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Introduction 39
Le Rév. John Smith (de Campbelltown ou Campelton) ministre à Kilbrandon, a beaucoup plus d'importance dans l'histoire des poèmes ossianiques. C'était un celtisant de valeur ; il ne craignit point de donner pour authentiques 14 poèmes dont il était l'auteur'. La « traduction » anglaise parut en 1780, le « texte » en 1787. Il dit dans sa Préface avoir surtout exploré l'Ouest des Hautes-Terres, Macpherson ayant principalement visité le Nord de cette contrée (ce qui est, nous l'avons vu, peu exact). C'est là qu'il aurait recueilli ses poèmes, notamment par la tradition orale. Vague et peu explicite sur ses sources et sa manière de les utiliser, il nomme pourtant sept personnes qui lui ont récité des poésies ossianiques, et six autres qui lui ont envoyé des textes. Mais il insiste surtout sur « le soin et la fidélité » dont il s'est fait une loi ; tout au plus a-t-il comblé quelques lacunes. Lui aussi, il est prêt à publier ses textes originaux « si on l'encourage par souscription ou autrement ». La souscription, par exemplaire, est de six shillings; et on devra s'inscrire dans un délai de six mois ; sinon, Fauteur ne s'engage à rien. Il faut croire que cet avertissement comminatoire produisit son effet, et que les shillings requis affluèrent docilement, car on eut au bout de six ans les originaux promis. Smith, en dédiant son recueil à la Galic Society de Londres, en le munissant d'une Histoire des Druides et d'une copieuse Dissertation sur l' Authenticité, s'engage tout à fait dans la même voie historique et érudite que Macpherson avait inaugurée. S'appuyant sur Blair, sur Percy et lord Kaimes, il défend l'authenticité du recueil de Macpherson par des preuves internes, des preuves externes, et réfute les objections qui ont été faites en ces vingt années. Il se solidarise donc complètement avec son prédécesseur.
Le baron Edmond de Harold, officier irlandais au service de l'électeur palatin, avait traduit Macpherson en allemand en 1775. Encouragé par le succès de son modèle et de ses premiers imitateurs, il donne en 1787 une version
1. Galic Antiquities, consisting of a History of Druids ; a Dissertation on the Authenticity of the Poeras of Ossian ; and a Collection of ancient Poems, translaled from the Galic of Ullin, Ossian, Orran, etc...,by John Smith,.. Edimbourg, Cadell et Elliot, 1780, in-4.
^O Ossian en France
anglaise de 17 poèmes nouveaux ', qu'il prétendait découverts par lui et ses amis '. Il revenait plus tard à la charge avec des « traductions », allemandes cette fois, de poèmes intitulés Selama (1800) et Fimara (1801) '.
Enfin le Rév. Mac-Callum (de Arisaig), le même qui donna en 1821 un texte plus complet du Morbudh de Clark, y joignait une nouveauté de son cru, un poème de 504 vers intitulé Goliath et attribué à un barde du nom de Fonar. Pour faire toucher du doigt la difficulté qu'ont eue les savants à démêler l'authentique et Tapocrvphe, il suffira de remarquer ici que ce Goliath de Mac-Callum a été réimprimé parmi les textes originaux par J. Mackenzie {Beaiitics of Galic Poetnj, 1840).
Mais ni Clark, ni Harold, ni Mac-Callum n'ont vu leur Ossian adopté par la France à l'égal de celui de Macpherson. Smith a eu ce privilège. Son Ossian a été considéré comme authentique à l'égal de son aîné ; il pouvait soutenir le parallèle avec ce dernier, il l'emportait même quelquefois sur lui, il en exagérait légèrement les défauts comme les qualités. Aussi celui que Gesarotti, le grand traducteur italien, appelait \e jumeau de Macpherson, en fut-il volontiers considéré comme le complément naturel ; surtout en France, où nous le verrons s'y annexer habituellement dans les éditions les plus courantes du xix° siècle, au point que les poèmes ossianiques de Macpherson et ceux de Smith s'y entremêlent, ne peuvent être distingués par le lecteur, et restent confondus dans l'impression générale qu'il garde d'Ossian. C'est aux uns comme aux autres que s'adresse, depuis la iin du xviir siècle, l'éloge ou la critique ; c'est aux uns comme aux autres que les traducteurs empruntent leurs exemples et les imitateurs leurs thèmes d'inspiration. Pour cette raison, il est nécessaire de faire connaître, à son iouv,ï Ossian de Smith. Le recueil se compose de 14 poèmes ; la plupart sont attribués à Ossian, quelques-uns à d'autres bardes ses contemporains.
1. Poems of Ossian, lately discovered hy Edin. Baron de Ilarold, Dus scldorf. 1787, in-8. Les mêmes en allemand, 1787 et 1798.