que ces adaptations en vers, d'ailleurs assez fidèles, sont faites sur la traduction de Le Tourneur, et rappelons-nous ce qu'est déjà Le Tourneur par rapport au recueil de Macpherson.
D'autres s'inspirent des chants du Barde sans les traduire. C'est surtout chez eux qu'on peut observer la diffusion du genre ossianique dans la poésie descriptive ou d'imagination, et les éléments nouveaux qu'il introduit dans le paysage et dans l'expression, seul ou plus souvent d'accord avec le genre Scandinave.
La fusion des deux variétés de poésie septentrionale se constate d'abord chez Parny. L'amant d'Eléonore ne peut être donné que comme un précurseur très timide du romantisme : son esprit, son style, son goût restent en général purement classiques. Il raille même les amants du clair de lune et les voix de la solitude :
0 combien de pensers profonds,
Combien de sentiments féconds,
Dans un clair de lune ou d'étoiles !...
Un désert ? Quel tressaillement
A cette voix si romantique !
Dans les ruines, dans les bois,
Dans les rochers, partout des voix ^.
Cependant, dès ses Chafisons Madécasses -, la couleur exotique des originaux qu'il traduit ou qu'il imite l'invite à multiplier les images, à user de tours brusques et hardis, et cette poésie de sauvages se revêt d'une forme française assez analogue à celle d'Ossian ; si analogue, qu'on se de-
1. OEuvres diverses d'Evàrisle Parni/, 1812, II, 235 . Radotage, i. OEuvrcs d'Evariste Pa.rny, 1808, II, 57 : (Chansons Madécasses traduites en français.
Parny 4o5
mande si ce que Parny a ajouté n'est pas venu directement de la Calédonie à l'Océan Indien :
Son fils marche à ses côtés : il s'élève comme un jeune palmier sur la montagne. Vents orageux, respectez le jeune palmier de la montagne. . . 0 mes amis ! pleurez le fds de votre chef: demain peut-être nous irons où il est allé.
Le roi Ampanani et la belle Nahandove cultivent comme Fingal et Minona la réflexion mélancolique.
La lecture d'Ossian a laissé des traces plus directes dans la petite pièce intitulée Les Paradis ', qui parut dès 1790 dans un recueil de poésies récentes ^. Le peu religieux Parny évoque en quelques vers chacun des rêves dont les hommes ont tour à tour bercé leur terreur de la mort; et, parmi tous ces paradis, il n'a garde d'oublier le plus vague et le plus élémentaire de tous :
Jadis au milieu des nuages L'habitant de l'Ecosse avait placé le sien...
qu'il représente en quelques vers, non sans impropriété ou faiblesse. Mais Parny ossianise surtout dans le poème A'Isnel et Asléga ^ En ce qui concerne ce poème, je n'ai que peu de choses à ajouter à l'analyse qu'en donne M"° Tedeschi * et aux réflexions que cet auteur fait à ce propos. Il y a néanmoins quelques points à compléter. On peut déterminer la date du poème avec une suffisante précision, si l'on remarque que les Veillées des Muses donnaient en 1798 un Fragment d'un poème imité de l'ancien Scandinave ^ qui n'est autre qnisnel et Asléga, commencé et sans doute inachevé ou du moins inédit à cette date. Le succès du poème explique qu'on trouve dans une des éditions de Parny un Chant Scandinave en musique ^ d'après le