T. I, p. 127, note
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chant, enfants de la jeunesse, enfant de la nuit {^= aveugle), fils du matin (= soleil), fds de la montagne (= chevreuils), fils du rocher {=■ écho), fdle de sa tefidrrsse (= amante), fille de la beauté, fille de l'arc, etc.. ; ces expressions fourmillent dans ces poèmes. Pour qui a l'habitude de lire Ossian en anglais, son of war par exemple est aussi clair que l'est homme de guerre en français ; mais il y a d'autres cas où notre langue ne souffre que difficilement de telles expressions. C'est, je crois, à Hill, encore plus qu'à Le Tourneur qu'il faut attribuer le développement de ce tour dans la poésie ossianique de l'Empire.
Il est plaisant d'ailleurs de voir un tour aussi idiomatique voisiner avec des périphrases à la Delille comme : « Ils mêlèrent des troupes feintes sur la plaine étroite de l'échiquier » ; ou avec de fausses notes comme « sous les auspices de la nuit », comme « le jeune ormeau », ou « la tourterelle abandonnée de son ami ». Il y a trop de ces ornements convenus et déjà usés, trop de poitrines et de bras d'albâtre, trop de mains d'ivoire, trop de bouches qui ont des rangs de perles, et une grâce trop voluptueuse dans des peintures comme celle-ci ;« Ses deux globes d'amour s'élevaient ainsi que deux collines parées de leur toison de neige. » Ainsi voisinent dans cette prose l'abrupt Morven et les boudoirs galants, le style d'Ossian et celui d'un Laclos ou d'un LoLivet de Couvray.
Ainsi se présentait ce second Ossian, très analogue au premier et pourtant assez différent, moins varié, mais plus homogène, moins guindé au ton de l'épopée et plus galant, plus aisé à comprendre et à lire sans éclaircissements ; en somme plus intéressant à qui ne cherche, dans la lecture que le plaisir. Il a été extrêmement imité, peut-être parce qu'il était plus neuf, sûrement parce qu'il invitait encore plus que l'autre à l'imitation ; au point que celui qui ne lit Ossian que dans Le Tourneur ou dans l'édition anglaise courante se trouve singulièrement dépaysé dans une grande partie de la prose ou de la poésie ossianique de l'Empire et de la Restauration.
Nous ne savons à peu près rien de l'accueil que reçurent du public les trois volumes de Hill, mais il est probable que cet accueil fut encourageant, puisque dès l'année suivante ils reparaissaient chez un autre éditeur ', identiques d'ailleurs de format, d'impression, de vignettes et de contenu, sauf le titre. La nouvelle édition avait adopté un titre bizarre et complexe, qui ne nommait plus Le Tourneur, et dont la première partie transcrivait à peu près le titre anglais de l'édition gaélique de Smith donnée en 1780, tandis que le reste s'inspirait agréablement de la mode du temps, de cette sensibilité Directoire qui n'est plus tout à fait la sensibilité Louis XV. Cette édition parut entre mars et septembre 1796, c'est-à-dire avant la première campagne d'Italie, et avant que le public connût les goûts ossianiques du futur maître de la France. Ces trois volumes durent être bientôt épuisés, car une nouvelle édition réunissant l'œuvre de Le Tourneur et l'œuvre de Hill fut donnée en l'an VI avec le nom de David de Saint-Georges comme traducteur des nouveaux poèmes "^ Il m'a été impossible de rencontrer cette édition, qui est signalée deux fois sur les 020 catalogues postérieurs, pendant que les deux éditions de 1795 et de 1790 le sont ensemble six fois. Au total huit exemplaires de la traduction de Hill séparée. C'est fort peu : ces petits volumes brochés, et mal brochés, devaient se perdre ou se détériorer assez vite, ce qui explique leur rareté à l'heure présente \ Néanmoins c'est à Y Ossian de Hill que Laya emprunte ses exemples pour établir que le Barde est un véritable bucolique; c'est
1. Les Poèmes d'Ossian, Orran, Ullin et d'Ardar, ou les Délassements des âmes sensibles dans les beautés de la Nature. Traduclion nouvelle de l'anglais, par Hill. Paris, Dufarl, an IV ou 1796, 3 vol. in-16.
2. Ossian... Poésies galllques, traduites par Le Tourneur et David de Saint-Georges. Paris, Dulart, an Vl-1798, 7 vol. in-16.
3. La Bibliothèque Nationale ne possède des trois éditions qu'un seul volume dépareillé de celle de 1795; elles manquent complètement aux trois autres Bibliothèques publiques de Paris ; j'ai rencontré en province celle de 1796
Rééditions. Appréciations 43 1
lui que lira Lamartine. D'ailleurs l'édition de 1810, en incorporant VOssian de Hill dans celui de Le Tourneur, devait assurer au plus jeune une vitalité égale à celle de son aîné ; et non seulement les imitateurs, mais certains traducteurs, devaient suivre cette tradition, et ne plus séparer les Ossians jumeaux.
La critique paraît avoir peu remarqué la collection de Hill. La Nouvelle Bibliothèque d'un homme de goùl ' félicite Labaume (car sous le pseudonyme de Hill elle ne démasque que lui) d'avoir traduit Ossian « avec son exactitude ordinaire ». Comme jugement tout à fait contemporain, nous ne rencontrons que l'article de Fontanes dans le Magasin Encyclopédique '. Nous le retrouverons en étudiant les idées de Fontanes sur Ossian et sur l'ossianisme de M"" de Staël. Cet article fort long n'étudie pas de près la traduction. 11 examine la valeur d"Ossian,et cite à ce propos la préface du nouveau traducteur, auquel il accorde en passant « l'harmonie et l'élévation » ; puis il insère un morceau étendu de L'Incendie de Tura, et linit par des remarques sur les poètes écossais, sur Klopstock, et sur les anciens bardes allemands qu'il serait peut-être possible d'exhumer comme on a exhumé Ossian.
En somme, VOssian de Hill ne pouvait être l'occasion d'un bien important débat. Outre les mauvaises conditions dans lesquelles se présentaient ces petits volumes, ils n'offraient rien de très nouveau pour le fond; et à leur propos on ne pouvait que retomber dans des discussions déjà usées sur VOssian de Macpherson. Pendant toute la période qui va s'ouvrir, il sera beaucoup plus imité ou versifié que discuté. Plus tard, fondu avec le premier, il lui sera associé dans la gloire, et il connaîtra en même temps que lui la décadence et l'oubli.
1. Barbier et Desessartz, Nouvelle Bibliothèque d'un homme de goût 1808, p. 271.