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Introduction 95
celui des premiers fragments de poésie Scandinave qu'on y a lus. On a remarqué aussi que si VOssian de Macpherson a incontestablement des traits celtiques, il a pu influer, sans qu'on s'en doute, sur les définitions que Matthew Arnold ou Renan, celui-ci influencé à juste titre par sa Bretagne natale, ont pu donner du génie celtique : car le caractère des Celtes des trois royaumes est plutôt hardi, gai, impétueux, que mélancolique, rêveur, langoureux '.
En ce qui concerne les sentiments qui régnent dans Ossian, on s'est beaucoup trop longtemps laissé guider par des considérations théoriques. On s'est étonné de voir la religion absente de ces poèmes, alors que toutes les poésies primitives lui font une large place. Toutes, c'est déjà beaucoup dire ; et voici que les celtisants nous apprennent que « dans l'épopée irlandaise, remaniée sous l'influence des idées chrétiennes, on ne trouve aucune trace d'olfrandes ni de prières à des divinités ' ». Macpherson n'a donc fait ici que suivre ses modèles. On l'a taxé également d'inexactitude, parce que, disait-on, chez aucun peuple ancien, à demisauvage, sans culture d'esprit, les sentiments moraux ne peuvent avoir atteint ce degré de délicatesse, l'idéal moral ne peut être aussi élevé. Or nous avons constaté que dans la tradition authentique, Finn et ses compagnons présentent une remarquable noblesse de sentiments. Quelle qu'ait pu être la conduite réelle de ces chefs légendaires, les bardes, et le public qui les écoutait, idéalisaient leurs caractères et leurs actions : on en faisait de véritables preux, qui rappellent Gharlemagne, Roland, Olivier. L'esprit chevaleresque qui règne dans VOssian de Macpherson ne fournit pas un argument valable contre l'authenticité ; il rappelle, au contraire, l'esprit des ballades antiques. Sans doute, il y a fréquemment dans VOssian anglais des raffinements sentimentaux, et tout ce qui concerne l'amour a été transformé par le poète moderne. Cet amour a des grâces, des airs penchés que ne connaît pas la poésie simple des vieilles légendes. C'est surtout quand il parle d'amour, et il en parle souvent, que Macpherson se dénonce comme un fils du xviir siècle.