CHAPITRE IV L'Ossian de Hil
I. David de Saint-Georges et Griffet-Labaume continuateurs de Le Tourneur pour VOssian de Smith. Première annonce de l'ouvrage. Première édition. Le pseudonyme Hill. — L'Avertissement. Sa dale. Détails sur Smith et appréciation d'Ossian. Le bardisme allemand transporté en France. — Les notes. Les noms ossianiques nouveaux.
II. Contenu du recueil. Caractère de ces poèmes. Leur sujets et les vignettes qui les illustrent. Les sentiments et les thèmes lyriques : les astres, les ruines, la mélancolie.
III. Valeur de la traduction. Exemples. Le style. Exemples. Style ossianique et style sensible ou galant. — Conclusions sur l'ouvrage.
IV. Sa diffusion. Rééditions de 1796, de 1798 et de 1810, ces deux dernières avec Le Tourneur. Rareté des jugements critiques.
Nous avons vu Le Tourneur, plusieurs années après la publication de son Ossian, traduire, sans donner son travail au public, l'un des poèmes de la nouvelle collection ossianique que John Smith venait de mettre au jour en 1780. Cette seconde série de traductions, qu'il avait à peine ébauchée avec Catheluina, fut reprise et menée à bonne fin par deux hommes de lettres, dont Tun au moins se rattachait au groupe de Le Tourneur, GrilTet-Labaume et David de Saint-Georges. Nous savons peu de choses du premier, qui sous le nom de Labaume donna aux revues des poèmes irlandais que nous examinerons plus loin. David de Saint-Georges continua à s'occuper d'antiquités celtiques. On publiait sous
Griffet-Labaume et David de Saint-Georges 417
son nom, un demi-siècle plus tard, une Histoire des Druides ' qui n'est guère qu'une adaptation des Galic Antiquities de Smith. On y trouve des renvois à VOssian de Smith luimême, à celui de Macpherson, et même un conte celtique, recueilli par ce dernier dans son Introduction to the History of Great Britain, A la différence de Labaume, Saint- Georges est donc resté fidèle au monde ossianique de Macpherson et de Smith. Nous ignorons si c'est la publication du Jardin Anglais, dans lequel se trouvait Catheluina, qui les décida à continuer l'œuvre, ou s'ils connurent d'abord le gros volume de Smith. Celui-ci ne dut pas se répandre beaucoup en France, car on ne le trouve cité ni annoncé nulle part : il faut dire que le titre Galic Antiquities attirait moins l'attention que si l'auteur avait mis en vedette le nom d'Ossian ^
Au commencement de 1795, on entendait parler pour la première fois de la traduction française, et sans doute aussi du texte anglais, par le Magasin Encyclopédique \ Sous l'avant-titre de Poésies Erses, il donnait Trathal, poème d'Ossian, qui occupait huit de ses grandes pages, et il le faisait précéder des lignes suivantes :
Ce morceau fait partie d'un ouvrage acLuellement sous presse, et qui doit servir de suite à VOssian de Le Tourneur. II renferme plusieurs poèmes d'Ossian et de quelques autres bardes qui furent ses modèles et ses imitateurs...
Nous reviendrons sur Trathal, qui fait en effet partie de l'ouvrage annoncé. Celui-ci parut vers le milieu de 1795, un peu avant la fin de l'an III. Il était anonyme, et portait un titre d'une modestie significative *. Illustré d'assez nombreuses vignettes en couleur, il formait trois petits volumes,
1. David de Saint-Georges, Histoire des Druides, et particulièrement de ceux de la Calédonie, d'après M. Smilh... 1845.
2. Et pouvait même faire croire qu'il s'agissait d'antiquités galloises : c'est du moins ce qui est arrivé à la Bibliothèque Nationale, où le volume de Smith se trouve, d'une manière inattendue, classé non pas avec les divers Ossians, mais avec les ouvrages relatifs au pays de Galles.