‹ Ossian en FranceChapitre 42 sur 232 · G. Dottin, La. Religion des Celles, p · texte numérisé non relu

G. Dottin, La. Religion des Celles, p

Le paysage ossianique n'est pas non plus complètement de l'invention de Macpherson. Il a son origine dans les environs immédiats du berceau du poète, au pa3's de Badenoch ' ; et son adversaire Malcolm Laing l'avait déjà constaté -. H est de plus influencé par les lectures du jeune étudiant, par ses poètes favoris ^ Dans son ensemble, il lui est personnel ; W. Scott l'avait remarqué, et le retrouvait dans son Highlander de 1758 *. En tout cas, ce paysage se montre déjà très nettement dans les Fragments de 17G0 % sinon complet, du moins dans ses traits essentiels. Il doit peu aux modèles gaéliques, que Macpherson a connus plus tard, lorsque le paysage-type était déjà fixé devant les yeux de son âme. Toutefois ce qu'il peint correspond à peu près à la vraie nature qui a encadré les exploits des héros légendaires; de plus, les poèmes authentiques contiennent des notations analogues. Seulement ici Macpherson fait un choix. Soit par un goût personnel — bien que l'homme n'eût rien, semblet-il, de lugubre ni d'élégiaque — soit pour obéir à la mode qui commençait à préférer les spectacles mélancoliques, il a laissé aux vieilles ballades le soleil, le sourire du printemps, le coucou, l'hirondelle et la joie de la chasse ° ; il a gardé et il a amplement développé la nuit, le vent, l'orage, la chute des feuilles et la bise lugubre du Nord. Il n'a pas inventé le paysage mélancolique, comme on l'a dit ', mais ces quelques notes isolées que lui fournissaient les originaux gaéliques, il les a multipliées à l'infini, il les a renforcées par les souvenirs de son pays natal et par sa propre sensibilité.

En somme, il s'est livré à une transposition perpétuelle. « L'anciennepoésie — dit un de ses meilleurs historiens — s'évanouissait sous sa plume, et une poésie qui était sienne, qui était le produit de son imagination, venait prendre sa

1. C. Meyer, Die Landschafl Ossians, passim; Principal Shairp, Axiicels of Poelry, p. 284; Smart, p. 83.

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