Manos, début
Descends du lieu de ton repos, harpe plaintive de Cona !
descends, ô toi qui es suspendue entre ces boucliei-s couverts d'une rouille épaisse! Les vents sont déchaînés : les ombres voyagent sur leurs ailes bruyantes. Au son de ta voix, elles arrêteront peut-être leurs coursiers aériens, afin de s'entendre célébrer. — Oui, car déjà la nuit est calme : rien n'agite la surface azurée de l'Océan ; l'air n'ébranle pas même la feuille desséchée; le duvet du chardon y demeure suspendu ; lalune reposedans son palais; ses rayons se jouent sur la vapeur abaissée du vallon ; les rebords grisâtres de cette vapeur sont l'habitation des ombres ; elles se penchent silencieusement sur le barde : car elles aiment encore ses chants.
Ombras chéries, non 1 Ossian ne trompera point votre attente. La harpe de Cona ne gardera point le silence, tandis que vous planez dans son voisinage. Elle n'est pas mélodieuse comme les harpes aériennes; car sa voix, affaiblie par l'âge, est désormais lugubre Vous l'aimez cependant, parce qu'elle réveille la mémoire des événements passés, et rappelle nos jours de bonheur.
Le style de Hill est plus pathétique, plus pittoresque, plus poussé de couleur et de ton que celui de Le Tourneur. Il est plus libre de routine noble et, somme toute, plus moderne. Les lecteurs de sa traduction devaient se soucier assez peu de savoir que pour peindre son infortune Ossian se sert « de ce son doux et triste qui est exprimé dans la langue gallique par la diphtongue ao et la diphtongue aoi^ particulières à cette langue, et très convenables à une douleur tendre et mélancolique ' » ; mais ils pouvaient admirer le développement ample de la comparaison, qui est déjà à elle seule une élégie romantique :
Mais Ossian est un arbre desséché. Ses branches sont dépouillées et sans gloire. Son tronc aride ne porte plus de rejetons. Le zéphir souffle dans sa mousse grisâtre. Le vent destructeur ébranle sa tète vieillie. Bientôt il sera renversé par l'orage. Bientôt il couvrira la terre de ses branches, et mêlera sa poussière à la tienne, ô Dermid, à celle de tous nos illustres morts, dans la tournoyante et fertile vallée de Gona.
Les spectacles les plus communs sont ceux qui s'expriment par les images les plus justes et les plus poétiques à la fois :
Les rangs des guerriers s'éclaircissent devant lui, comme les tissus de l'araignée au souffle des vents...
La mer est paisible. Les étoiles élincelantes se penchent à l'occident, pour admirer leur beauté que réfléchit la surface des eaux...
Les étoiles s'enveloppent dans le manteau de brouillards qui se déploie sur Lano. Tremblantes, elles regardent quelquefois à travers les nuages déchirés, mais elles retirent promptement leurs chevelures ondoyantes...
Le crépuscule grisâtre paraît à l'orient. Ses yeux sont ouverts à demi, comme ceux du chasseur fatigué, lorsque, courbé sur la bruyère, il cherche le sommeil.
Ces touches plus fraîches et plus vives viennent rompre heureusement la monotonie du langage ossiani({ue. 11 y a un des traits distinctifs de ce langage qui est ici répété jusqu'à satiété : Fils de la chasse, fils de la vieillesse, fils du